‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 37 sur 172 · Livre ItL · texte numérisé non relu

Livre ItL

Chap. 4.

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HUtmre générale,

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ée ta conduite, ete.

» écrits et ses passions, lorsqu'elle oublie ses serments et ses » devoirs jusqu'à se liguer contre les représentants du peu- » pie. Si la loi n^est pas un point de ralliement , nos ennemis

» sont invincibles et la liberté nous cchap|K». Dites aux ba- » taillons de la Gironde qui veulent rentrer dam leui*s foyers, » que la patrie les retient auprès de leurs drapeaux ; à ce » prix, je suis attaché à vous.

» Signé : Cdstinb. »

La lettre de Grangeneuve fut envoyée à la Convention, comme nous Tavons vu ; elle y causa une agitation indicible,

une explosion de haine et d'imprécations. On rapprocha cette lettre de celles que Versîniaud avait writes au mois de mai à SCS amis de Bordeaux, et que la Société des RécoUets , composée de républicains modérés, avait (ait atBcher dans le Uea de ses réunions , mais que les autres sections , d'accord avec le club National, avaient envoyés à la Convention. Toutes ces circonstances exaltèrent les têtes des Maratistes , qui , craignant une contre-révolution iiéiiérale, envoyèrent dans le Midi deux commissaires, Treilhard et Matliieu Mirandal, atindeili-Srtioudre la Commission populaire de Boidcaux, faire avorterses projets et contenir les mécontents. Partis de Paris le 20 juin, ils arrivèrent à Bordeaux le 24; mais on les accueillit avec méfiance : on les surveilla; et craignant que le peuple ne se portât à de fâcheuses extrémités contre eux , radministratioii locale leur donna une j^arde de sûreté de vingt-cinq hommes de la uarde nationale. Trcilii.ud («lait un homme faible, mais non dépourvu de lumières ; il était devenu 1 instrument tics anarchistes sans le désirer et jjour ne pas exposer sa vie; il aimait mieux servir les assassins que d'être assassiné; cl quelque mauvais qu'il f&t, il valait encore mieux que Mathieu Mirandal.

En débarquant sur le port de Bordeaux , on demanda leur

passeport, disent-ils dans leur Bécit de la conduite des lk>rdelais à leur égard, lis voulaient loger à 1 hOlcl Richelieu i

nais les apparlements étant tous occupés , ils allèrent des- um ni. cendre à l'hôtel des Asturies, rue du Chapelet. On mit deux

sentinelles à la porte de leurs cliambres , malgré le refus de Trcilliaitl ; niais on Unit par relever les deux. «;entinolles et n'en laisser qu'une seule; niais il y avait une garde noniijicuse dans la cour. Us invitèrent le procureur-géocral-synilic à se fendre auprès d'eux ; mais il répondit que la Commission populaire du Salut puhlic le lui avait défendu, attendu qu'ils Iffenaient la qualité de déliés dans le déparlement, qualité que les Bordelais ne voulaient [^as leur reconnaître. Dans ce Luoiiit-nt , plusieurs personnages influents en ville vinrent les inviter à se rendre auprès de la Commission ; mais il était près de minuit et ils étaient fatigués du voyage. C'était assez pour colorer leurs refus; mais leur véritable motif était de ne pas se rendre auprès des gens qui méconnaissaient leur qualité, et sans savoir si une telle démarche compromettrait leur caractère ou le succès de leur mission.

Le lendemain (2o juin), après de mûres réflexions, ils se dét(nminent à se rendre, le soir, au lieu des séances du comité ; ils s'en promettaient de bons résultats. Le matin , Treilhard voulut aller voir un ancien ami qu'il avait distingué la veille dans la foule. Il sortit à travers des flots du peuple: mais à deux pas de Thôtel, un citoyen en uniforme lui dit qn*il n'aurait pas dft sortir. — « Pourquoi? dit Treilhard ; j( suis libre, et je sortirai; personne ne m'en empêchera. » Un fusilier se place alors devant lai, et lui dit : « Vous n'avancerez pas — Je suis de ces gens qu'on tue, répond

Treilhard, mais qu'on n'arrête pas, » et il s'avance malgré les cidres contraires; mais les sentinelles l'accompagnent chez son ami. Après un court entretien, cet ami écrit au nuiire, pour le prier de lever une consigne donnée probablement pour la sûreté des représentants , mais bien gênante dans ses formes et susceptible d'être mal interprétée : le maire n'avait pas donue li ordre j il renvoie au président du comité. Un s'a-

Livre 111. dresse au président , qui en rejette la responsabilité snr la oiap. i. Qyfonûsàon ; maîs la consigne fut maintenue, et Treilhard rentra à Thôtel, escorté de ses gardes.

Le môme jour, Mathieu von hit sortir, et il éprouva les mômes dillieuliés. Les deux toiiiuii. suaires eu iii.slriusireiit le soir même la Convention, et se rendirent au s(>in de la Commission populaire, à pied, et escortés de deux otticiers. Le peuple, qui les voyait de mauvais œil , poussa quelques crî» significatifts ; mais les officiers lui imposèrent silence , et ils {in ivcKMit à la salle où était la réunion, siiii.s accidiMit, mau» non sans craitite.

L'un d'eux crut devoir faire sa protession de foi, et déclara qu'ils étaient disposés tous deux à mourir pour la république, une et indivisible, pour la liberté, l'alité, le maintien des propriétés et la sûreté des personnes; il exposa l'état de la république, ses besoins et ses espérances; il assura que la patrie comptiiit beamou)) sur \v di-partement de* la (linmde, dont les nombreux l«it<iillons s élaieiU distiiii^ués par leur bravoure et surtout par leur admirable discipline ; insista sur la nécessité de l'union, pour mettre fin à tous les maux; annonça que la Constitution serait bientôt présentée à la sanction dn peuple; et finît par inviter les citoyens de la Gironde à donna* à la it |»uhluju(; tous les témoignages de dévoùmcnt qu'elle était en droit d'en attendre.

Le président répondit « que le département de la Gironde » ne pouvait plus reconnaître une Convention qui avait cessé » d'exister depuis le % juin; que tous les actes émanés d'elle » étaient évidemment nuls, n'étant que l'efTet de la violence et » de l'oppression; fpi'on ne pom ait pas nier (ju'elie avait clé in- » vcstie de force ai iiicc et fie canons, les 31 mai, 1®' et H juin; » que la liberté individuelle des députés et celle de la Con- » vention entière avaient été violées; qu'il n'y avait, par cou- » séc[uent, plus de Convention ni de Pouvoir exécutif, parce w que celui qui existait était le complice de toutes les trahi-

» SOQS; que le vœu du df^pnrtemeot de ia Gironde, couforme

* en ce point à celui de plusieurs autres départements, était I démarcher sur Paris, non pour détruire la Convention, mais

• pour lui rendre sa liberté et faire punir ceux qui y avaient

I fxjrlt' altciulL'. » Le président s'étendit ensuite sur l état des finances et de nosai iuées, sur la trahison des tçénéraux et du ùmml exécutif; et convaincu que les plus içrands ennemis de la république n'étaient pas dans la Vendée, mais à Paris,

', lononça le départ prochain d'un bataillon qui allait marcher

: SOT la capitale.

Cest alors que FonfnVle , iiicuihic de la commission des Douze, mais excepté du (ItH ict pour raccusalioii et le juge- I ment des Girondins, demanda avec énergie qu'on fit, dans les bois jours suivants, nn rapport snr les détenus. Cette réclamatbs, dit Thiers, produisit quelque tumulte. Insensible à ces cris, Fonfrède élève plus haut la voix, et dit: «Il faut prouver I ï au plus WSl l'inmxieiK'c de nos collègues; je ne suis resté ici ' (jue p<jur les défendre, et je vous déclare qn'niKî foi ce ar~ ( mée s'avance de Bordeaux pour venger les atti utats commis I contre eux. » A l'instant même, des cris retentissent dans la alleetcouvrent sa voix; Tordre du jour repousse la généreuse proposition de Fonfrède, et on retombe dans le silence. « Ce » sont, disent les Jacobins, les derniers cris des crapauds des " luarai-» l)ordelais. »

La conférence se prolongea , mais sans résultat. Deux dé- I polésdes sections vinrent demander que h^s commissaires fus- I sent conduits hors du département ; c'était un avis significatif ■ «ioat il était facile de saisir la portée. Nos deux convention- I neb avaient d'ailleurs remarqué que les tribunes accueillaient avec applaiulissoments le discours «lu jjrésidenl cl les incul- : pations qu'il dirigeait contre l'Assenjhléc et (juelque.v-uns de I ses membres, mais que des murmures \ onaicnt souvent in- , (enompre les paroles qu'ils croyaient devoir employer pour justifier la Convention.

î.r lendemain, Ti eilliard alla chez le président, acconi|jiigiié de deux gardes. Ces deux citoyens eulrèrenl avec lui, et le président les pria de s'asseoir, comme pour être témoins (](; leur entretieD. Dans le cours de la conversation, le président lui dit : « Je vous prie, et je vous somme en présence de ces » deux citoyens, d'exprimer à la Ck>nvention le vœu général » et unanime du département, et, notamment, celui de la pu- » nilioudc ceux ([iii ont attenté n la r( j)résent<ition nationale.» Treilhard répli(jua qu'il avait (ioiré une ronversation , un épanchement , et non une discussion ; qu'au surplus , la Convention saurait tout; mais que, lui et son collègue, ils étaient hors d*état d'exprimer le vœu du département, parce qu*on avait pris toutes les mesures nécessaires pour les empêcher de le connattre, et, après plusieurs autres observations sur la consiu^nc ut autres cirtonsUinces , rentra à riiotel pour en éci ii c a Paris.

Pendant leur séjour à Boi*deaux , bien peu de peisonncs avaient la permission de les voir. C'étaient des précautions nécessaires pour empêcher les exaltés de leur oommuniqner des impressions défavorables, et même de chercher parce moyen à troubler la paix de la ville. Le même jour, mercredi, le président do la Commission alla rrndre visite à Treilhard. Un revint sur le même sujet, et l'on s'efforça de faire sentir au président combien était désastreuse la résolution qu'on avait prise de marcher sur Paris; mais le président ré(H)ndit que c'était dans le louable but d'assurer la liberté de la Convention. Le lendemain , 27, le président albi les prévenir qu'ils étaient libres de partir; et comme ils venaient d'instruire le (>t)mité du Salut publie, à Paris, de leur arrestation à Bordeaux, ils firent retirer la lettre. Dans le cijurs de l'après-midi, le président leur fit entemlre (|ue la Commission populaire désirait leur prompt départ du département. Cet avis coïncidait assez avec leurs propres idées : leur présence, d'ailleurs, à - Bordeaux , élait inutile; et il était à craindre que la CkMnmission

populaire n'abusftt de son autoriU^, en recourant à des voies Livre ni.

r^ureiises pour les expdlsor <Ui (U'iku li uienl. Ils domamltV- ^^P*** rent (hmc des chevaux <U' posle |x>ur niinnil : la ganle les |^ accompagna jusque sur ic port. Ils se rondiicut dircctemeat à Muddan, dans le département de la Dordogne.

D est bon de constater ici que ces deux commissaires de la Convention ont reconnu « que les citoyens qui avaient com- » posé leur garde n'avaient pas manqué d'égards pour leurs » personnes; qu'ils avaient toujours cherché à prcvcnir leurs » désirs, sans jamais s'écarter des ordres sévères qu ils avaient » reçus, et leur avaient témoigné de l'empressement à les » conduire où ils désiraient; et, enfin, que, dans le nombre, il 1 s'en est trouvé dont ils auraient recherché la société dans

* toute autre circonstance. )»

I Ainsi, à Paris, on condamnait les Bordelais; mais les conventionnels, a Bordeaux, n avaicnl (|U(' du bien à en dire. La franchise du piisident n'avait qu'un tort: elh» était plutôt ij;('Miéreuse que politique, et fait honneur au caractère bordelais. Les deux conventionnels le reconnurent , et , dans une lettre qu'ils écrivirent de Mucidan ao Comité du Salut public , ils avouèrent que « les Bordelais paraissaient entièrement dévoués » aux intérêts do la république; mais qu'ils avaient été trompés » sur la journée du 31 mai, et que quelques personnes ten-

* ilaienl au rétablissement de la ro\ auti'\ » Kn preuve de cette assertion calomnieuse , ils ailcfiiuMcnt lu discrédit oii étaient tonih('s los assiamals de 400 liv., et quelques cris isolés de rive Louis XVW, qu'ils avaient entendus dans la foule. Sans doQte, Bordeaux renfermait des royaUstes; mais ces cris séditieux ne sortaient pas de leurs poitrines oppressées; c'était l'œnvre de la police. On voulait dévaster et piller la ville , coinnic on fil à Lyon: mais f)ourcela, il lallait un prétexte. Trcilhard réussit : le décret de luisc hors la loi tut rendu d'après son rapport, et Bordeaux fut voué à la vengeance.

Bans cet intervalle, la Commission populaire poursuivait ses

3* Put. A. SI

Livre 111. travaux à Bordeaux : la Convention ne tenait compte ni de ses prières, ni de ses menaces, et le st)rt (l(»s Girondins t tait 1T05 toujours entre les mains des Jacobins <î(; Paris. Optnidant, l'amour de la république animait toujours les enfants de la Gironde ; ils avaient fait do grands sacrifices et voulaient en faire de nouveaux pour les besoins de la patrie. Dans la séance du 11 juillet, un représentant, exerçant un ministère de surveiU CuÊrrier'Frtn^ lance auprès de l'armée de La Rochelle, déposa sur le bureau lâjuiliet ^o\i\9> d'or et ^^i)'! liv. en aii^i iit, ofîerls à la patries |>ar le^

bataillons do la Gironde aux ordres de VN'estcniian. La Convention recevait l'argent d(î la Gironde; mais elle repoussait ses vœux patriotiques et légitimes. La Commission continua à recruter la force départementale; mais l'ardeur du peuple et do la garde nationale se refroidissait de plus en plus, \i9.r suite de l'attitude imposante de la Convention et les întrii^ues des commissaires. Le courage (il place à la peur. Marat venait d'<^tre pf>i.î;nardé; mais Robespierre, devenu le chef du parti Montagnard, organisait la terreur sur une base plus iargei plus conforme à ses idées de réformation. Le peu de justice et de raison qui avait survécu au 21 janvier, allait entièrement disparaître; la folie et la débauche, les pieds dans le sang , se prt'paraicnt à dicter des lois à la France asservie. Une sorte de vertige cl des craintes inspirées par une alarmante prévoyance coïmiieuvaienl à s'emparer de toutes les lélcs les mieux organisées : le courage d'action était devenu le patrimoine de quelcpies milliers de scélérats; tout le reste de la nation n'avait qu'à souffrir, gémir et se taire ! Du fond de leur retraite, les deux commissaires de la Convention travaillaient activement à semer le trouble et la division entre les départements : déjà quelques villes avaient renoncé à tout projet de fédération, et même, j)ai nu les scclionsdi» Bordeaux, il s c;u trouva qui, craignant de s'être trop avancées, rompimil bnis(piemcnt avec la Gonunission populaire, et même se liguèrent contre elle. Enfin, le découragement était si grand et

à général, qu on ne trouva, (îans touie la ganle nationale, que Livre m. ^xante hommes qui voulussent s'enrôler de bonne volonté ! *' On fit d*autres tentatives pour augmenter le nombre des vo- jl^ iootaires, mais toutes infructueuses. Cependant , on réussit à réunir sous le drapeau quatre œnts hommes, qu'on envoya à Barsac, pour se joindre aux détachements des départements viji^ins. (.es forces (lépartornontales se mirent en niarclu' |)<)ur l^aas; niais la Convention avant essuvé un éehce tlans la Vendée, et sachant que la Commission populaire avait renoncé à ses projets, elles se dirigèrent sur la Vendée et y firent des |irodiges de bravoure , pour raffermir l'autorité tyranniqnc qu'elles avaient mission de renverser. Bordeaux, sans s*en douter, contribua à soutenir Robespierre , qui faisait régner la terreur sur la France, et allait hientùt l'airt; mourir ses rcprtWntants et l'élite de ses citoyens.

La Conuuission populaire commença à s'apci cevoir qu'elle avait fait fausse route, et avait attiré sur sa tôte des châtiments épouvantables : elle avait dit, dans ses délibérations, que soixante départements avaient adopté ses idées et ses projets; Riaisau 2 août, elle se vit isolée, délaissée et destinée à porter seule le faideau des fautes communes et la colère des Jacol»iu> trionipliants ; elle prononça Si» dissolulion e( laissa le cbamp libre aux terroristes, qui ne demandaient pas mieux que de pouvoir châtier notre population.

Le 6 août, on publia un décret qui anéantit tous les actes de la Commission populaire de Bordeaux, en déclara les membres traîtres à la patrie, et les mit hors do la loi; ordonna à la commune de Bordeaux de réintéfner les 357,320 piastres cnli vi-es i\ main arnu'H» î\ l'hôtel de la Monnaie, et <|ni <Haient 'l'slinées au service de la marine; rendit tous lesdépositaiies ai'luels de l'autorité publique, dans Bordeaux, responsables individuellement de ladite somme et des atteintes qui pourraient être portées à la sûreté des fonds et des caisses de la république. C'était l'aurore de nos mauvais jours !

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