‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 50 sur 172 · Livre IV · texte numérisé non relu

Livre IV

Cliap. i.

Lamartine,

de la livre XX VL

Ch:ip. I.

Livre iv\ pouT Icur oiigueU ; ils devinrent de vrais répnbUcains, et en adoptèrent les idées dans tous leurs développements vers la fin de juin: on eût dit des hommes déjà maîtres de la France, — qui se décidaient enfin à abattre le roi, pour s'emparer de ses VcRcxiAvii. (lépouillos. Ce mauvais sentiment , mélange de haine et de vengeance , porra «lans tous leurs discours. Écoutons Vcrgniaud , quaml , après avoir cnvbagé les circimstaiices où se trouvait la 1 rancc , la conduite des rois et les préventions publiques dont il se faisait l'oiganc , et les termes dont le prince aurait pu se servir pour se justifier, il s'écrie : c Si » donc le roi vous tenait ce langage , ne seriez-vons pas en 9 droit de lui répondre : 0 roi , qui, comme le tyran Lysandre, » avez cru que la vérité ne valait pas mieux que le mensonge; » qu'on amuse les hommes avec des serments , comme les » enfants avec des osselets ; qui avez feint de n'aimer la loi » que jwur conserver la puissimcL' (jui vous st'i virail à la » braver, était-ce nous défendre que do[)[H).s(M- aux soldab » étrangers des forces dont l'infériorité ne laissiiit pas même » d'incertitude sur la défaite? Était-ce nous défendre que

» d'écarter les projets tendant à fortifier l'intérieurî La

» Constitution vous laîssa-t-elle le choix des ministres pour » notro bonheur ou notre ruine? Vous fit-elle chef de l'armée » pour notre gloire ou notre honte? Vous donna-t--elle enfin )» 1c droit de sanction, une liste civile et tant de {)i érogatives, » iM)ur y)erdro consiitulionnellement la Constitution et rero- » pii<'".' Non! non! lioiDiiie que la génciosilé des Français na )» pu rendre sensible, (pio le seul nnionr du (lesj)<)lis[ne a pu

» loucher sous n'êtes plus rien jMiur cette (kmslitutioii

» que vous a\ç/. si indign<Mnent violée, pour ce peuple que » vous avez si lâchement trahi!! »

Il fut vivement applaudi : la démocratie débordait en Franœl Yergniand seul, jusqu'alors, lança dans le monde, d'une manière hypothétique, l'idée de la déchéance. Elle fut féconde; elle s'étendit, et n'acquit son entier développement que le

ii janvier 1793, sur i'échafautl du roi-martyr! Les Giron- Livre iv. dÎDS étaieot alors les maîtres de F Assemblée nationale; c*est à leur aveugle ambilbn qu'on en peut aUribuer les écarts. |^ }bis le 9 août semblait annoncer leur déchéance et le triomphe des Jacobins; on était à la veille d'nne épouvantable crise. Les Girondins se réunissent; on veut agir : « Abstenons-nous, * s'écria Vergniaud. abstenons-nous; lequel d'entre vous vou- I» drait se môler à ces meneurs iuricux . qui s'emparent du » mouvement? Nous aspirons à l'insurrection par 1 autorité de > la tribune et de la presse ; c'est l'effusion du sang qu'on

» prépare Nous voulons un roi déposé; les Jacobins veu-

a lent un roi morti n

Ces lignes peignent au naturel les Girondins et leurs vues politiques ; ils voulaient aller à Textréroe limite de la nionar> chie; les Jac()l)in.s poussèrent leur cliar plus lom et la tiauchiri'nt. Quand il s'agissait d'enlever la couronne du front de i iofortuué prince, c'est Vergniaud qui fut chargé d'annoncer cette proposition à l'Assemblée, en présence môme du monarque. La mission était délicate et pesait comme du plomb sur le cœur du Girondin ; il monta lentement à la tribune, en proie à des préoccupations graves. Ses traite paraissaient altérés; son visage pâle; le remords, ou au moins le chagrin , semblait lui ronger le cœur; sa voix faible, son attitude inrertaiiii , enfin, se rappelant qu'il avait un devoir à remplir, il >i'\prinia ainsi : ff Messieurs, je viens nous présenter, sans » rt'flexions , une mesure bien rigoureuse. Je m'en rapporte k à la douleur dont mes collègues et moi sommes pénétrés, » pour juger combien il importe au salut de la patrie qu'elle > soit adoptée. » Tous les regards se portent sur Tinfortimé loi; mais sa physionomie resta toujours calme; sa sérénité et m impassibilité chrétienne, en présence d'une assemblée qui l oulrage, prouvaient à tout le inonde qu'il était moins affecté •le sou inmiensf disgrâce que l'audacieux Guondinqui venait de la prononcer. A force de vouloir restreindre la royauté ,

VKnc?iiAi,'u

IV. on finit par 1 anéantir ; il semblait aux Girondins que la liberté Clmp. 1. ,

ne pouvait coexister avec le pouvou*, môme restreint» d'un

1TO5 seul. Placé sur cet te p<^nte , Vergniaud ne sut pas s'arrêter ; c'était sa fatiilité. Aujourd'hui, il arrache au roi sa couronne; mais, le 3 juillet, il l'avait violemment ébranlée. Ce jour-là, il monta à la tribune; et après s'être recueilli un instaut, sa tête cachée dans ses deux mains, sa voix mal assurée, ses gestes sans vigueur, sans expression, son regard triste, il lança dans TAssemblée, en accents graves et solennels, un de ces discours qui paralysent toute opposition, et qui conquit, ce jour-IA, les applaudissements de la foule. Il rejeta tous les toib Mil le roi. et laissa sur l'esprit public des impressions dont le 10 août nélail que la trop lidèle réalisation. Après tant de soupçons et de menaces, Louis XVI n'était plus roil Aussi , quand le peuple vint plus tard ravager les Tuileries, oh l'on ne voulait pas même voir une de ces autoriiés eoruti' tuées que Vergniaud avait promis de respecter, il ne fit que tirer logiquement des principes des Girondins leurs dernières conséquences. On se demande quelquefois dans quel but Vergniaud rédigea-t-il l'acte de suspension provisoire du roi? Était-ce pour en finir avec la royault'? ou voulut-il apaiser le peuple, et sauver le roi en alKiissanl la i-ovauté? On n'en sait rien. « Vergniaud, Guadil cl Gensoime, dit Lamartine, » ne furent que des discoureurs, quelquefois sublimes, tou- » jours impuissants. Us n'eurent pas de but arrêté, ou ils pla- » cèrent ce but trop loin ou trop près. Ils donnèrent à la » révolution des impulsions tour à tour ou trop faibles, on » trop fortes, qui Farrêtèrent en-deçà, ou la lancèrent au-delà » de leurs pensées; ils voulaient le pouvoir, et ils le sapaient; V ils craignaient l'anarchie, et ils la conspiraient; ils voulaient » la républicpie, et ils rajoiirnaient. »

Tout cela est vi ai; leur conduite parait in('\pli('al)lt\ el leur allure loujo\ns inci-rlainc. Dans le dcTicI <le susfu'nsion, n»tligé par Vergniaud, ils iirent des réserves pour la aomioaliou

d'DD gauverneur du prince royal; on les soupçonna de con- uvn» iv. nivence avec la cour. Cette inconséquence de Tesprit public trouvait sa justification dans l inconséquente incertitude de la marche des Girondins. On les accusa de s'entendre avec la conr ; Verarniaud fut menacé. Il perdit sa popularité; mais il Vmcmai-i». la reconquit on [)arlaiif <los forces aux ordres de Duniouriez; il étoulTa les sou[j(.uns, et d('>iizna ass4'z clairement Marat , Robespierre? (»t Danton , comme des misérables alTamés du sang des Français.

Veriçniaucl élail naturellement juste, et la méchanceté n'était nullement l'un des éléments de son caractère. Quand, au inoisd*ao6t, Jean de Bry demanda, en vrai fanatique de la liberté, qu'on formât un corps de douze cents hommes, qui se dévoueraient à attaquer corps à corps les tyrans qui font la guerre à la France, et les généraux qui étaient payés pour aocantir les libertés des Français, un y;énéreux sentiment (l'indignai souleva le grand eœui- di* Vergniaud, qui, dans une chaleureus*' iîuprovisation, foudroya ainsi celle motion criminelle. « Je ne trait( lai pas cette question sous le rap-

* port de la moralité; la solution est dans toutes les âmes. » Kbus avons une guerre à soutenir contre des rois ; mais

* c'est une guerre loyale que vous voulez faire, celle dans » laquelle, les armes à la main, on combat un ennemi qui a « aussi des armes à la main. Si vous organisez un corps de

* tyrannicides, nos ennemis r)rs;aniseront un corps de ftiêné- » ralcides; votre décret sera peut-être un décret d'assassinat » nmlre vos jiroprcs iiéïKMaux, (M nous aurez à craindre d'être )! U^preniicres victimes du projet immoral qu on vous propose n dailopler. »

Oq voit là tout le cœur de Vcr^ianrl; ses inspirations étaient toujours grandes, presque toujours bonnes et généreuses; mais Jamais plus brillantes ou plus émouvantes que lorsqu'il s'agissait de la liberté, de la patrie et de la république. Quand on vint annoncer l'approche de Fennemi , le

Vcnc^iuvit.

Livre IV. conseil municipal de Paris fit sonner le loc^iu cl tm prévint CIhid 1

J ' l'Assemblée. Vei^niaud toaua contre l'étranger avec sa ver\e 1799 habituelle ; et après amr exhorté les Parisiens à marcher contre rennemi , il finit par cette électrisante péroraison : « Vous avez maintenant une grande ardeur pous les fêles; » sans doute, vous n'en aurez pas moins pour les combats. ]i Yous avez chanté, célébré la liberté; il fout maintenant la » défendre. Nofos n'avons plus à renverser des rois de bronze » (statut's), mais des rois environnés d'armées puissantes. Je » (UMiianile i|iie rAssenibléc nationale, qui, dans ce moraent- » ci , n'est plus qu'un grand comité militaire , envoie à !'in- » stant, et chaque jour, quelques-uns de ses membres, non » pas pour exhorter par de vains discours les citoyens à Ira- » vailler, mais pour piocher eux-mêmes; car il n'est plus » temps de discourir : il fout piocher la fosse de nos ennemis, » ou, à chaque pas qu'ils font en avant, piocher la nôtre. »

Jamais on n'avait vu plus d'enthousiasme , plus d'exbaltation à l'Assemblée : tout entière, elle bondit sur les bancs et se leva conune un senl homme, au bruit d'innonibrabies bravos |»arlis de tous les coins de la salle.

On sait toute l'horreur que le massacre des prisons inspira aux Girondins ; c'était l'oeuvre des Jacobins, et Vergniaud ne fût pas le dernier à vouer à l'exécration publique les misérables- qui foisaient commettre de pareilles atrocités par le peuple abusé; il voulait même rendre la municipalité responsable des crimes qu'elle avait laissé commettre, et dénonça à la vindicte populaire les misérables agitateurs du parti laeobin. « Les Parisiens aveuglés, dit-il, osent encore se croire » libres! Ils ne sont plus esclaves, il est Mai. des tyrans cou- )> roiiii ( -^ : mais ils le sont des hommes les plus vils, des plus » détcsliibles tyrans. Il est temps de briser ces chaînes hon- » teuses, d'écraser cette nouvc^llo tyrannie; il est temps que » ceux qui ont fait trembler les hommes de bien , tremblent » à leur tour. Je n'ignore pas qu'ils ont des poignards à

» leurs ordres.... Eh I dans la nuit du 2 septembre, n'onMIs Livre iv. t pas voulu les diriger contre plusieurs d*eutre vous? Dans > leurs listes de proscriptioos, n^onlr-ils pas désigné au peuple 17^3 » plusieurs d'entre nous comme des traîtres? Et ma tôte aussi — » est proscrite: la calomnie veut étouffer ma voix; mais elle ) [xnt encore se taire entendre ici; et je vous en atteste, » jusqu'au coup qui me frappera de mort, elle tonnera, avec » tout ce qu'elle a de force, contre les crimes et les scélérats. I Bien mieux inspirés que Danton du grand mot de Guillaume- » Tell, nous aussi. Messieurs, nous dirons : Périssent l'Assem- » blée nationale et sa mémoire, pourvu que la France soit » libre. — Oui, oui, s'écria toute l'Assemblée debout, périssons tous, et que la liberté reste. » L'explosion d'enthousiasme piixsc' , l'orateur girondin reprend et ajoute : « Se demande » que les membres de la commune répondent, sur leur tête, » d«' la sûreté He tous Ic-s prisonniers. •»

Le triomphe de Vergniaud fut complet: la proposition fut adoptt^ ; mais il se tit des ennemis puissants. L'étoile de Danton commençait à briller à l'horizon; mais Vergniaud, dépopularisé, voyait pftlir la sienne; et le fam^x triumvirat de Narat, de Robespierre et de Danton finit, par une fiction d'amitié on de sympathie, l'Assemblée lé^slative. La commune paraissait à Vergniaud un obstacle au bien : il en dé- Toila les dangers, la montra en état de conspiration permanente contre l'Asscmljlée, et attaqua, le 25 septembre, corps à corps, pour ainsi dire, le sanguinaire nmi du peuph, Marat, cette hideuse personnification du lerrui isme, dont les excès et les crimes frayèi'ent a Danton et à Robespierre une route au pouvoir. Marat avait demandé la dictature pour un de ses amis; il voulait un bourreau officiel et dévoué pour abattre pins vite des milliers de tètes, et surtout celles des Girondins; mais Vergniaud exbahi son indignation en termes sévères; son exorde ne fut qu'une invective. Comme toujours, il était beau ; mais sa colère rendit la flétrissure moins odieuse; elle

arrêta l'aigle de la Gironde dans son vol, et rempécba d'étra sublime. « S'il est un malheur pour un député, dit-il , c\^t. » pour mon canir. celui d'iHre obli24é de remplacer à ii tle » Irihunc im hoiunic ^Maial) cliarf^é de décrets <le priM'> de » corps qu il n'a (las purgées, contre lequel il a clé reudu un )) décret d'accusation, et qui a élevé sa lélc audacieuse au- » dessus des lois ; un homme déi^oùlant de calomnie, de fiel » et de sang. — Je m'en fais gloire, » répondit Marat à cette apostrophe déclamatoire ; et il n'en continua pas moins à provoquer la haine des Jacobins contre les Girondins, qui devenaient impopulaires.

Ce misérable drame ne pouvait pas darer longtemps : on en altciidait le dr-nouiiicnt; et ce fui Lou\(*l (pii fui chargé de ramener, en ac< iisaiil Bolyespierre, que Marat xoiilail l'iiire dictateur. Toutes les foudres de la Gironde (rlalcrciil sur la tôte du des{)ole d('signé; Vergniaud, inspiré iiiagiiiliqucmejU par l'indiî^nalion , cette fougueuse muse de Juvénal, dénonça à la France les manœuvres d'une minorité séditieuse; et étendant les deux bras vers la tribune, d'où tombaient les vociférations des interrupteurs soudoyés, il s'écria : « Cest là, dit-il, » que se tiennent les gardes du corpsde Robespierre. Attendez » que Sylla quitte l'Assemblée, et vous verrez ces prétoriens » en guenilles, armés de bûtons à sabres, entourer ce factieux. » raccojiijKigiicr pai loiit. cl menacer sur leur jiassage lesdé- » putés connus |)()ur ii'clrc [)as ralliés à son parti. >» La lutte ctâit engagée; c était un cond)at à mort. UobespieiTu a était pns homme à oublier ou à pardonner.

Triste et abattu, Vergniaud vit avec peine sa malheureuse position et la puissance de ses ennemis; le mal empirait tous les jours. Les principes posés par les Girondins produisaient leurs fatales conséquences; ils s'étaient avancés plus loin qu'ils ne voulaient. Dans une de ses lettres à ses amis de Bordeaux, il dit qu'on l'appelait aristocrale. « Ma tétc, dit-il. (^t souvent » remplie de pensées |K'nibles, et mon cœur de sentiments

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Veikcsuvi»*

i douloureux ; à \ni\m me reste-t-il quelquefois assez de force i;'»^

» morale pi)ur reniplii- mes devoirs. Votre pens^ est uni eon- ** » solaliua. Ktiaiii-'cr, vous le S4ivez, à toute sorte d'aïubilinn, 1795 » n'ayant ni [iri'iciilioMsdr la l'orlune, ni celles de la gloire, » jc! ne fonne qu uu seul désir, e'eslde pouvoir un jour, avec

I vous, jouir dans la retraite du triomphe de la patrie et de » la lilKTté. » Hélas 1 il croyait pouvoir espérer; il se berçait d'illosioiis !

On demandait le jugement du roi. Notre Démosthènes bordelais se sentait une invincible répugnance à élever Técbafaud sor le berceau de la république ; il savait qu*en répandant le sang royal , on se trouverait dans la nécessité de répandre

par toute la France le siiig des royalistes et des honuues de bien. Il regardait Louis XVI comme un vaincu, et ikui comme unaccu>(''; c est assez pour un noble ccpur de voir l'ennemi couché par terre, [)0ur avoir au moius k générosité du lion.

II savait ce qu'on devait faire: mais sa conduite fui, durant le procès du roi, indécise et irrésolue, il proclama la nécessité de soumettre tout ce qu'on ferait à la sanction du peuple, à qui seul appartenait le droit d'approuver ou de condamner les actes de ses délégués. « Tout acte émané des représent iantsdu peuple, dit-il , est un attentat à sa souveraineté, n s'il n'est pas soumis à sa lalitication formelle ou tacite. Le 1 ppuple, qui a promis l'inviolabilité à Louis, pvui seul dé- » durer (ju il veut user du droit de punir, au(jncl il avait » renoncé. De graves considérations vous [iresc^rivent de vous » conformor aux principes. Si vous y êtes lidèles, vous n'en- » courrez aucun reproche; et si le peuple veut la mort de » Louis, il Tordonnera. Si, au contraire, vous les violez, vous » encourrez au moins le reproche de vous être écartés de 1 votre devoir. Et quelle effrayante responsabilité cette dé- » viation ne fait-elle pas peser sur vos tètes? »

Ce discours était beau et entraînant; il semblait fait pour adoucir les cœurs féroces des Jacobins, et le Girondin crovait

lui-même avoir arraché à la Convention la lôte de l'infortuno prince. Il avait aflirmé plusieurs fois à ses amis qu'il ne * prononcerait jamais pour la peine de mort. « Je resterais seul » de mon opinion, disait-il, que je ne voterais pas \m\r h » mort. » Mais le moment venu, harcelé par les Jacobins, il émit un vote funeste, et se prononça pour l'appel au peuple. 11 croyait devoir céder au tfjrrent pour sauver sa tôte et celU's dos Girondins, menacées par les Maratistes, et comptait sur l'appel au peuple jwur sauver la vie du roi.

\Ai dépouillement du scrutin fut long ; l'anxiété était sur tous les fronts. Était-ce la vie, était-ce la mort, qui devail sortir de l'urne? Hélas ! c'était la mort ! Le malheureux Vergniaud, le môme homme qui, à l'AssembltHi législative, avail jïrononcé la déchéance de Louis XVI, celui-là même fut condamné encore, comme président, à Ure à cet infortuné monarque sa sentence de mort ! Il se leva, pAle, tremblant: son cœur aurait voulu enchaîner sa langue; mais il s'était trop avancé \your reculer; il comptait sur le peuple. « Citoyens, » dit-il, avec l'accent de la douleur, vous allez exercer » un grand acte de justice, fespcre que l'humanité vous » engagera à garder le plus religieux silence. Quand la » justice a parlé, l'huiivinité doit se faire entendre à son » tour.» Yergniaud, comme Pilate, livra l'innocent aux bourreaux !

Il faut avouer, cependant, qu'il déploya, dans ce procès mc'morablc, les prestiges de son beau talent, toute la puissance de sa dialectique , et fit ressortir les immenses conséquences et le grave caractère que le jugement de Louis XM pourrait avoir sous plusieurs rapports. Il réfuta Robespierre, et s'éleva avec énergie contre son orgueilleuse assertion, que la vertu était en minorité sur la terre. « Citovens, s'écria-t-il. » Catilina fut en minorité dans le sénat romain; et si celte » minorité eût prévalu, c'en était fait de Rome, du sénat et » de la liberté. Dans l'Assemblée constituante, Maurv et Ca-

» zaic5 turent en minorité; et s ils avaient prévalu, cen élait » fait (le vous, etc. »

Il demande si, pour faire une majorité conforme aux vœux de certains hommes , il faut employer le bannissement et la mort, changer la France en un vasie désert, et la livrer ainsi aux oonceptîons de quelques scélérats. Après avoir vea^, dit Tbiers, la majorité et la France, il se venge lui-même et ses smis, qu*il montre résistant toujours, et avec un égal courage, à tous les dcspotismos, celui de la cour et c(;lui des brigands de srj)U iiii)re. Il les uiunfre jKîndanl la journée du 10 août, Mt^eaut au bruit du caiiuu du Château , prononçant l:i décbàmce avant la victoire du peuple; tandis que ces Brutus, si pressés aujourd'hui d'égorger les tyrans abattus, cachaient leur frayeur dans les entrailles de la terre. « Oui, dit~il, ils

> veulent la guerre civile, ceux qui, en prêchant Tassassinat i contre les partisans de ki tyrannie, appliquent ce nom à « toutes les victimes que leur haine veaî immoler; ceux qui » app'lienl les jx)iL;nards sur les re[)réseulaiits du peuple, et

• (lemaiident la (iissolution du ?;ouvernement et d<* la Con- » vcntion; ceux qui veulent que la minorité devienni^ ai bitre

• de la majorité; qu'elle puisse légitimer ses jugements j>ar » des insurrections , et que Gatilina soient appelés à ré-

> gner dans le sénat. Ils veulent la guerre civile, ceux qui » prêchent ces maximes dans les lieux publics, et pcrver-

> tissent le peuple en accusant la raison de feuîllantisme, la » justice de pusillanimité, et la sainte humanité de coni>pira- » tion î »

Gjunue on avait dit que l'Assemblée devait a\oir a>sez de courage pour exécuter elle-même son jugement, sans s'appuyer sur l'avis du peuple, Vergniaud y n'pond : « Du cou-

• rage, il en fallait pour attaquer Louis XVI dans sa tonte-

> puissance; en fout^il tant pour envoyer au supplice Louis » vaincu et désarmé? Un soldat dmbre entre dans la prison » de Harius pour l'égorger: eflrayé à l asix cl de la victime,

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