Livre IV
Cbap. 3.
roiraiC awins. Fanatique de la liJacrIé, il détestait les abus de raoden régime, et ent le tort de confondre, dans sa haine repablicaine, la monarchie avec ses torts réels ou imaginaires , 1705 le prince avec ses raînislros ; mais il abhorrait ranarchic, et «e rendit, j><)ni son malheur et nour sa clniro, l'implacable advoîvaire flo Marat, de Danton, de Kobes^iierre et de tous les cgorgcurs de septembre.
Plus passionné, plus Terme, mais moins apathique, moins voluptueux que Yergniaud, il attaquait ses adversaires corps à corps; et quoiqull leur e&t porte des coups meurtriers, il De triomphait que lorsqu'il les voyait a terre et a ses pieds, n ne connaissait pas la pitié, ce sentiment délicat qui fait naître la défaite, ni la miséricorde que sollicitent les humiliations. Il ne tendait jamais la niaiii à rcniu iiii (jui la demandait, et se! montra cruel envers le meilleur des rois, jusqua éuralTer tous les doux sentiments du cœur et à repousser les nffi-esqne lui faisait la royauté abattue. Sa vertu républicaine était une sorte de tyrannie ou de fanatisme: toute supériorité sociale l'offusquait. La téte du roi était plus élevée que la aenne; il aurait chargé la guillotine du nivellement du monde, pour la conservation de m chère république. Il faut le dire, cependant, il aMimrail toute idi'e de l'i-lVusicm du .-an-, et pxcrrail les t^'i rnrisles , (jui \oidaient tjiire de la France un vaMe (U'sert ; mais il n y eut de sacrdices qu il ne lût prêt à laire pour le triomphe de ses idées [xilitiques.
La première, et Tune des plus belles époques de sa vie d'orateur, était, sans contredit, le 14 janvier 4792; il présidait ce jour-là rAasembléc. Cest alors qu'on commença à le «xnaïaltre et à rap])récier. Dans ce temps, tout semblait aniiODcerunelif2[uedesroisdo continent contre la France, et une secn'Me intellisionce entre eux et leurs amis de l'intérieur, iiilôe de \oii , xuis la proMon th» l'étranger, la liberté détruite, la Constitution anéantie, la France encore asservie, lui a fourni de nobles et de magnifiques inspirations; une courte
Gl'AOET.
Litre IV. citation suffira pour en apprck^icr le reste. « Quel est donc ce (.hap. 2. ^ complot formé contre la patrie, et jusqu'à quand souffrira- 1793 » t-elle que ses ennemis la fatiguent par leurs manœuvres et » l'outragent par leurs espérances. . . . Apprenons donc à tous » les princes que la nation française est résolue de maintenir » sa Constitution tout entière, ou de périr tout entière avec » elle; apprenons aux étrangers qu'ils peuvent bien essayer » d'égarer le peuple, de répandre des soupçons sur la pureté » des intentions des représentants; mais que nous, chargés » de défendre la Constitution, nous en garderons le dépôt » avec une inviolable fidélité, et que nous remplirons, avec )) le zèle et l'énergie d'hommes libres, la tâche honorable que » le peuple français nous a confiée. En un mot , marquons » d'avance une place aux traîtres, et que cette place soit » réchafaud. »
Ce discours était magnifique ; c'était le triomphe, le premier triomphe de Guadet, la consécration de son talent oratoire. Jamais mouvement plus subit , plus spontané et simultané à la fois, n'avait eu lieu dans les assemblées délibérantes de la France: le sujet était chaud, briMant, plein d'actualité. Il rencontra partout d'unanimes sympathies; c'étaient des bravos étourdissants, quelque chose cx)mme de la frénésie. Sous la parole solennelle de Guadet, parole fortement accentuée, vibrant de l'oreille au cœur, et subjuguant les intelligences, les représentants se levèrent en masse et se tendirent les mains, comme pour sauver la patrie et la Constitutif)n. Les tribune*? répondirent par des applaudissements mille fois répétés aux cris approbateurs, qui se prolongèrent en dehors de la salle. Guadet fut connu ce jour-là : .sa place était de droit à côté de Vergniaud.
Enivré de ses succès , Guadet prit encore la parole le iO février; mais il n'était pas sur son terrain. Le sujet était moins favorable à son éloquence; .son discours s'en ressentit, îl til réloge des sociétés populaires; il épancha tout son fiel
répnUicaiQ contre raristocratie, et même contre le roi. H alla l'ivre iv. josqa'à dire qoe le malt tout le mal, se trouvait dans le Pou- ^''^ " voir exécutif ou dans ses timides et infidèles agents. Cétail là ^^^^ i nu hemar éternel, la source de ses attaques quotidien- — ue>. ou se décelaient un patriotisme haineux et un farouche fi"*»»»* répablicanisme. Ou le louait, on l'admirait, le 44 janvier; mabaiHrès le triomphe de ce jour, le 6 mars n <^tait qo*ua échec i » gloire. Ennemi des ministres, il les harcelait sans cesse: du loi crut de l'ambition. S'il en avait, il le cachait bien; il paraissait n'en avoir d'autre que celle de roppsition. Ren- TeraCTt c'était son but; tous les moyens étaient bons; mais reconstruire ou remplacer ce qu'on renversait, sa politique n'allait pas si loin. « Le mal est ji son comble, disait-il ; mais
ï il ne m'étonne pas plus qu'il ne m'elîraie Il est temps
• de savoir â les ministres veulent faire de Louis XVI un roi « dfis Français ou un roi de Coblentz. » Familiarisé avec la (rihane, il y montait souvent, et toujours avec cette hardiesse qœ donnait le sentiment de sa force ; mais il se jetait volontairement dans les extrêmes, surtout quand la cour reftisa de continuer à néjçocîer avec son parti. Imbu de la philosophie Toltairienne , et nourri de la lecture des encyclopédistes, il n'aimait pas la religion. An mois de mai, il é{)ancha, en haineuses déclamations, son ticl contre les prôtres qui refusaient le serment civique que leur conscience condamnait, et vota pour leur déportation. Il déploya une rigueur outrée contre la garde royale, et s'eflbrça d'isoler le roi pour mieux le déshonorer el l'abattre; et quand la populace eut souillé le palais da prince, le 20 juin, il demanda qu'elle fut admise aux honlïMffsde la séance, et qu'elle défdât devant les représentants ; c i uui approuver les désordres passés et en provoquer de nouveaux.
Il y avait presque toujours dans le lanii;agc de Guadct de la finesse et une grande portée : il ne faut pas en conclure que c'était un homme politique; il Tétait plus que 'Vergniand , car
Gl'AOET.
Livre IV, il était plus méditatif, plus srrnnd pcnsour, et (loué d'une in- Cbap. ^. {olliiîcnœ plus adaptée aux allairos et plus caïKible de irrands 1795 travaux. Chez lui, l'ironie prenait un caractère sarcaslique; — il la maniait avec adresse : c'étnii une arme redoutable dont il faisait sentir parfois toute la puissance à ses adversaires. Lafayette, à la téte des troupes, demanda que les anarchistes de Paris fussent sévèrement punis; Guadet s'y opposa, et déclara que cette demande, libellée dans le style de Cromtcel ou de César, ne pouvait être du fils ainé de la liberté. Lafaycttc vint se présenter à la barre de l'Assemblée, et prétendant exprimer les seiiliiiieiits de «^("^ oniciers, demanda a\er instance, et d'un ton dictatorial, ijne la Constitution lût sauvée et que les désordres de juin tussent punis avec une sévérité exemplaire. Gnadet, {lersuadé que le général rêvait le rôle de Monk, s'écria ainsi, avec une ironie mordante : « Quand » j'ai vu Lafayelte, une idée consolante s'est olTerle à mon » esprit. Je me suis dit : Nous n'avons plus d'ennemis cxté- » rieurs : les Autrichiens sont vaincus; l'illusion n'a pas duré » longtemps ; nos ennemis sont toujours les mêmes, nos dan- » «ers n'ont pas ( hangé, et cependant M. de Lafayelte est à » Paris ! Il se eonstilue l'organe des honnêtes ^eus et de l'ar- » niée; mais ces honnêtes cens, qui sont-ils? Et, d'abord, » qu'il nous montre >on confié. »
Le caractère âpre et mordant de Guadet lui suscita des ennemis : ses succès oratoires lui créèrent des jaloux, et son implacable opposition fit sentir à la cour la nécessité de se gagner cet austère républicain. 11 paraît certain qu'il y eut une correspondance entamée, et qu'on fit certaines projetions pour opérer un rapprochement; mais les prétentions de Guadet furent repoussées par la cour. Cei>endanl, dans toute cette affaire, aucun acte de hass(»sse onde \( ualiu ne s<Hiilla jamais le patriotisme des <iirondins. Ils voyaient les fureurs démagoe,iques des Jacobins et les dangers tutmsde la Franco; ils voulaient le pouvoir entre les mains de Rolland , dont
l'esprit faible se dirigeait d*après les idées de sa femme, l'amie i^'^re iv.
des Girondins, et croyaient pouvoir louvoyer avec sûrelë entre
les écoeils, pondant que la tcmp(Hc £,M-ondatt tout autour, et ^793
menaçait (remporter le pilote, les passagers o{ le vaisseau de — l'ËUiL pns(jiie (léuultt». Ils étaient alh's l)it'ii loin, et ils sentirent enfin le besoin de sarnHer, ne IVit-ce (juc |M»ur contempler les ruines qu'ils avaient traversées, (^orunie Guadel était le plus redouté des Girondins, la cour lui fit des avances : sa réserve le fit respecter davantage; mais il consentit enfin à sToirune entrevue avec la iamille royale. Le lieu et Theure tot désignés, il s'y rendit par une porte dérobée, à la faveur d'nne nuit obscore, et trouva dans une chambre mal à'Iairée le chef de la Maison do Bourbon , qui attendait le jeune avoeat de liordeaux, dont l'opposition inonlante lui avait fait loiiirt(>m[>s refiiM'i- te titre d'avocat au Parleiiicnl. Les cirtou>t;uH es étaient .mavt's, Toraize j2;roudail duns le lointain; la marée montait, et les Ilots de la démagogie uieuavaient do tout emporter. Kn proie aux plus noirs pressentiments, le roi accueillit avec bonté le fier ti ihiin, qui sapait le trône, et qui contemplait, presque attendri, le dénùment et les horreurs de la silnation de la famille royale. Des conseils furent demandés et donnés : on crut gagner le fier Girondin : impossible ; on crut pouvoir l'acheter : encore moins. Des propositions indirect» furent hasardées; mais, à la place d'une âme vénale, on nerniuonti n qu'un cœur de bronze. Le Girondin ne savait pas •^iil l'^rr . oiiiriie courtisiin, ui s'avilir comme un mercenaire. Guadt't voulut eulhi se ri'tirer : la reine essaya encori> do IV'prouver, et lui demanda s'il ne voulait pas voir le Dauphin. l^Ue voulait lire dans la physionomie du démocrate l'avenir de son fils. P^vre fenmie t ce triste secret était encore dans le sein do Dieu I Guadet suivit la princesse dans un cabinet, oii l'eniant royal dormait tranquille au milieii des dangers de la royauté. Goadct, embrassant dans sa pensée le passé et l'avenir, écarte doucement les cheveux du front du prince, et le baise : une
timlV.
CbapwS.
Tbiei>.
auttire
de la Révolution, Kv.IX.
larme involontaire vint mouiller sa paupière. Il se détourna j>our la cacher; et maîtrisant ses émotions, dit à l'intiti luutt: mere, qui le regardait avec une douloureuse anxiété, comme pour étudier ses émotions : « Madame, clev^-le pour la If- » bcrtc; elle est la condition de sa vie. »
Pendant que la Gonvenlion se partageait en factions, qui se fiiisaient éternellement la gaerre, Danton, dégoûté un instant des Maratîstes, voulut se rapprocher des Girondins et s'arréler sur la pente où Von avait imprudemment lancé te char de l'État. Dumouriez sofliit comme méliatour, ot Vergniaud, soit par l'insouriance habiluellc de son eaïadere, .soit par uiw prévoyance politique, bien rare dans sa vie, consentit à garder le silence et à tout oublier; roaisGuadet, Fonfrède et Dooos, pleins d'horreur pour les assassins » repoussèrent les avances du redoutable Danton; et Guadet, indigné contre Vignoble et exécrable Harat et comorts, s'écria, en réponse aux ofires officieuses du général : « Tout, excepté l'impunité aux égorgeurs » et leurs complices. » Danton alla prendre la main de l inexorai)le Girondin, et lui dit avec douceur qu'il fallait tout pardonner et tout oublier. « Ce n'est pas en pai il<»nnant le crime. ]» répliqua Guadet, qu'on obtient le pardon des scélérats: » une république pure on la mort. » Danton laissa tomber la main de son impitoyable collègue, et lui dit : « Vous ne savez » donc pas pardonner, Guadet; vous serez ia victime de votre » obstination; allons chacun où le flot de la révolution nous » pousse: unis, nous pouvons la dominer; désunis , elle nous M dominera; adieu. » Danton rompit tout a lait avec le^ Girondins, dont il jura la |>erto; il fut refoulé vers Robespierre.
Guadet seul dominait les Montagnards ; il les accablait de son mépns, qu'ils payaient de leur haine. Moins splendideqae celle de Vergniaud, sa parole était une massue, et ses coups meurtria^. Vif, pétuhint, prompt à s'élancer en avant, il passait de l'emportement le plus fougueux au plus grand sang-froid, et se possédait assez à la tribune pour y briller par
rà-proiMT^ et électrisrr par sc»s inoiivonicnUs. Marat voulait Livre IV. biea s'en défaire; il le (Icnoiiva comiiu^ <.oin|ilotanl, avec les autres Girondins, la ruine de la patrie, la destruction de la 1^,3 liberté et le rélablisspriHMit du jHjTivf)ir roxal. Guadet, sou» riœpressioD d'une iudignalion profonde cl mai comprimée* so leva le 4 octobre, et, d*un ton grave, versa sur la této de ses adversaires un flot d'éloquence , soulevé par un sentiment oonfns de colère et de mépris, f Au milieu de ces dénonciations d'un homme [Marat] dont
> je me suis bien promis de ne jamais f ion ikci- le nom, jn » devais m'attxîndre, dit-il , a être implique dans ses eaiom- » nies. Je sais depuis longtemps que ma probitt» et mon cou- » rage rembarrassent; mais j'imaginais qu'il choisirait mieux i son sujet. » Après avoir déclaré qu'il n'avait jamais désiré la dépatation, il ajoute : t Si quelque motif me faisait craindre >d*étre élu, c'était, je Favoiie, d'être associé à quel(|ucs » hommes pour qui la révolution signifie massacre, la liberté I licence, et pour qm 1 1 patrie, enfin, ne signifie cpie parti
» et faction Des iiuiiijiu'> auxcjuels il ne fallait, dans la
1 Convention nationnle, ni talents, ni vertus, qui clierchaieol I à ccarti^r les Coudorcet, les Sieyès, des élections de Paris. ... k Qnant à moi, la confiance que mon département m'a donnée,
> je ne l'ai pas obtenue sous les auspices des poignards et des * couteaux; je ne la dois pas à la terreur et à l'épouvante
> dont ici, à Paris, tous les citoyens étaient saisis. » Cette hardie réplique et la courageuse allusi(m à IV'lection
«i«'Maiat, l'oudroycrciil i<\s Montagnards et iiuirinculcicul dans l' uis t teurs la haine qui les étoutlait. Cepriulaul, ils étaient bien unis et ne cessaient d(^ revenir à la charge; les Girondins étaient abattus et découragés. Les clubs se prononçaient contre eux; ils entrevoyaient un tristo et orageux avenir. Le 9 décembre, Guadet proposa timidement de convoquer les assemblées primaires, afin de sanctionner les choix des corps électoraux ou de révoquer les membres de la Convcntioa qui 2* Part. A. j?
Gkadet.
Livre IV. auraient perdu la confiance du peuple, il croyait ainsi se (.h.ip.-. j^.fjji,.(3 j^^s ennemis de sa [)uissance et des fauteurs de l'anar- 1793 chic; il se trompait : il ne lit que leur révéler son secret et — ses vœux; les Montagnards n'en devinrent (jue plus acliarnis que jamais à la perte des Girondins. Kniin, le 3 janvier 1793, Gas[)arin dénonça Vergniand , Guad(»t, Gensonné et (luehjues autres, comme ennemis de la république et comme ayant entamé une corres[K)ndanc(» avec le roi , par l'entremise de Boze et de Thierry, pour le sidut de la monarchie. Mais cette lettre n'avait, dans le temps, rien d'inconstitutionnel : la monarchie existait à l'époque. Le roi les avait consultés, et eux n'avaient rien demandé que la rentrée des ministres disgraciés et quelques mesures dont ils n'avaient pas à rougir. Les Girondins ne |X)uvaient pas avoir conspiré en faveur d'une uionarchie abattue, eux qui avaient les premiers demandé la déchéance du roi. Mais la haine exclut la raison et ne veut que la m'ugeance: la cliarge fut portée à la tribune et devant la France. Il ne manqua pas d'esprits faibles [wur la croire vraie et pour l'accréditer. Guadet demanda la parole; et tempérant l'Aprelé de son langage par une spirituelle raillerie, réfuta le misérable dénonciateur, (pii, au lieu de preuves, n'apporta contre les Girondins que des c^ilomnies. « J'admire, dit-il, comment » Gasparin a ignoré que c'est Gensonné, qui, le premier dans » la Commission, a propost» la suspension du roi. Tadmire » comment le besoin de calomnier lui a fait tout à coup ou- » blier que, dans la Conmiission, Vergniaud, Condorccl, I^a:»- » source et noiLs, nous enq)loyAmes le projet de Gensonné; » et que les bases en étaient si bien postées, que, le 10 août. » il fut présenté une heure après que le tyran fut arrivé dans » l'AsstMnblée. »
L'Assemblée demanda l'ordre du jour; mais l'accusiilion fut reprise plus tard. Vergniaud la repoussa; Guadet lui succénla à la tribune, et .stigmatisa avec sa véhémence habituelle ses vils calomniateurs.
GirADET.
Eofin, le î2 I j.uuier arrive, et Louis XVI est amené devant Livrtiv.
Si"* sujcUs , les mandataires du peuple , qui , connue le disait x.n illti-;fre «léfjMiseur, notre (''l(HHn;rit l)est'/.e, scM'onslituèrent j^.^ à l.i l(>i> » > iurusiileurs, jui^os vX ses bourreaux ! dnadet, — iT)iimie tous les Girondins, aurait voulu soustraire 1 infortuné iDonarque au sort irai^iquc; ({u'ou lui préparait; il aurait voulu lappcl au peuple; niais ia majorité no le voulait pas.
Embarrassé pour savoir comment s y prendre pour sauver la vie du roi , il paraiissait moins libre dans son allure oraioire« et termina son discours en disant : « Je conclus que les » questions soient ainsi posées :
» Premicre ffucstion. — Après que la Convention , formées n co li iljunal, aura prononcé le juij;einent de I.ouis, ci-devant I roi des Français, exnniiuera-t-elle s'il <'<t de linlcK-l du » jieuple que le jugement soit exécuté ou la peine connnuée?
» Dtumhme qu^ion. — Le dé'crtU (ju'i'lle rendra sur ce
> point sera— t-il soumis à la sanction du peuple réuni en 1 assemblées primaires?
» Trmième question, — Louis, ci-devant roi des Français,
> esl-il coupable do conspiration contre la liberté de la nation
> française et d'attentat contre la sôreté générale? » Quatrième question. — Quelle est ia peine qu'il a luéri-
> tée? »
Toot cela , au lieu de smiplifîer la question prin( i[)ale, ne tCDdait qu'à la rrvinpliquer. On croyait gaguer du tcuips et iDûdifier l'esprit public ; c était trop tard I
La position des Girondins était délicate : ils avaient fait tout ce qui était humainement possible pour affaiblir et rcn- Terser la royauté ; ils s'étaient placés sur une pente glissante ; il n'y avait pas moyen de s'arrêter. Leurs craintes et leur pnidence furent interprétées comme autant de signes qui tra> Hisfiaient leur retour vers l'ancien n .^iiue ; et leurs tiénéieux •îflMIs [w»ur con.servci' li' roi (l;nis }v iiaulVni^e de l;i roNaiité, luoique babilcmeut duiyés, les liront accuser de modérant
Livre IV, tismc, ct, plus tard, de trahison, par loft sanjïiiinaii-es Monlachap. 2. gnards. Ne pas voter la mort du roi, purement et simplement, ,-,,3 c'était lutter |X)ur l'impossible et consommer leur propre perte: — il fallut se laisser aller à la dérive et s'abandonner au courant, i f.uADFT. Guadel vota la mort du roi ; mais accablé de remords et en proie à la douleur la plus vive, il vint avec ses amis fie lendemain), demander qu'il fût sursis à l'exécution: mais il en fut du sursis comme de l'appel au peuple : les Jacobins ét<iienl maîtres du terrain ; le crime fut consommé ! Nous ne prétendons pas excuser les Girondins; ils ont eu bien des torts; ils ont posé les principes qui ont enfanté les déplorables conséquences que la postér ité rep;rcttc ; mais s'ils aimaient la république avant tout, il est certain qu'ils voulaient sauver la xie du roi. Ils s'arrêtèrent quand il s'agissait de regarder la guillotine en face ; c'était trop tard : l'Assemblée était en marche; ils furent entraînés par le torrent. Les diflTicultés de leur position étaient plus fortes qu'eux.
La mort du roi n'éteignit pas les liaines: c'était un triomphe pour les Jacobins; mais le combat ne devait se tenniuer que par la mort des Girondins ! Ils avaient été puissants; ils furent longtemps les rois de l'Assemblée, les dictateurs de la tribune. On les avait luuniliés; il fallait les abattre. Le 5 avril , une pt'lilion fut présentée contre les Girondins : Robespierre les attaqua avec une véhémence incroyable. Vergniaud le réfuta, mais ne lui imposa pas silence. Robespierre se sentit fort tltîs craintes et des torts rwls ou fictifs de ses adversaires ; il croyait terrasser des victimes. Guadet , toujours courageux , entraînant et inspiré par son indignation, lui réjKmdil avec l)onheur et une verve éloquente; il disculpa les Girondins, et fit rejaillir sur les Montagnards l'opprobre dont Danton et Robespierre, devenus amis, cherchaient à couvrir .ses collègues.
Le 30 avril, la populace se souleva, et Paris fut livré , en (juehiue sorte , aux anarchistes .stipendiées. Des désordres in-
Livres IV Cbap. i.
GOAOET.
qoalifisbles* des scènes de scaDdale, jusque môme à la porte
i'I dans l'intérieur de l'Assemblée , en troublaient les déli-
NTiilioû»; des hommes en guenilles, des figure» liiilcuses, 1793 oWlruaienl les avenues de la Convention; des eris î?t'<ii(it'u\, des brépigneDienU éioardii^nts, des voeiférations, des injures màne , adressées aax représentants ; des monstres à figure hainaine, affiimés de sang; tout cela eflraya l'Assemblée; mais Goadet seal eot le courage de le blâmer, el s'écria : c Une
> représenlatioD avilie n'existe déjà plus. — Il est prouvé que
• TOUS ne pouvez plus vous faire respecter ici ; les autorités » constitutk^s de Paris ne le veulent pas. Il est temps qu'on ' iui|x»H' silence à celle poii^iKc de coiitre-révoluticmnaires I d^oiâës sous le nom de patriotes. 11 faut que cette lutte
> cesse. Je vais faire une proposition qui ne portera l'e&oi
> que dans l'âme de ceux qui ne sont pas déterminés à tout » sacrifier pour sauver la patrie, le demande que la Conven-
* lion nationale décrète que la séance de lundi sera tenue à
• Versailles. »
Cette prujM)silion hardie n'eut pas de suite; mais elle décela le caractère de fiiiadi t , el aigrit de plus en plus contre lui le? Jacobins de la capitale.
Les esprits s'exaspéraient de plus en plus contre les Gironilins; enfin, Bordeaux, alarmé à la vue des dangers qui mena^ (tteot ses enfants, envoie une députation à la barre do la Convention, avec une adresse énergique, mesurée cependant, mis trop menaçante pour échapper à Tanimadversion dcsMonlî^rds. Legendre se jnil à dck'Iamer contre les pétitionnaires; iiiaii Guadet, fort de s<»a droit et entraîné par )<' devoir, -H'iança à la inlHiiic. cl s'écria : « Je ne monte [>as ici pour ^ (léfendre les pétitionnaires : les lk)rdclais n'ont pas besoin » d'être défendus par des paroles; c'est par des fiiits qu'ils
> répondent à leurs calomniateurs , et qu'ils prouvent qu'ils
* savent défendre et défendront la liberté. » La Planche Tinicnompit , en disant : « Ce n'est pas Guadet qui sauvera la
Livre IV. ), chose |mbli(nu'. » Mais CluailcM, se rotournanl vers lui avec Chap. ^^^^ mépris ç;la('ial , lui dit : « Je saurai toujours faire mon I7ns devoir. Vous voudriez donc , |X)ur ronnaîtrc les NTais sen— — » tiuienls «les Bordelais, qu'ils vinssent toiL*? à la barre; eh GtADFT. j^j^^jj j jj^jj^j dangers de la ConvcMUion, et que eelte
» dernièi'e démarche soit nécessaire, ils y viendront tous; c'est » un Bonlelais (jui vous le dit, et qui en répond. »
Re|)ouss<'s <lans toutes leurs attaques , les Monlasoiards ne se lassaient cependant pas : leur haine était trop vivace ; elle se nourrissait de la terreur. Un autre assaut fut organisé contre les Girondins pour le 30 mai; Vergniaud riposta fort et ferme : sa brillante im[)rovisation fut vivement applaudie, mais s(m parti ne pouvait pas espérer le re|X)s ; on avait juré .sa perte. Soulevée jwr les chefs des Jacobins, toute la canaille des faubourgs vint tumultueusement à la barre demander à grands cris la proscription des Girondins. Guadet se leva , et puisant du courage dans sii conscience et dans son devoir, s'écria : « Les {)élitionnaires qui viennent de paraître à la barre » ont parlé d'un grand complot ; ils ne se sont trompés que » d'un mot. Au lieu d'annoncer qu'ils avaient découvert le » complot, ils auraient dù dire qu'ils avaient voulu l'exwuler. » Je m'étonne que les sections de Paris nomment des commi?^ » siires |M)Ur a\iser aux moyens <le siiuver la république: » elles ne croient donc pas axoir des représentants à la Om- )> vention nationale. Si elles le croient, de quel droit nom- » menl-i'lles des commissaires pour jjrendre des mesures de » sûreté générale? » On lui <Tia qu'il voulait penlre Paris. « 1/ami de Paris, dit-il avec force, c'est moi; l'ennemi, c'est » vous. » On ne lui n''pli(iua pas; on le craignait, mais les choses n'en marchèrent pas moins vite : la lutte touchait à sa fin. Vergniaud parla , mais avec une timidité et une modération politique qui trahissaient ses appréhensions. Le même jour, l'accu.sation fut fornuilée, et l'arrestation de Vergniaud en fut lu cnnsé*quence.
GoADKf.
Goadet, s*échappaiit de Paris avec quelques amis, se réfugia iv. dans le Calvados ; ils voulaient soulever la France contre les
tyrans de la Convi'nlion; vl a[)ivs avoir loniîlonips erres de ^7^,3 province en province, ils arriveiciit rnliii mii les bonis de la — liironde, au Bec-d'And)ès , oii ils trouvèrent un accueil hospitalier chez le l>eau-|>èr<» de (îuatlet. Forcés bientôt après dabandonner cet asiie, ils se dirigèrent vers Saint-Êmilion , et après mille périls, vinrent descendre chez le père do Guadet, qui , âgé de 72 ans , ouvrit sa porte à sou fils et à ses malbeoreux compagnons. Salles, Buzot, Barbaroux et Louvet. Guadet avait été reconnu aux environs de Libourne ; eélait assez ]m)ui laire soupçonner h |»n'sence des |)rt>s( i its dans le piiNs. Tallien et ses associes résolurent de faire des recherches iniinition>ies : les proscrits st^ s(*p<irèrent et s'enfiMkoèrent daos les ^lerics souterraines de la ville ; mais ne $y croyant pas en sûreté, ils en sortirent et allèrent se cacher aUlevrs. Tallien arriva en octobre, accompagné de trente cavaliers, et fit explorer le pays en tous sens; il plaça le vieux Coadet sous la surveillance de deux gardiens, et mit en vente le? propriétés de son fils, h? repn''S(Mitant.
Pendant lon^li iups , lo pro^rils éclia plièrent aux \mir- <uilesde la police: M""'Kobert Bouquey, belle-iàœur de Oua- «iet, avait fait pratiquer, dans la cave de sa maison, im ^ souterrain qui correspondait avec un puits de 10 mètres de profondeur; c'est dans ce lieu ténébreux et ignoré que cette femme, à l'âme généreuse et compatissante, avait caché I^n, Lom'et, Buzot, Salles et Barbaroux. Ce secret n'était wonn que d'elle et de quelques personnes de sa famille. Elle It'ur ap|n»rt;nt des aliments , des fruits, des léjîumes: et nuitenap |>;ir >on iidiiiirable dévoùment, elle |>arlageait le peu <le |uin quelle se procurait pour en fournir une partie a ses malheureux proscrits: elle n'osait pas en acheter en grande <pianlité, de crainte de se compromettre ; elle aimait mieux % priver elle-même et sa famille qne de faire soupçonner la
Livre IV. prL»soncc des étrangers par une plus grande consommatioD. Chap. -, ^^^^ seule |wnsée troublait son bonheur; c'était d'être arré- 1703 Ice avec sa famille, et de laisser sans moyens d'existence ces hommes auxquels elle pro<liguait les soins les plus affectueux. « L'échafaud , leur disait-elle , ne m'inspire qu'une » seule crainte : que de viend riez-vous?»
Les recherches devinrent moins fréquentes et moins actives : l'cxcollente M"^" Bouquey faisait asseoir à sa table ( la nuit), les proscrits, et leur procura des livres et du papier. Elle fut entin dénoncée , et prévenue qu'on allait faire chez elle de nouvelles visites domiciliaires. Peu soucieuse de sa jiropre sûreté, elle conduit ses malheureux hôtes chez le curé de sa paroisse, en attendant qu'elle pùt trouver un asile plus sùr, et s'adressii pour cela à son voisin , Baptiste Troquarl, peiTuquier, honnête homme , dont les sentiments lui étaient connus. « Baptiste, dit- elle un jour, quelques amis de mon » frère sont venus le voir; ne pouriez-vous pas les recevoir » chez vous quelques jours? » Troquart comprit sa pensée, et le soir même , il les accueillit comme des frères. « Je les » soignai de mon mieux, dit-il, dans une notice sur les der- » niers moments des Girondins : le jour, la nuit , j'étais en » course pour leur procurer les subsistances nécessaires. » C'est chez lui que Buzot , Louvet et Barbaroux écrivirent leurs mémoir(»s.
Dans ce temps, M. Boucpiey rencontra un jour un soi-disant ami avec (jui il avait eu (juelques relations conuiierciales pour la vente du vin. Dans un entretien amical, où quelques libations rendaient moins dillicile la franchise et les hommes moins prévoyants, Bouquey s'ouvrit à lui et lui fit part de ses sollicitudes au sujet des Girondins dans le pays. Ce misérable, étranger à Saint-Kniilion, et payé probablement par la police, conununiqua cette (îonlidence au représentant Tallien. Un ami en prévint M""" Boucpiey; c'est alors qu'elle fit .sortir les proscrits de chez elle. Ils se dispersèrent : Valady se dirige vers
les Pyrénées; Pétion, Buzot et Barbaroux prennent la route Ll?wiv. des Lmdes, espt'Tanl se cacher dans ce désert, (iiiadet con- ^'^P*^* (luibit Siilh's cl LouvL'l dans un coin ignoré di's soulcrrains de i^g^ Sainl-Émilion , où ils [>assèrent la journée après avoir fait — {Mévenir un ami d'aller les chercher la nuit suivante pour les conduire chez une certaine dame très-riche des environs, et doDt Gnadet avait sauvé la fortune; mais l'ami n*y alla pas. Le cœur lui manqua, ou la sarveillaoce, peutr-étre, était trop rigpureuse. Ils se décidèrent, enfin, à partir tout seuls, par une nuit noire et froide de novembre. La neige semblait cou- Trir le sol pour faire déHX>uvrir leurs pas; mais la pluie tomba bientôt après en torrents sur leurs corps mal couverts et gelés; (I. enfin, après bien des souffrances, ils arriveront à quatre heures du matin en vue de la maison où ils comptaient trouver un accueil amical. Guadet laissa ses deux amis au pied d'un vieux chéoe, et alla frapper à la porte. Il déclina son nom; mais ringrale lui répondit par un refus 1 Guadet revint consterné k ses compagnons, et trouva Louvet mourant de faim et presque gelé de froid; ils s'encouragèrent mutuellement et se mirent encore en route pour Saint-Émilion. Arrivés chez Guadet père, ils y occupèrent une cachette pratiquée dans le grenier; mais Louvet, eoiiviiineu ([u'il se sauverait plus faci— le'Uieiit dans la l)rayiuite jxipul.iliou de Paris (ju'eu province, embrassa ses deux amis et se traîna seul sur la route de la caj)ilale.
l)e nouvelles perquisitions fureiit ordonnées en 1794, sous la direction de Julien, envoyé sur les lieux par le Comité de Salut public. On prévient les fameux républicains du pays : Laye, à Sainle-Foy; Oré, à Bordeaux; Lagarde, agent natioDal à Uboume, et qucl(]ues autres patriotes de ces contrées. On leur dit le lieu et l'heure de leur réunion ; mais ils en ignoraient lo liut. ('ette expé<lition de la police partit pour Ulwurne, oii elle reueontra bien d'autres bons réf)ubli( aiiis , qui sù mireuL eu route avec elle, accompagnés d'un Ibi t déta-
chementdti 40* batailloD, arrivé de la Vendée. Ils crurent
devoir instruire de leurs intentions et de leurs projets mi nommé Marcou : il oinmenaavec lui ses chiens; «>l ;i la faveur (l'une nuit obscure, ils arrivèrent à la pointe du jour à Sainl- Émiiion. 1^ ville lut cernée, toutes les carrières explorées, ainsi que les maisons suspectes. Les jeunes gens parcoururent les souterrains avec les chiens de Marcou ; mais ils ne découvrirent rien. On alla ensuite visiter la maison de Goadet père, sous la direction d'un nommé Favereau. Les perquisitions furent faites avec soin, mais sans résultat. On allait se retirer» quand un gendarme remarqua que le grenier ne paraissaH j)as aussi long que le reïwîe-chaussée. On remonta pour s'assurer du fait ; et après avoir donné quelques coups au mur, on acquit la certitude que ce n'était qu'une cloison on briques qui cachait les proscrits.
Se voyant perdu, Guadct veut se soustraire à rignoroioîe de réchafaud : son pistolet, chargé de balles, rate, et il se trouve à la merci de ses ennemis. On prétendait qu'il voulait se défendre; c'est peu probable : il aurait pu tuer un homme; mais c'eût été un acte sans portée, sans profit. Il y en avait bien d'autres, et il était trop réfléchi pour ne pas comprendre que toute n^istance eût été inutile. On les tire de leur ciichetto, ou arrèti^ tous les j^ens de la maison, et le lendemain tous les Jacobins du pays escortent triomphuiemcnt les malheureux Girondins josqu'à Bordeaux.
l;intcrrogatoire ne fui pns long. « Qui es-tu , lui dit Vin- )» fàmc Lacombc? — ie suis Guadet, répondit-il : bourreau, » faites votre office. Allez, ma téte à la main, demander votre » salaire aux tyrans de ma patrie; ils ne la regardèrent ja- » mais sans pâlir; et en la revoyant, ils pâliront encore. » ïsl allant au lieu du supplice, le 20 juin, on voyait de tous côtés une foule compacte et attendrie: on regrettait sou malheureux sort, on le plaiutuiil. l) un nutre eoté, il se trouvait quelques forcenés, quelques Jacobins slij)cndiés, quelques vile* niégè-
tTOS
Gl'ADET.
res, qui criaient à bas les Girondins ; mais Guadet, impaasiblc Livre iv. au milieu de ( (Mtc populace, lui crio • ^ 11 (\£j;a niez-moi bien; » voilà le dernier de vos représentaiiU». » Arrivé sur l'échafaud, il veut parler au peuple; mais un roulement de tambour koMSk les derniers accents vibrants de Téloquent Girondin. Alors, indigné de voir qu'on lut enlève la liberté de dire un adien à sa malheureuse patrie, il s'écrie de toute la puissance de ses poumons : « Peuple, voilà Féloquence des tyrans; ils > élouflSsnt les accents de r homme, |K)ur que le silence couvre » leurs forfaits. » A l'instant iiiènic, sa U>le bondît sur lechafanfl; c'était, en queUpie sorte, la dernière expression de S(jn iiMlignation comprimée. Guadol u'éuut plus 1 les Jacobins se >ontircni ù l'aise. Us avaient un obstacle de moins contre leur liberté de mal faire.
Valady avait pris la route des Pyrénées : il courait au devant de la mort. Louvet s'était mis en route pour Paris , déguisé en ouvrier. Pétion , Buzot et Barbaroux forent obligés de quitter lo toit hospitalier de Troquart ; il les accompagna liorsde la ville, et leur donna, en pleurant, son dernier pain a\(TUUtlrrMier adieu '^11, Ils marrlirrent loniitenips sans savoir oii . et arrivèrent enliii aux environs de (Àislillon. C'était le jour de la féte locale : il v avait une foule iiuiiieuse et un brait qui frappait l(*urs oreilles avec le son des tand)ours et des insirunients de musique. Ils se crurent cernés de toutes parts et livrés à leurs ennemis. Barbaroux, dégoûté de la vie.
(I) lUpti!>tc Troquarl expia, (Kir huit mois de eaptivitè, dans un cacliot humide rt infect» le crime dVoir sauU pendant cinq mois h vie des représentsat» proscrits. Beada ïla lilierté, après h révolutien de ttiermidor, mais hors d*élat dr travailler,
p>r suit.* des inlirmités qu'il avnit i niitrarti'os durant sa détention, il deniiinda quelques inr!('Tnnitôs a la Convention nationale. Tn dècrel, du 91 messidor an III, r^nmivelcparlt'£uuverneaientdictalori:il, le 0 prairial an Vil, lui alloua 1,500 liv. a titre 4'iideii&fté, et 600 k titre Uc rccoaipen!><^ nationale. U ne reçut qu'une bible partie <er«tie allocation, et ce brate citoren, vieux et indigent, attendit en vain rcxdeu- UMida décret du 9 prairial.
{ym de H. Anédée Thierry, Bémmi 4e tUUtofrede ta Guitiute, p. 385).
Chap. 3