Livre IV
Ch:i|). 4.
des Jacobins devinrent plus forts que les Girondins; et après une guerre acharnée, ils les firent monter sur l'échafaud. La 4705 voix de Vergniaud, de Guadet, de Gensonné et de Gran|s^ neuve, éteinte, il n*y avait plus de liberté; ce n'était (ilus c|u'uii mot dont l<»s anarcliislos se sorvaiciU pour couvrir lours forfaits, elaU'onnir sur la Franco rcfinhlirainc la \)\u< ext'»crablc (U^s tyrannies, celle des brigand:» isuns-culotlcs cl de la foule ignorante et ])assionnëc.
Les Girondins faisaient honneur à l'Asseniblée l^islative et à la Convention ; leur gloire se reflétait sur leur patrie. Gomme orateurs, ils n'avaient point d'égaux, et Vergniaud empêcha la France de regretter Tcloquence de Mirabeau; mais quelle que soit notre admiration pour les Girondins, nous ne cesserons jamais de condamner leurs ccçarenients poliiitpies et de déplorer leur vote rét^icide ! Ils se sont liHss('s entraîner parle torrent, dit on. Oui; mais pourijuoi .s' s<jnt-ils placi's sur son passage ? Ils nous jwraissent l)ien plus dignes d'éloges quand proscrits, persécutés et chassés de rAasembli'H; , qu'ils avai(Mit honorée de leur éloquence, ils attendent la mort avec le calme des hommes de bien qui croient avoir accompli un devoir, et qui font volontiers le sacrifice de leur vie a leur patrie ingrate. Ils sont morts fermes et impassibles pour la cause qu'ils avaient fait triompher ; ils marchèrent le front haut; et le tombereau qui conduisit ces héros de la liberté à lechafaud, était pour eux comme nii cliar de Irioniplie.
Depuis loniîtemps, ils prevuwm ni le sort qui les atlrodiul î Leurs premières iin|)rn'lences lurenl fatale^ à eux et .1 la France; ils voulaient la république, et, enliu, voyant les dt*sordrcs qui déshonoraient le berceau de la liberté, ilsdeman> dèrcnt la punition des égorgeurs de septembre etdes assassins stipendiés. On les fit passer ^nrmodérantittet et contre-révolutionnaires. Le jugement du roi exigeait une position nette: les Girondins ne pouvaient pas en avoir une. Ils avaient crié contre le roi, renversé le trûnc, détruit les institutions sccu-
laires de la pairie; ol après sVti e unis aux Jacoî)ins pour Liv«t IV. détruire, ils r«'ciil«T«'nf d'Iiorreur (lev;nU IV'cliafaud oîi ci iix-i'i voulaient faiio périt le roi ! Ils se tiouverenl acculés a leurs [)n)prc oiivraîi;e , ast;is dans \uuï iinpass<' sur les «léhris de — iwlilicc social : voter contre la mort du roi, c'était donner •''^sGiuoxdiss. une base aux accusations de Marat et des Jacobins; voter pour, c'était agir contre leur conscience, déuienlir leurs projets politiques, el contribuer à la mort du prince , mort dont ils auraient voulu épargner à la France le scandale cl le dc&honnenr. Ils crurent pouvoir adopter un mczzo- termine ^ ^'OQ interpréta comme une ruse politique ; ils votèrent la mort du prince; mais en demandant l'appel au vrai souverain, le peuple, comme moyen pres(iue certain de sauver la vie du monaniuedéoouronné. Les Jacobins les représentèrent comme royalistes, ennemis secrets de la république naissante, qu'ils avaient, les premiers, créée et mise au monde, avec l'arri^ poasée de rétonlfer dans son berceau. Cette charge fut ro- |iradttite, le 3 janvier 4793, et appuyée sur une circonstance vraie et compromettante ; c'était d'avoir, par l'entremise do Bose, fait tenir à Thi^ry, valet de chambre de Louis XVI, aoe lettre à ce prince, sur les moyens à prendre pour sauver la monarchie. Guadet dém<mlra la perfidie de celte accusalioa; et Vei^iaud, trop loyal pour nier ses actes, réclama xrac courage Thonneor d'avoir signé cette lettre toute constitoiionneUe, et en demanda la lecture, afin de prouver â la Convention la lâcheté de ses calomniateurs. Les cîrconstancos étaient changées depuis te moment oii cette lettre avait été éoriie: les Girondins, consultés par la cour, comme il résulte de cette missive, voulaient faire rentrer les trois ministres disgraciés dans un nouveau cabinet , qui pût et voulût favoriser leurs projets. Le peuple , séduit et égaré par les élep- BcUes accusations des Maratistes , se prononça , enfin , contre les Girondins, qui, voyant déjà pâlir leur étoile, écrivirent à leats aiuis de Bordeaux j>our leur révéler leur malheureuse
LSSGlKOSM.I».
Livro IV. position ei leur sort probable dans un temps plus ou moins chap. 4^ éloigné. C'est alors que les administrateurs du département ^703 commencèrent à s'occuper activement dn sort de leurs représonlanls, cl onvoycronl à la (^ouvciitidn 1 adresse suivante, contn» !os excès ci les Siinguinaircs préltuitions «les Jacoi)in> : « La soin ciaiiicU' nationale, <lisaienl-ils, est attaqnt'e pur M ceux-là méiiius qui s'en disent les défenseurs. Qui ne gé* » mirait pas de voir qu'on vous fatigue par des itélitions qui » insultent la nation? Qui no gémirait pas de voir que Paris » est inondé d'écrits qui invitent au massacre, au pillage, et » qui prêchent Tanarchie? Quel peut être le but de ces ma— » nœuvres? Ne serait^-ce pas pour donner à Louis un succes- » seur, qu'on appc^llerait dictateur, protecteur, etc., etc. ? Ne » souffrez plus celte lutte entre vous et des hommes qui veu- » lenléi?arer le jicnple et renverser la république. Quiconque » ose préelicr l'in.>urreetion est un traftre; les Français n'en » veulent plus. L'insurrection du 10 aoiH leur a assuré la }) liberté; une nouvelle la leur ferait perdre. Occupez-vous, » Législateurs, de nous donner des lois qui préservent la » France de toute tyrannie. »
C'était dire assez formellement l'horreur que les Bordelais avait conçue pour les sans-culottes parisiens, qui voulaient s'emparer du pouvoir pour tyranniser la France. La mort des Girondins devait leur laisser le champ libre : la terreur, sous R()li('sj)ierre, déiiiontra leurs alKiiumables conceptious.
Les (iirondins, une t()i> sons les verrnux, ne doutèrent pas un instant du sort qui les attendait : leurs ennemis étaient leui-s accusateurs et leurs juges. Sans espérance aucune, ils n'avaient d'antre soutien que leur conscience, contre la triste perspective de la mort; mais leur stoïcisme ne se démentit ■ jamais. Tous les jours, ils se réunissaient pour dîner ensemble: l'hilarité la plus douce régnait dans ce repas commun, et chassait la tristesse de tous les fronts et les chagrins de tous les cœurs. Gais et insouciants, ils folâtraient sur le seuil de
rélornit/'; mais soiivenl ils jelaieiit un rcganl îunonreux sur Livre iv. leur piilrie, qu'ils croyaient avoir bion ser\ ie, et rogrcllaient (le ne s'iHre pas mieux entendus pour en conjurer les périls. ^^çg^ Yalazé avait des idées que ne partageait pas Yergniaud, et — des débats fftcbeux envenimaient parfois ces joyenses réu- lesGiroxjmks. nioiiB, oii Torateur bordelais accablait ses adversaires de la supériorité de son génie et de la force de sa dialectique. Un jour, après une discussion longue et animée « Boilean s*écria en élevant son verre : « N'importe, citoyens, je Iwis à la ré-
> publique, une, indivisible et iiiip(''rissni»l('. — Être de rai- » son, puérile chimère, réjK>udit nonchalamment Verorniaud» * du fond d'une profonde r(H erie. Je dis comme Barbaroux ,
> qae si j'avais à recommencer ma vie, je la consancrais tout i entière aux nobles études qui élèvent la pensée de l'hommo I de bien au-dessus de la terre, et je ne m'aviserais jamais » de vouloir conduire à la liberté an peuple sans mœurs. » Cette foule furieuse n*est pas plus digne d'un gouvernement I philosophique que les lazzarom de Naples et les anthro-
> pophages du Nouveau-Monde. »
Privi' (le sa libertti, Vergniauil s<^iiil)lait .s\ inniycr de la vie: line |i;n[ondo mélancolie avait iMigounli toutes ses nobles fiiniltés. Llondu sur son lit , ou cherchant dans Ovide ou Tiiiulle de voluptueuses distractions, il se montrait parfois triste, rêveur; mais malgré son insouciante gravité, son visage était toujours serein, et il souriait comme martyr de la liberté, indifférent à son sort. Quelquefois il s'écbappait de sa poiliine quelques élans d'éloquence qui charmaient les assis- Unis: cette éloquence, c'était sou âme, qu'il répandait au dehors en accents mâles, mais mélancoliques, qui électrisaient Ips cœurs. En présence de la njort, elle empruntait aux cir- (mstanccs un taraelère grave et solennel, qui dévoilait la tristesse de son ùme et louchait les auditeui^. Il avait con- *rve un peu de foi , et il aimait à s'entretenir avec l'abbé l'aochet, qui maudissait ses erreurs et dont il goûtait les espo-
2*Part. ». 3(1
Les GiRoxiM.^a.
Livre IV. rances que la rolii^ioii offre nu reponlir; mab» à s<3n inlclli- Chap. 4. gppp^ il j;j3 iiu\lait trop fi nriiiuMl, pour s'ininiilirr dcvaDl le t?0$ catholicisme. Il considérait la leligion chrcliuiinc comme la seule, la vraie philosophie de l'hunianitiN revêtue de mystï'n>s et de mythes, comme |>our la rendre, dit Lamartine, accesàble aux faibles lumières de l'homme. Uamitié, comme tontes les grandes passions, exerçait un grand empire sur son cœur; il avait toujours snr lui du poison pour se soustraire à la dernière cruauli^ de ses bourreaux ; mais ne voulant pas se séparer dn ses amis, il le jeta dans la cour et résolut de mourir a\ cc eux.
On le pi'i'ssail de |)r(''pai(M' sa délrnse devant le sanglant aréopai:;^; it rciiisail toujyius: c'eût ctc iKîiiie perdue. (IViiiit trop pour ses habitudes molles et apathiques. « Eh! mes » amis, laissez-moi jouir du seul hion qui me reste , celle » douce, cette molle paresse que j'affectionne... cet abandon » délicieux du corps et de Tdme, qui, sur mon honneor, est » le plus beau côté de la philosophie. Pourquoi vouIcb-voi» » que j'obstrue d'inquiétudes et de soins le peu d'instants y» dont je suis encore maître , |x)ar écrire la défense, cerlai- » nement inutile, du peu de lendemain qu'aujourd liui doit » avoir? — Ce^t compronK'iiic wn prt's<'nt que je tiens, que » je s.noure, |)our un avenir cliiiiitM icpir... — Ola s'ap[)elle, » dit un détenu, profess<»r l'égoïâme Uc la philosophie. — Kl » vosconcitoy<Mis que votre éloquence peut sauver?.. — ^.4bBs! » dit Vergniaud ; je connais trop les hommes pour espérer » qu'il soit possible de les persuader contre le vœu de leurs » passions. Le foyer du crime s'alimente des vérités coura- » gcnses qu'il consume, comme hi flamme sur laquelle l'aoool » est tombé. — Ah 1 citoyen , si vous ne plaidez pas la cause » des Girondins, par conviction du succès, plaide/.-la par » devoir. — Je le vlmix bien, répliqua Vergniaial, en sii>i>- » Sitiil son cahier vingt fois abandonné, vingt fois repris ; mai- » avant ({ue je me remette au travail, écoutez le cuolcou » d'une lettre que j ai reçue hier; la voici r
» Les funestes provisions tic Barnavo ne ral)usaienl pas. Il Livre, iv.
vient <!<' {«-rir victime du dëvoiïrneut inutile (ju'il voua, en
1791 , au roi et surtout à la reine. Vous savez (jue , coni- |^
promis par !<»s pièces trouvées dans rarnujirc tle fer, il —
avait été déc rété d'accusation U' Ui aofit 1792, et s'était
vTi mnfrnint d(^ fuir. .\ri-6té à (irenobic, (>l i enfermé dans
ies prisons de ro\U' ville, il y fut oublié (piinzc mois. Mais
•ians leurs iniiiuiios, les hommes du jour n'oublient rien
fléfiniliveniont. Transféré dernièrement à Paris, il comparut
avant- liicM- an tribunal révolutionnaire, (ki bravo jeune
homme, (jui tint après Mirabeau, et avant vous, mon cher
Versniaud, le sceptre de l'éloquence, se prc.senta devant
SOS juges avec une fermeté admirable. La défense produisit
une vive sensation sur l'auditoire, habitué à coDdaDmer les
accusés aussi vite que leurs juges. Néanmoins, mon ami,
rarrél de mort fut prononcé.... Bamave l'entendit en sou-
mnt. En quittant la salle, il promena sur le tribunal un
ref;ard où se peignait une indignation mêlée d'ironie. Arrivé
me récfaafaud, sa grande Ame s'exalta au moment de (]uittcr
soo enveloppe mortelle. Le jeune condamné frappa do pied,
leva les yeux au ciel, et s'écria : Voilà donc le prix de tout
ceqoe j'ai fait pour la patrie Trois roinotes après, il
•avait vécu I!
> CoUègnes, dit Vergniaud, en jetant cette lettre sur son
* lit, le sort de Bamave sera le mien et le vôtre; mais vous
* Toolez que je dbpute notre vie au bourreau; je vous obéis.» Il reprit la plume pour quelques moments; mais il la quitta
nnr ^abandonner a sa paresse voluptueuse et aux suaves lirtTactîons qui lui voilaient la vue de l'échafaud et Timage le h mort I On le stimula par k pensée que son discours léaimerait ses juges. « Espérances et peines perdues, dit-il;
* noire perte est assurée. On nous fermera la bouche ; vous
* pmez regarder cela comme certain. »
Qoelqnefins réveillé, pour ainsi dire, et tiré de son état
Livri' IV. somnolent ou de sa mélancolie lacilurne par les discussions ciijp.i. Brissol et de Gcnsonne sur la liberté^ il s'échappait de son im génie ^ réflexions philosophiques comme celle-ci : « Je ne — » crois plus à cette déesse qui Tient an milieu des hommes LBsGittoMxm. ^ niains pleines de bienfoits; mais à cette furie qui les » enivre et les dévore. L'appclez-vous la Liberté ! Quand les j> nations reconnnrent la divinité du soleil, il n'était pas ooo- » vert du \oile siinglant des orages. »
Ducos, âgé de vingt-hnit ans, ctFonfrède, n'en avait que vingt-sept, jouaiont i)our ainsi dire avec la moi i ; ils (UTivaicnt des vers, affectaient leur gaité ordinaire, ranintaicnl le courage des autres détenus; mais retirés à l'écart, ils se serraient dans leurs bras et ne se laissaient aller à la tristesse et aux larmes que lorsqu'ils pensaient à leurs femmes et à leurs enfants. La physionomie nubile, les yeux perçants et noirs de Dooos, ne révélaient que trop les douleurs de son âme. Fonfrède était phis concentré, plus sérieux, pins penâf el plus pi ofondéruent mélancolique : leur jeunesse, leur tendre amitié, leurs grâces et même leur indifférence , au moins apparenle |MUir leur sort, attendrijvsaient leurs adversaires, inéuie parmi les Jaeobins. On avait ménagé à Fonfrèdc des moyens d'évasion; il refusa, et dit : « Non, non, le sort de mon beau- » frère sera le mien; nous mourrons ensemble. 11 semblait, Hutoin * Thiers, abandonner avec facilité, et sa grande fortune, (le la » et sa jeune femme, et sa vie. » Arrivé à la Conciergerie, il liv! Vy'ih! ^™ Ducos dans ses bras, et, d'une voix entrecoupée de sanglots, lui dit : « Mon ami, c'est moi qui te donne la mort I » Console-toi, nous allons mourir ensemble. » Ducos s'efforça de ranimer le courage de son beau-frère, et lui dit : « Je ne » vois plus (|u'ua moyen d<* nous sîiuver, c'(*sl de déclarer » l'unité de nos deux vies et l'indivisibilité de nos deux télés. Fonfrède sourit mélancoliquement , et poussant un profoiMl soupir, pendant que dos larmes inypiontaires sillonnaient ses joues, il s'écria : « Ah ! ma femme ! mes pauvres enfants 1 1 »
GensoDDé, flg^ de trente-doq ans, conserva toi^rs son i^ivre iv. caractère froid, ses habitudes stoïciennes et le calme le plus
[«niait. Homme rakk', rétléclii, !iî front haut, la lùiQ rcn- 1795 versée en arrière avec une ap|jarentc fierté, il portait sur«îs — lèvres l'Acreté â\\ san asiiie, et semblait se venijer des Jaeo- '^Graôsiwa bins par le mépris et une insultante indiÛ'érencc ; il avait ses ( lievcux toufl^, hérissés et poudrés. Un sourire sardoniquc, (lit Lamartine, effleurait ses lèvres: son costume, soigné et éMgant, contrastait avec les sales haillons des Jacobins , et dans les derniers temps, il afléctait de porter des étofles proscrites et de rechercher l'impopularité par mépris pour ces adalatears hypocrites du peuple.
Réunis pour la tlernière lois autour du domier banquet, pendant le silence de la nuit, les Girondins comptaient, aux battement* uionoLones de l'horloi,'e, le nombre des heures, des minutes qui les séparaient de l'éternité, et calculaient sans émotion la fuite du temps et l'extinction graduelle de la vie ; les uns gus, les autres tristes et silencieux; d'antres, enfin , s'efforçantde s'étourdir sur leur sort par des conversations entrecoupées de soupirs; quelques-uns se levaient, se promenaient b léte penchée sur la poitrine, et tous s'attendaient, avec plus ott moins de préoccupation d'esprit, à se voir le lendemain lancés dans l'éternité! « Que ferons-nous demain, à cette H heure, dit Ducos? — Nous dormirons, ré{)ondit un aulre ^ (ii'ienu. » Brissol parla en [d opliète des malheurs de la ré- [Hibhque; mais Vcrgniaud, secouant, enlin, pour un moment, sasomnolenoe babiUieile, et réunissant, de sa voix vibrante, loassesco-détenus, leur dit : « Mes amis, en grefl'ant l'arbre,
> noQS l'avons tué; il était trop vieux. Robespierre le coupe;
> senHF-il plus heureux que nous? Non; le sol de la Franco » est trop léger pour nourrir les racines de la liberté civique.
> Ce peuple est trop enfant , pour manier ses lois sans se » blesser. . . Nous nous sommes trompés de temps et de lieu : » nous uous sommes crus à Home , et nous étions à Paris. »
Livre IV. BieDtdl Ui Gonversatîoii deviol brayanle et expansive : les pachap. 4. s'échaDgeaieat avec rapidité. Des souvenirs se présen-
isn taient, des réflexions diverses et des regrets amers s'édiap- — paient de ces âmes de feu, comme expiation de l'irréparable
Mais le lenips s'écoule vite, Iroj) vite, jmuji veux i[ui vonl l'Cti^t'r (le vivre! La dernière lieure .s'approchait : la conversation était devenue st*rieus(; et roulait sur rimmorlalité de l'âme. Fonfrède, GensDuné et Ihicos, confessèrent touthaat leur emyance à notre immortelle destinée. Vergniand eoafirma ces convictions consolantes, et parla avec enthoosiasme de la vie à venir. Il semblait nn prophète au milieu des roin» de Ninive ou de la ville sainte, et soulevait, avec des aoœnts graves et solennels, le voile qui leur dérobait leur condition future. Il (léijn)iitru l existeuce d'un premier être incréé, source de vie, créateur de tout cp qui existe. Il prouva la uéteisjité de la Providence el do sm justice éternelle, et mît en évidence SCS convictions sur la certitude de la continuation de l'ôtrc, aprèscet être mortel ({ui sera, non détruit, mats changé. Otto pensée consolante, il l'emprunta à TÉÏglise catholique, doat U croyance sur ce sujet se résume dans ces belles paroles de la liturgie gallicane : Ut dum naturam contristai certa foonenéi conditio fidem consoleiur futurœ immortalUatis promùsio, Tm enim fidelibm domine, vita mutatur, non tollUur et dimhtâ terrestris Iwjus habitalionis domo^ œlerna in cœlis habUtUio compara fur Ml.
Mais un iKuissean de clés résoiuie dans les corridor? : la porte s'ouvre, et le geôlier leur dit : « Citoyens, vous éte> » mandés au tribunal révolutionnaire. » Vergniaud jette au loin sa plume, et dit : « Voilà donc ma tâche finie. » Or ie*
{\) Afin qiip, pondant qiio \n ccrtitiidc *1< l;i mort rontrislc )a nature humainr, la proincsso d'uno fuliirt' inimortalitc i-oiisole iioUc loi; car. Seigneur, la vie n'est piJ ùtéc ii vos fidèles, elle n'e&l que changée. Quand nuire résidence terre&tre est da>souie, une demeure étemelle neit» est proenrée dans te eiel.
(Kcuie diKoinr formé une conspiration contre tunité et l'inéivisAilité de la république, contre la l^erté et la sûreté peuple fronçait. Les accusés se groupèrent, le 30 octobre, rakNir de cet aréopage sanguinaire, et écontèrent, avec des
émotions pénibles et diverses, la mensongère accusation dresséo. concortéc et arrangée |)our leur pcrli'. Vciijniaud ronjluvnvv >im piauloyr; mais le pr(''si(l«Mit lui relire la parole, et dit : « Le jury est su/fisammenl informé! » La sentence est prononcée à huit henres du soir ; ils s'écrient tous : « Nous » sommes innocents; peuple, on te trompe; » et ils s'abandonnent à mille rêves, à de sombres préoccupations, et quelquefois à de bruyantes conversations; mais au milieu du bruit, on les ramène dans leur cachot. Un cri de douleur s'entend an seîn du groupe des condamnés; on se retourne, et l'on voit qn'on seul homme , trop lâche en présence de la mort, s'oc- (îe sa destinée et diriceait un [loli^nanl vers la i i'i;i<jn
niMir avLH' uiic alVi-i'u^i' im |);,i»il)iltt('\ sans qu'on put re— luatqmT la plus légère alU'iation de se;s traits. Il chancelle: Gensonné (1) ne se doutant pas du suicide, veut le retenir » 8or la banquette , et lui crie : n Que fais-tu donc, Valaz('>? » As-tu peur? — Je meurs ! répond le lâche moribond 1 » Veiptaiid se lève, et se tournant vers son collègue, le docleur Lehardy, lui dit : « Docteur, sacrifiez un coq à Escolape; t voilà déjà un de vos malades guéri. — Nos juges, s'écrie t Gcnsomié, seront jugés là haut. — Sur le rapport de » Valazé, qui a pris le devant dans 1 iulérCt de l'inslruction , » ajoute Ducos en soni iant. »
Mais Veriiiiiaud, iortement iniprcssionnc, seneux, et élevaotses aocentâau niveau despro[)hètes inspirés, à un lyrisme de diction inexprimable, s'écrie : « Nous parlions de l'immor^ » talité de l'âme: sa meilleure démonstration, n'est-ce pas » Dons, nous Id ? nous, calmes, sereins, impassibles, à côté du
(1) l^ataitlne dit que e*étatt Brbsot; c*est tm« erreur.
Les Gitto.\oi5$.
Livrtiiv. ), cadavre (\c notre ami Valazé, on face de nos propres caciMp.4. ^ davres, discutant, coiuuie une paisible assemblée cie philo- 1709 » sophes, sur l'éclair de la nuit qui suivra immédiatement
» notre dentier soupir Qu'esir-ce donc que rhmnaiiité?
» Estr-oe cet amas de poussière animée, qui est un homme
» aujourd'hui et sera de la houe et du sang demain ?
» Notre témoin, dans ce grand procès avec la mort, c'est notre » conscience. Notre juge, c'est ce grand être dont les siècles » t luM clu'ul le uoni, et dont nous servons les desseins, oommo » (les outils qu'il brise dans rouvrage, mais dont les dehris » toiiibeiiL à ses pieds. La mort n est que le plus puissant acic » (U; la vie, car elle enfante une vie supérieure et étemelle. » S'il n'en était pas ainsi, ajouta-t-^il avec plus de recudllfr' 1» ment, il y aurait donc quelque chose de plus grand que % Dieu. Ce serait l'homme juste, tel que nous, s'iinmolant » sans récompense et sans avenir à sa patrie ! Cette supposi- » lion est une ineptie ou un blasphème; je la re|>oas8e avec » mépris et horreur.... Non , Vergniaud rfesJ pas plus grand » que Dieu; mais Dieu est plus juste que Yer^uiaud , et ne )) rélèvera deiuaiu sur un écliafaud que pour le jusliUer et le » venger dans l'avrnir. «
Ou eût dit Socrate discourant tranquillement sur l immortalitéde l'Ame, |K>ndantque la vie lui échappe au milieu de ses amis étonnés et attendris 1 Mais l'heure fatale arrive : on les appelle. « Messieurs, dit Vergniaud en souriant, la » séance est levée. » Ils se lèvent, se donnent le bras, et suivent à pas lents, sous les sombres voàtes de la Conciei^gerie, les quatre guichelien; qui les précédaient, portant des torches dont la pAle lueur glissait lommi' un fantôme sur ces murailles humilies. Le jour du lendemain, sombre ut triste, s'annonça par un t'[»ais vX ténébreux brouillard, qui voilait le soleil; l'horloge du palais soime l'iunire du départ. Les vingt condamnés sont entassés dans le fatal tombereau, et le cortège funèbre, préside, dirigé par un cadavre, marche vers le lieu
rlu supplice. Malgré une plui(> (\m\ In t uile va et vient, comme tes flots d'uoe mer en furie : mille clameurs menaçantes retentissent à leurs oreilles; mille cris de vive la MùiUa^I vive le répuAlique! vive la Fronce! se confondent; et à toutes ces (lànonstralions hostiles ou compatissantes, les victimes répondent par l'hymne de Rouget de Tlsle :
Allons, enfants de la latrie, Le joar de gloire est arrivé, etc.
On les fait descendre du tombereau , qu'ils rc^anlaiciil CDinnie un char de triomphe. Ils s'embrassent tous sur le seuil <le l'élcrnite; et après avoir reganlé, sans crainte, la fatale bâche qui devait trancher le fil de leurs jours, ils semblaient, en se séparant, se dire : Adieu! au revmr! A onze heures et demie du 31 octobre 1793, ces hommes, qui avaient accusé, ji^et condamné le roi de Franco, avaient tous comparu devant le Roi des rois, le Juge juste et étemel !
On assure que le IM octobre, à cjuatrc heures du matin, l'ablM' Kainh(n t lour avait j)orlé les cousolations dv la religion. O't ahlté. qui ost iiior ( en 1847, à YHv^q de quatre-vingt-sept ans, prêta, dans le temps, le serment, et lit partie du conseil deGobel, évéque de Paris, et avait été auniAnier d'un batailk» de la garde nationale de la capitale. Brissot avait été son ami. Introduit, le 31 octobre, auprès des Girondins, il les trouva entassés dans deux cachots, dont l'un renfermait quatorze d'entre eux, et Fautre huit. La présence du ministre de Mea, dans ce lien et dans des rîrconstances si graves, fit naître dfspcnstKîs sérieuses sur l'avciur ; c'était le travail do la miï^éricnnlc divine. Sur les quatorze détenus, doii/c toiiiln i eut aux izciioux du pi iHrt' et confessjTcnt leurs péclH's; et ce fut Gensonné, de Bordeaux, qui en donna le signal cl rexenq)le : sans religion pendant leur vie agitée, la mort réveilla leur foi, et ils se comportèrent en chrétiens. Brissot refusa les offres dû prêtre; et l'autre, qui ne tomba pas aux pieds de