Livre IV
Cbap. i.
Les GiRosomt.
tivrelV. l'homme de Dieu, c'éLiit Lassourcc, ministre proteslaiil , mais Chap.4. ^^^.^ songeant aiix inlérôls (rime ànie imnioitelle, iil sentira 1793 Bi'issol SCS loris et blâma son opiniàtrelé à refuser les consolations (le la religion de ses pères.
« Crois-tUt lui dit-il, à l'immortalité de l'ânie cl à la pro- » videnoe de Dieu? — Oui, répondit BrisBot. — Eh bien, ren prit LASsonrce, il n*y a qu'un pas de là à la religion. Moi, » ministre d'un autre culte que le tien , je n'ai jamais tant » admiré les ministres de ta religion que dans ces cachots, oii » ils viennent apporter le pardon, l'espérance, et Dieu même » à des condanmés. A ta place, je me confesserais. » Brissol se retira sans répondre.
M. Poujoulat, (jiii dit avoir interroîïé l'abbé Land)ert >w ce sujet, a consigné ces détails dans une lettre au rédacteur de la Gazette du Midi, que la Gutenne, journal de Bordeaux, a reproduite dans son numéro du jeudi 4 5 avril Appuyé sur le témoignage de l'abbé Lambert, qui avait abjuré ses erreurs et avait été employé par ses supérieurs dans l'exercice du saint ministère, il déclare que les vingt^ux prtsonsonniers n'ont pas pu se réunir : que ni l'un ni l'antre de$ deux cachots n'offrait assez d'csjiacc pour contenir vin.i:t-(lcux individus; que les gardiens, (Vaillnirs, n auiaient pas consenti à celle nMimt»n, et (|ue \v repas commun des viugt-deux detenus u'csi ({\xune pure invention.
Nous croyons que Poujoulat se trompe : loin d'être udificUm, le banqnet commun est une réalité incontestable. U eut lieu dans le cachot des quatorze; Thiers l'affirme. Touchard-Lafosse, dans son Histoire de Bùrdeauœ, le reconnaît; et aucun écrivain, que nous sachions, du moins, n'en a contesté la vérité. Poujoulat lui-même se réfute; car, dans ta mOme lettre dont nous venons de jKïrler, il s'exprime ainsi: « La seule chose m aie, c'est que dans le cachol des quart torze, au relmir de la séani'e où l'arrêt de mort avait <'lt' » prououcé, on pnt ensemble, comme de coutume, ie refdi
» du mr; c'est qu'on ne se coucha point, et que les coudam- Livre iv. 1 nés, restés aalour de la hible, passt»rent une pnrllc* do la t nuit ea propos légers. Voilà la vérité, telle que je l'ai en- itoq 9 tendue de la bouche d'im seul homme qui ait pu la con- -
, Mitre. » LcâCiWMOIM.
n paraîtrait, d'après les Gironditu, tome IV, jiages 27 et 30, que Lamartine avait consulté Tabbé Lambert à ce sujet ; il parle du repas commun (]ui tut picsidt' par Vcif^uiaud. Le matin, l'cntrclieu un i(tur plus sérieux et plus solennel : uiilli' jU'opos divers s'ccliai)p('rcnl des poitrinuiN des coudam— nés. Kntin, Vergniaud, coniuie pour couper court aux reiîrets et pour soulever un coin du voile (]ui leur déruhait l'avenir, s'écria : « Mes amis, en greffant l'arbre, nous l'avons tue; il » était trop vieux. Robespierre le coupe, sora-tr-il plus heu-
> teax que nous? Non. Ce sol est trop l^er pour nourrir les » racines de la liberté civique. Ce peuple est trop enfant pour
> manier ses lois sans se blesser ; il reviendra à ses rois comme
» les enfants à leurs hochets Nous nous sommes trompt's
» (le Il'iu()s en naissant et eu mourant p(»ur la liberté du
» monde Nous nous sommes crus à Ron»o, et nous étions
>» a Paris î Mais les révolutions sont comme ces crisc»s qui » blanchissent en une nuit la liHe d uo homoie; elles nn^risi sent vite le |>euple. l.e san.ij; de nos veines est assez eliaud » pour féconder le sol de la république. N'emportons pas avec » Doos l'avenir, et laissons rcsporance au peuple en échange * de la mort qu1l nous donne. »
Ccst dans ces moments solennels que Vergniaud s'exprima, comme nous l'avons vu plus haut, avec tant de force et d'éloquence, sur rinunortalité de l'âme, l'existence d un firemier tHreinlini, et sur sa providence ('(ernelle. (Vest aloi > ([u'après avoir cité, dit I.amartine, de Socrate a (^icéron, et de (licéron a tnus les justes immolés, la croyance universelle des peuples et (les sages, preuve au-dessus de toutes les preuves, puisqu'elle est dans la nature un instinct de seconde vie aussi
Livre IV. irréfutable que l'instinct de la vie présente , il électrisa ses . hip. i. collègues, et déclara qu'il mourrait plus heureux que Danton, 1793 allait vivre, et que Robespierre, qui allait triompher!
— Après lui, chacun prit la parole et exprima ses crainles,
LtsGiaosnws. ^^^^ espéranccs, ses doutes et ses convictions. Vergniaud con-j cilia tout à la fln, par ces paroles solennelles t « Croyons cd » que nous voudrons ; mais mourrons certains de notre vie et » du prix de notre mort ! Donnons chacun en sacrifice ce que M nous avons : l'un, son doute; l'autre, sa foi; tous, notre » sang pour la liberté ! Quand l'homme s est donne lui-même » en victime à Dieu, que doit-il de plus?... | » Allons nous coucher, dit Ducos: la vie est chose si légère » qu'i^lle ne vaut pas l'heure de sommeil que nous perdons à » la regretter ! »
CHAPHUE V.
L» reprtanuiits T«aleit raitrer ii BonUiin. — Le livr» NUfe. — T^IDcr h Li>
baume. — Brune et Jan«t rondtiiM ril Tariuéc révolutionnaire. — Manque de HUb- MsUnees a Bordeaux. — Ln i nrnrnune de Paris y envoie deux commissaires. — Leur rapport. — Portrait de Tullicn. — Ses antécédents. — Opinion de Cambon wrsoB eonpce. — L*«iilrte 4« TkUten et etnttrt» M Verdeaui.— Dé]iUntK» de b municipalité provisoire. — Conduite des représentants. — Leurs exactions. — LcUre de M. Dadon Ite.— Airêté des reprèsentanU, en dix-neof aitklee» e(e.
Après avoir esquissé à la hâte les traits généraux des pria- Livre iv, âpaiix chefs de la pléiade girondine, nous oontîniierons la — unation lelle que nous l'avons laissée au chapitre VD du line ni. Nous commençons, dès aujourd'hui, le Iwre rouge, les «ma/et de Mong de Bordeaux.
Les commissaires de la Convention se décidèrent, enfin , à « rpiidre à Bordeaux, après deux mois de s<^jour à La Réole ; mais avant d'exécuter ce projet, ils exigèrent que les chefs de la Commission populaire cl les principaux siLsperts fussent mis en élat d'arrestation. Les Jacobins de Bordeaux exécutèrent à la lettre ces ordres, cL les prisons furent encombrées. Le 6 octobre, Tallien se rendit à Libourne, pour y réchauffer les principes des républicains et faire jeter en prison les personnages les plus n^spectahlcs i]o la ville. Enfin, assuré que tout lUiii préparé pour le recevoir à Bordeaux, et convaincu que Montagnards y étaient tout-puissants, et (pi'il n'y avait rien .1 craindre, il se fait précéder des troupes, sous les ordres des généraux Brune et Janet, l'un l'ami, l'autre le neveu de Danton. Leur marche nv fut marcpiée d'aucun inculiMit extraor- (linaire; mais, dv tous cotés, on ^ ()yait accourir tous les méfonionls. tous les démocrates, tous les mauvais sujets <lu pays,
piur grossir ces bandes féroces et iodiscipUnées. La terreur
Livro IV. el le désespoir les précédaient; la mort et le deail semblaient (.hap. .>. s*0itacher à leurs pas, et an monie silence les aocaeillait dans les paisibles campagnes; mais arrivant près de Bordeaux, Brune fut étonné de voir venir an devant de cette cohne de
biif^ands, avides de pillage et iustruinents de la mort, plus (le vingt mille cilou iis bordelais, sans armes, musique en UHp, et rltantant l liynine de la république : Allons, eufanù de la patrie, etc., etc.
Pnidiiftnmc. « Je ne vois, dit-il, dans la conduite des Bordelais, que » des intentions pures : ces sens-la ne sont point les ennemis
Histoire , , . , . , \i . .
de» £rrêur», > de la république. » Prévoyant quHl allait devenir l'instni- , ( t( .. rte, *^ mènr meurtrier des Maratistes, il donna sa démission. Toot ami qu'il était de Danton, il ne voulait pas, poor lui plaire, faire à Bordeaux l'office du bourreau !
Bordeaux manquait de subsistaïu-rs : lis députés dr hi Montairne interceptaient toujours I(\s an ivases par la Garonne et la I)or(io^'no, Il n'y avait qn(' peu d(» pain pour l('s nuxit"rés; il y en avait en abondance pour les démocrates de la section Franklin. Le Comité de surveillance, dont nous avons déjà parlé, fonctionnait au gré des proconsuls : on dénonçait j les ricbes , les recéleurs des prêtres et des nobles; on faisait ' arrêter les suspects, et on dressait officiellement des listes des futures victimes; c'était le r^eau de la mort étendu sar tout le pays ! De son côté, la commune de Paris, voulant s^assnrer du zèle des proconsuls pour la régénération de Bordeaux, envùui ilani4 cette ville detix commissaires, Dunouy et Viallard. pun?- lui adresser un rapport sur le progrès de l'esprit républicaui dans nos contrées. Quelque temps après leur arrivée dans nos murs, ces émissaires firent, en effet, un rapi)ort qui semblait appeler les mesures de rigueur qui ne tardèrent pas à frapper les Bordelais. « Le peuple de Bordeaux, diseol-iis, 1» est bon, mais il a besoin d'être fortement stimulé pour se » porter à des actions de vigueur qui sont ici plus néceseaires » qu'en aucim autre lieu de la république; mais comme rsri»-
t focratîe se trouve atUToe par le premier coup de massue i;'*" 'J- » que le peuple lai a porté, il ne fatit pas lui laisser le temps
I de se rc>lever Les Bordelais ressemblenl, en ce mo~ tm
» méat, à des enfants qui commencent à se tenir debout, et
I qui ont besoin de quelqu'un pour les soutenir
■ L'on attend avec la plus grande impatience les repré- » sentants du peuple Baudot et Ysabeau; il est tempe qu'ils > arrivent. Noua OMnpIons les vdr demain ou aprè^emain 1 dans nos mors. Ils pourront, par quelques actes de vigueur, I assurer pour jamais la liberté dans cette ville, v
Ce ne fut point seulement Baudot qu'on adjoignit à Ysaknia pour châtier les Bordelais; mais aussi l'impitoyable , rioeiorable Tallien, ce même féroce Tallien, qui s'était opposé i ce que Louis XYI pftt se choisir un ou iriusienrs défenseurs; qui aurait môme voulu que cet infortuné prince n'eût pas la pioiasioo de voir sa fémille on de lui dire un dernier adieu mat de mourir; ce Tallien, qui soutint à la Convention les anassinsde septembre; qui s'opposa au décret d'accusation coBtra Marat; qui provoqua, en grande partie, les affreux oasncresdeLyon; ce même Tallien, (pii, de La Réole, écrivit aox Jacobins de Fans, le 27 septembre 1793 : « le vous • adresse. Citoyens, deux exemplaires des divers arrêtés pris i nibtîvemenl à Bordeaux. Lisez surtout la correspondance » que nous avons tenue avec cette ville , et vous y verrez 1 qu'elle est loin d'être rentrée dau.s l'ordre. Méfiez-vous des » intrifçues de la faction girondine; car elle emploiera tous » iiioyeiis iM)ur vous tromper. N'ajoutez foi qu'à ce que I nous vous écrivons. Ysabeau et moi .sommes chargés de » lemution du décret contre cette ville rebelle. Soyez sûrs » que uuus ï>eron.s ici ce fine otius étions à la Montiigue, l^m- » jours inébranlablemeiit atuu liés aux principes, ne conspi- » rant jamais avec iM istjuiie, et \ oulant faire triompher par- " tout la cause du peuple , en anéantissant i uriislocralie et le * Cédéralisiuc. »
LiviT IV. C'est ce môme Tallion qui, on date du 0 octobre de la nu'mc chjp. 5. année, écrivit encore ces lignes : « Ce n'est |)as saiL< élonncjïUS ment que nous voyons la manière dont on prend à Paris la » prétendue révolution bordelaise. Quoi ! Parisiens scroni » toujours les dujjes des frifwns ou des agitateurs ! Je vais » vous dire la vérité, car la Omvention, les Jacubias, lacom- » numc de Paris, sont lromj)és sur cet objet.
» Vous croyez à Paris que la ville de liordeaux estsouiuLs; » aux lois; que Bordeaux ne renferme pas de contre-ré>f)lu- » tionnaires, et que le giroudinisme y est entièrement élouft-! » Kli bien , vous vous trouipez : aucune des lois révolution- » naires n'est exécutiki à Bordeaux ; les Muscadins qui compo- » sent l(»s com|xignies d(î grenadiers et la cavalerie nationale. » s(î promènent insolemment dans cette ville ; ils viennent de » |)Ousser l'impudeur justpi'à enrôler parmi eux le traîln' M Biroteau, l'ex-député Ducliâtel, etc., etc. Plusieurs conlre- » révolutionnaires viennent d'être arrêtés par nos soins; l'on » compte; à j)eine douze patriotes énergiques sur cinquantc-
» six membres qui conqwsenl la nouvelle munici|)alilé
» On célèbre , il est vrai , des fêtes en l'honneur de Marat; » mais ce sont de pures grimaces. La faim et la peur ont » seules rallié jwur un instant les vingt-huit sections de Bor- » deaux; mais il n'y en a |)as plus de quatre qui soient dan> » les bons principes. Cette prétendue révolution , à laquelle » vous avez applaudi, n'est qu'un mouvement feuiUmtin, » dirigé par tous les aristocrates afin d'éviter celui (juc nous » mnlitons avec les Sims-culottes, pour tuer le modéranliîime » et le fé<léralisme ; car il ne faut ()as vous laissiT ignorer que » c'est à Bordeaux (jue tous les complots contre-révolution- » naires ont été tramés ; que c'est Lavau-Gayon qui a lim* » Toulon. Ce scélérat était encore, il y a quelques jours. » prt'sident de la Sociélé des Rccollels: les meneurs de Bor- » deaux avaient une correspondance avec Lyon, Marseille, » (^aen , Toulouse , La Vendée. Et nous jK>urri()ns croire