Livre V. Âprès avoir va nos tyrans a l'œuvre, la longue liste des
" victimes et des prévenus, les hoiiibles scènes de pîllaa:e, de tyraonie et de carnage, qu'on ne rougissait pas de voiler sous un masque de légalité, nous allons reprendre notre narration Voir /«(/ermVr au point où noiis allions parler de la fête de la Raison. fî^wrftwij'*' N'ayant pas de Dieu, la république voulait bien une déesse ; c'était la raison en délire, le paroxisme fiévreux d*uae société malade, qui cherchait à s étourdir dans ses folies et à se glorifier dans ses extravagances. On avait célébré, à Paris, la féte de la Raison, mascarade ridicule de sans-culottes sans raison, acte de démence, aux yeux des peuples civilisés, et un déii sacrilège jeté imprudemment à Dieu 1 Tous les détails de la cérémonie parisienne furent envoyés ofiiciellement aux départements. Les frères et amis de Bordeaux ne pouvaient rester en arrière dans la carrière de la folie, et, le 7 frimaire an II (27 novembre 4793), le procureur-général de la Commune fit afificher la proclamation suivante, pour la célébration d'une fête semblable, afin de singer en tous points, même dans leurs bouffonneries impies, les démagogues de la capitale.
Le Conseil-général de la Commune fut donc convoqué pour le 27 novembre, à rcffet de délibérer sur la célébration de la future féte. iuslet, substitut du procureur de la Commune, lui adressa cette allocution :
« Les habitants de. la commune de Bordeaux applaudissent » au triomphe de. la raison sur les préjugés. Ils manifestent » ouvertemonl leur mépris pour tout ce qui tient aux super- » stitions religieuses, dont ils ont été si longtemps les vic- » times. Nous croyons. Citoyens, qu'ils sont prêts à manifester > publiquement leare opinioiis à cet égard.
> Cet heureux momenl, amené par les soins pénibles des » représentants que vous avez dans votre cité, est pré- » cicux ; il convient de le saisir avec empressement, comme » la plus belle occasion d'accélérer le bonhenr que le règne » des lois prépare à l'espèce humaine. Vous y oonoourrez ef- » ficaoement. Citoyens, en assignant à la Raison un temple » digne d'elle, en inangmiint ce temple an jonr de décade, » et en rendant cette fSCe ans» solennelle qne les ctroon- » stances peuvent le pennettre.
» IXaprès la connaissance acquise sorties locaox où l'éta- » blissement de ce temple peut être placé, nous pensons qu'il
> le sera avantageusement dans la ci-devant ^lise Saint-Do- « minime ; nous pensons ans» que vous devez annoncer cette » fête par une proclamation. En conséquence, nous requérons » que la ci-devant église Saint-Dominîqne soit consacrée au » temple de la Raison; que l'inauguration de ce temple soit
> foite le jour de la seconde décade de frimaire (40 décem-
> bre 4793 } ; qne les représentants du peuple , le général » Brune, Tannée révolutionimire, les corps constitués et le » club National, soient invités à y assister ; que l'ordre de la » marche soit réglé , afin d'éviter la confusion dans une aussi » respectable cérémonie, et, enfin, que tout soit annoncé [>ar » une proclama Uoii, »
Le Conseil-général adopta les conclusions du réquisitoire, cl rédigea, séance tenante, la proclamation suivante :
« CrroTBNS,
» De toutes parts le cri de la raison se fiiit entendre, et
Livre V. » tous Ics lioiiimes dispos^^s à la recevoir et à n avoir plus ^)><>p- ^ ^ qu'elle pour gukle, lui élèvent des monameuts sur touâ les 1793 * points de la république.
» Jusqii ici des en t ai s funestes à votre bonheur vous oui )> empêchés de reconnaîlre son influence; et soumis a des su- » perstitions révoltantes, vous fermiez l'oreille aux doux ac- » cents de sa voix.
» Citoyens, la force de la vertu rend parfait le triuuipiie » de la raison; aussi l'hypocrisie et le fanatisme , ces enfaals » de l'orgueil et de la féodalité , ont courbé devant elle leur » tête alLicre, qui maintenant roule dans la pous^siere.
» Citoyens, il en est de la raison et de la liberté comme de » rinnocence et de la vertu, dont on ne sait le prix qu'autant » qu'on en jouit soi-même, et dont le goût se perd sitôt qu on » la perdue.
» C'est à la loi, Citoyens, que vous devez votre retour a la
» raison et la jouissance des bienfaits inestimables de la liberté » et de La justice ; c'est cet organe s<iluUure de la voIouIa} de » tous qui a rétabli parmi vous l'égalité naturelle qu'on était » parvenu à vous ravir; et comme il n'y a que la force de » l'Ëtat qui fasse la liberté de ses membres, vos magistrats » ont cm qu'il était de leur devoir de vous mettre à portée m d'en connaître les principes, en consacrant parmi vous un » tcmph; de la liaison, à cette puissance de Tâme qui vous » distingue de tout ce qui respire dans l'univers,
» Citoyens, c'est dans le temple de la Raison que votre » cœur sera nourri et élevé aux plus sublimes vertus; c'est » là oii, en vous instruisant des préceptes de la saine morale, » vous apprendrez que l'exercice des vertus sociales porte au » fond du cœur l'amour de l buinanilé, et que, si les sticrifices » à la vertu coûtent souvent à faire , il est toujours doux de » les avoir faits ; c'est là, enfin, oîi vous apprendrez à sop- » porter avec plaisir le doux fairleau d'une vie utile à vos » semblables, et que si le plus méchant des hommes [mvnii
» ôtrc un autre que iui-môme, il voudrait être un homme de » hwn.
» L inauguration do ce temple, déierimiu' à la ci-devant » église Saint- Dominique, piépare une grande fête; il est » diiçne de vous de lui donner la eéléf)rité (jii'elUî exige. C'est » le luoracnt de manifester, par le silence et la saiçesse qui » vous caractérisent, votre mépris pour les superstilions, avec » lesquelles la cour de Rome vous tenait enchaînés y son char.
» Yo9, magistrats ne sauraient douter que votre esprit ne » soit prêt à la manifestation de ce grand acte ; en conséquence,
> Citoyens, ils vous annoncent que la fête de la Raison, et
> l'inauguration de son temple, auront lieu le jour do la sc- » coude décade de frimaire ; ils vous invitent à y assister, » avec le respect et la vénératioa dus à la plus auguste des » cérémomes.
1 Borieftiix, le 7 flriniKt II d«li répoliUqae, une tt indivitiMB aove»- • bit 179B).
» Signé : Butbami», maire; » MooTÀaD, searétaire~gnfier. »
Cette emphatique proclamatioiL» si peu digue, si peu frauçaise, sous te rapport de la pureté de la langue et du goût, oii Fabsurde se joint au ridicule , oh la Raison parlant de la raison ne brille que par son absence , fut affichée partout en ville, et lue par tous les san^-culottes avec Timpatience d'une inquiète curiosité. De leur côté, les représentants, enchantés de la direction des esprits et de la tournure que prenaient les aflûres, écrivirent , le 10 frimaire (30 novembre), au minis^ tre, un Rapport, dont nous extrayons les passages Buivanto : <t La Commission militaire marche toujours révolutionnai- ■ rement : les tètes des conspirateurs tombent toujours sur » récbafand ; les suspects sont renfermés jusqu'à la paix; > les modérés, les insouciants, les égoïstes, sont punis par la * bourse. Avantr-bier, tous les sigets du Grand-Théâtre, an
Livre V. » nombre de quatre-vingt-six, ont été mis en état d'aiTCsla- Chap.S. ^ ^1^^^ C'était un foyer d'ai isLui iutlc ; nous l'avuus tl(Hrnil. 178S » ï-^i veille, la salle de; ce spectacle avait été investie au uu>- » nient où plus de (l(;ux mille personnes y («taient, et tous les » f^'ens suspects qui s'y trouvaient léanis en grand nombre oat » été incarcérés.
» Cette nuit, plus de deux cents gros négociants ont été » arrêtés, les scellés mis sur leurs papiers, et la Gommiasioii » militaire ne va pas tarder à en faire justice.
» La guillotine et de fortes amendes vont opérer le scrutin » ^poratoire du commerce et exterminer les agioteurs et le» » accapareurs. La raison fait ici de grands progrès; toutes les » ^lises sont fermées ; l'argenterie arrive en abondance à la » Monnaie, et le décadi prochain nous célébrerons le triomphe » de la philosophie.
» L'emprunt forcé va son train (2) ; la seule journée d'hier » a TU verser dans la caisse du receveur du district 950,000 » livres. Bordeaux versera plus de cent millions dans les oof- » fres de la république. »
On attendait avec impatience la magnifique féte de la Bai" son, commandée, dirigée et exécutée par des éneiigumènes. On réunit tous les misérables sans-cubttes de la ville, tous les goujats, tous les êtres disgraciés de la nature, pour jouer des rôles dans cette ignoble farce. Au jour convenu, ils se réunn rent tous; et aifoblés des iusignesde la royauté, des ornements sacerdotaux qu*on avait enlevés aux ^lises, de cordons, de déooratioiis, de tous les emblèmes des puissances qui n'existaient plus, ils prirent leurs rangs respectifs dans cette mas^ carade burlesque. On y voyait un Pape, des évéques, des prêtres, des rois, des membres du Fariement, de grands set-
<]) Las act«in* ItaraU ih|iiMUs , la diraetrica mise en priaoB jnaqa'k la pais, f i
caissier rondaiiiné à une nmrnrlr. (Voir Gog, Maf/ênr, l^airôteU§f tfff., daask
Supplément an lom« i", i» liaiiic).
(î) L'cuprunt Torcc d'un miUiard avait été vole te i8 août précèdent.
irnrnrs, des iK'iïorianls, rpiclcuics ropn'sciitanls de toutes les hautes positions sociales de l'ancien régime, et en tôte de cette cohue, le buste du divin Maral, porté sur les épaules de quelques d^cnillës , tous coiffés de leurs sales bonnets rouges ! Pour représenter le Pape, on avait choisi un nain, appelé Ricbefort , être iofonne , maussade et dégoûtant , qui , pendant les premières années de ce siècle, a souvent provo(|ué les riséesdes enfants de Bordeaux. Rev(^lu de ses habits pcmttficanx et coiflë d'une tiare rouge, on le hissa sur un grand clieval, d*oii ce misérable Lilliputien distriboait ses facétieuses héaé^ dictions à la foule ébahie. Derrière lui, venait un Israélite d'une énorme stature; quelquefois le nain se foisait desoéndre pour varier le tableau ; alors le ^nd Israélite passait et repassait ses longues jambes sur la tète du risible pontife de ce peuple athée. Venait ensuite le char qui portait la déesse Raison; il était él^amment orné et pavoisé de couleurs républicaines. An centre, sur un siège élevé, on voyait mollement inclinée, et presque à l'étatde pure nature, la comédienne DndiauiiiODt; elle figurait la déesse et foulait un crucifix et d'antres emblèmes religieux et monarchiques. Aux angles et aux roues de son char, on avait suspendu des missels, des livres d'églises et des objets de piété. Puis venaimit les représentants du peuple, les autorités constituées, Tannée révolu-tionnairc et le dub National, qu'on pouvait appeler le Comité directeur des agitations locales , avec des ligures composées poar en imposer au public; le cortège se mit en marche avec «es burlesques accoutrements, et escorté d'une foule compacte et peu respectueuse, dont les cris et les gestes cyniques contrastaient avec la izt avilf'^ aiïet uk; des principaux baladins. iXins cette ignoble parodie des céK'iiionies religieuses, on (Tovailvoir des hommes; hélas! c'étaient des monstres à face liuiuame, des drinons déguisés on histrions, le triomphe momentané de l'enfer sur l'église. lo\ation de l'impiété! Après avoir suivi l'itinéraire promis, au bruit des chansons
Livre V, qui blessaient la pudeur et outrageaient le ciel , le cortège ^' s'arrêta snr la place de la Comédie. Pendant qae les autorités civiles et militaires défilaient vers le temple de la Raison (Notre-Dame), la déesse déclara, du haut de sou Olympe roulant, que, de tous les acteurs de cette mascarade burlesque, aucun ne serait reçu dans son temple sans qu'il abdiquât ses dignités, renonçAt à sa profession et se dépouillât de tous les emblèmes de la superstition et de la féodalité. Après un moment d'hésitation de la part des personnages en so^, ni arlequin leur adressa une mercuriale boutlbune sur l'absurdité et rioutilite de leurs anciennes professions, sur la ncce»sîté de se régénérer, pour suivre à l'avenir le culte de la Raison. Le grotesque nain descendit gravement de sa monture; et ayant éprouvé un besoin naturel, se mit, sans géne, sans façon, sons le char de la déesse, à la vue des frères et amis... i Il n'y avait rien d'étonnant dans ce procédé; c'était un sans- ' culotte, enfant de la nature; il devait obéir à sa voix! La délibération ne fut pas longue : les néophytes de la Raison se j mirent, avec un em pressement joyeux, à se dépouiller de leurs ornements et de leurs costumes. On lança, dans un t nuriiie bûcher d^à en proie aux flammes, des couronnes, des mitres, des costumes parlmentaires, les défroques des moines et des religieuses, pendant que des cris redoublaient de tous côtes avec une rage mternale, et qu'une joie mdicible déridait les fronts des principaux histrions de cette farce républicaine. Cétait pour quelques Bordehiis uneapostasie solennelle, l'abjuration du passé ; mais ee moment passé , Bordeaux rougit du délire de quelques*uns de ses enfants 1
Fiers d'avoir abattu, disaient-ils, Téglise et ses ministres, d avoir triomphé des rois, des despotes, des seigneurs elde? aristocrates, la horde montagnarde, dépouillée desembtémes de Tancien régime, pénétra dans le temple. On y avait fxéparé, au lieu oii se trouve le maître-autel, un vaste aiJijilnthéâtre on forme de montagne, recouvert de gazon, sur les
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flancs duquel on voyait assis des ouvriers avec ies attributs Livre v. l'I les outils de leurs j)rof«!ssions , au milieu des bn<?tes du Jh tii Marnt, de Rrutus et de phisiciirs autres célébrités républicaines anciennes et modernes, fout autour, on voyait des drapeaux, des bannières de diverses formes, avec des inscriptions diflerentes et faisant tontes allusion à quelques événemenls do la lépablique. Panni les autres, on y remarquait rettc devîae , qui rappelait une époque d'horrible mémoire : Honneur aux salutaires journées des jLet^ septembre 1792. C'était la glorification oflif i- nc du massacre de trois évéqucs et de plus de ttois cents prêtres, qui n'eurent d'autres torts qae celui d'être fidèles à leurs serments et à la foi de leurs pères ! Comme counmnemeiit de cet échafaudage d'immova-liié et de désordre, on avait planté aa--dessas de ces drapeaux me bannière portant cette inscription : Montagne sainiê, tmmen iMmd de toisa liberté l Misérables histrions, bouffbiB hypocrites, vous trompiez le peuple : la liberté, le plus grand don, le plus bel apanage que Dieu ait donné à l'hoonne, Yoos Tarez déshonorée I Votre liberté, c'était Tanarchie dirigée par vous. Jusqu'à vous, la république avait des charmes; vos crimes l'ont rendue impossible à tout jamais en France, dont elle allait foire on vaste cimetière I La Montagne, disiex-vous, devait enfontor la Liberté! Elle accoucha, mais c'était d'un avorton. Un soldat heureux, un ami de la forinne, le prit pour sa monstre ; il l'étoufla dans son berceau I
An pied de celte montagne, à la place de l'autel du Dieu des chrétiens, on voyait un peuple sans Dieu, spectade étonnant, unique dans les annales de l'univers; on voyait, ce jourlà. le républicanisme des Montagnards tendant la main à une [irostituée. qu'ils prenaient pour leur divinité! Le buste de Maral, li-iHible, le dégoûtant, l'exécrable Marat, misa la place de l image du Sauvein-, et une comédienne presque nue recevant des héros de ces saturnales infâmes l'encens que la vertu réserve au Dieu créateur, sanctificateur et smvi'ur des
Livre V. hoiûmes. Dévorée de honte et de remords, touchée peutr^tre Gtuip. â. la grâce, en proie à ses remords ou frappée de la main i7»5 vengeresse du Dieu trois fois saint, la malheureuse comédienne tomba malade bientôt après; mais dérobée aux regards des honmies, elle n'éteignit pas par la mort le souvenir de sa conduite impie î
Quelle époque que celle où l'homme, oubliant tout, s'oubliant lui-même, ose disputer à Dieu ses temples, pour les consacrer à la Raison, comme si Dieu n elait pas la raison éternelle qui éclaire tout honiine venant en ce monde !
Dans un moment de délire , Paris, enivré du poison de la philosophie voltairienne , arracha à Dieu ses autels, et fit de Noire-Dame le temple de la Raison, représentée, par une comédienne. Le mal est contagieux de sa nature : toutes les villes, et Bordeaux Tune des premières , tons les bourgs, toutes les communes, entraînes par un vertige étourdissant, voulaient avoir des temples de la Raison, et, apostasiant la foi delà France et du monde , apportaient, dans plus de cinquante ! nnlle temples, leur encens sacrilège aux pieds de quelque ! hlle de facile vertu , à quelque coureuse de coulisses 1 0 ex- ' travaganoe humaine ! rien de semblable ne se trouve dans ; les annales de l'humanité !
L'église Samt-Domimque (Notre-Dame aujourd'hui) ne garda | pas longtemps son vocable républicain ! Bientôt après, Robespierre consentit, dans un moment de résipiscence, à octroyer à Dieu un hrevetd 'existence ! La Raison fut dépossaiec, et son temple consacré à ï Être-Suprême, un dieu étranger, qot n*avait aucun rapport avec le Dieu des chrétiens, un dieu de la lagon de Robespierre, qui pardonnait les meurtriers, sanc- j tionnait le pillage et souriait aux pitoyables extravagances de la Montagne et de la France républicaine. Cette fois, du moins pour quelques jours, l'Ètre-Supréme était le dieu des Montagnards , et Robespierre était son prophète 1 Aussi, quand on parlait un jour de Dieu devant un Montagnard , il répondit
avec vivacité : Tais-toi , il n'y a plus de bon Dieu , il n'y a Livre V. qu'un Être suprême. Depuis cette condesceudance do Robespierre à reconnaître en France un Être suprême, l'église de Saint-André lui fut consacré, et, plus tard, les autres églises furent appelées les temples décadaires , parce (ju'ou s y réunissait tous les décadis pour entendre lire les lois de la république, les nouvelles importantes, les arrêtés et les actes des autorités supérieures, et pour y prononcer des discours patriotiques.
Des actes publics de patriotisme , des manifestations officielles, des réunions, des clubs, voilà ce que désirait alors le peuple, à Bordeaux comme à Paris. On avait décrété que, dans chaque municipalité, on planterait un arbre ^e la liberté devant la Maison-Commune. On autorisa les sections de Bordeaux à avoir leurs arbres respectifs; mais que la priorité, dans cette circonstance, appartiendrait à la section Franklin, comme s étant toujours distinguée par son civisme. Au jour iixé pour cette première cérémonie, tous les hommes en place, tous les patriotes, se rendirent en grande tenue sur la place Daupbine , oli on exécutait les victimes condamnées à la mort par Lacombe. îallien, qui y présidait, prononça ces horribles paroles, qui iious donnent la mesure de son humanité : « Pour que Tarbre de la liberté jette de profondes ra- » cines , il faut que le pied en soit arrosé f)ar le sang des » fédéralistes et des aristocrates. » Cette épouvantable allocation fut traduite en faits par Lacombe et ses bourreaux !
On avait créé, comme nous l'avons fait observer, une armée révolutionnaire, pour porter la terreur dans les départements. Les divers corps qui la composaient inspiraient des craintes au gouvernement; ils étaient composés d'éléments hétérogènes, et, dans la Gironde, les chefs des corps militaires semblaient acquérir une influence trop grande, trop gênante, pour nos despotiques et jaloux proconsuls. Ils provoquèrent un décret de la Convention : il fut rendu le 20 frimaire an II (19 dé-