‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 92 sur 172 · Livre V. d'on élégant chapeau à panaches tricolores : en monvement · texte numérisé non relu

Livre V. d'on élégant chapeau à panaches tricolores : en monvement

^ elle aurait pu passer, dit un écrivain, pour l'une des Grâces ou 1793 quelque sylphide aérienne ; immobile, on l'aurait prise pour la statue de la Beauté.

Dona Thérésia Cabarrus savait manier la parole avec adresse : ses accents étaient de ceux qui émeuvent et électri< sent la foule. Sensible et vive, elle communiquait ses impressions aux autres; parler, pour elle, c'était épancher son âme tout entière pour gagner tous les cœurs. Elle était lière de ses succès, recherchée et aimée. Tallien ne fût pas insensible à ses charmes ; il conçut une vive passion pour elle, et cet incident romanesque dans sa vie proconsulaire ne contribua pas peu à adoucir la situation des Bordelais. 11 la vit, l'admira et Taima. Elle prit dans son cœur la place de la république; mais elle n'avait que du mépris pour ses bassesses et de l'horreur pour ses crimes. Elle voulait repousser ses offres; nuûs elle risquait sa tête et aurait eu à se reprocher de ne pas avoir profité d'une occasion de tun e du bien aux Bordelais. Elle ne recula plus devant ses avances; elle conquit Tallien, adoucit un monstre; et, nouvelle Qéopfttre, elle vit ramper à ses pieds un par\ enu tout-puissant, aussi hautain , aussi despote que César ou Antoine.

Sous l'empire de cette dame, Tallien supprima rétatHOUtjor de l'armée à Bordeaux, comme nous Favous vu plus haut; il suspendit les exécutions ordonnées par le trop obséquieux Lacombe, destitua les membres du Comité de surveillance, en expulsa (pielque»-uus, en fit emprisonner quelques aulr», et comprima la grande ardeur de ses anciens séides. Dona Thérésia fît rendre la liberté aux suspects, le pardon à beaucoup de prétendus coupables et l'espérance à tous; à sa voix» les prisons s'ouvrirent, Bordeaux respira, et riuauar transforma en jours de calme et de paix le temps orageux de la Terreur. Tallien ne lui refusait rien ; il la conduisait, avec lui* dans une calèche découverte, à travers les rues qu'il avail 60-

sanglantécs la veille ! Dans leurs courses ou jvr niiiCiiaties pu- Livre v. Miques, elle tenait d ordinaire une lance à la main, et de ^^^^^ l'aalre élreignaii le monstre faii homme t Des aodamations {795 spontanées et universelles raccueillaient parlout. On serait tenté de la prendie pour la déesse tutéiaire de Bordeaux ou la divinité de la guerre.

Tailien, adooci, n'était plus à la hauteur de Peyren-d*Herval : OD l'accusait de modérantisme, et peu s'en fallut qu'il ne fftt dénoncé à la Convention. Il était content et heureux; mais il se faisait des ennemis. On Faccusa de s'être relâché dans i)rincipes: on chargea Thérésia de mille crimes imaginaires; c'était le temps de la réaction. Mille propos circulaient dans la foule : des pamphlets injurieux sortaient des imprimeries clandestines, et Paris cuiiuiic Bordeaux était inondé de lettres anonymes contre l'indolent Ysabeau , contre Tallien , endormi an sein des plaisirs , et contre leurs agents inactîfe. Tallien connaissait bien liuconstancc de la faveur populaire: comprenant le danger de sa nouvelle position, il crut redevenir un objet d'intérôt pour son parti, en répandant le bruit que des afwassins avaient voulu attenter à sa vie. Celte nouvelle rencontra bien des incrédules; mais comme il était possible de l'exploiter, pour la cause du désordre, elle servit à ranimer Vesprit républicain et à redonner un nouveau degré de recrudescence à l'exaspération des Jacobins. La Commission militaire elle-même prit part à cette détestable comédie, et se hftta de publier, le 26 frimaire an II (46 décembre 1793), au snjet des lettres iiilVunes et calonuiieuses contre les rt'[)r(3sentants, et de l'assassinat de Tallien , un arrêté pour inviter les bons citoyens à dénoncer les auteurs, (auteurs et instigateurs des lettres anonymes et de l'assassinat de Tallien, les gens suspects ou qui avaient tenu des propos contre les repréœntanls, les autorités constituées ou la liberté ; c*élait agrandir la tâche de Lacombc et de la guillotine; c'était un appel aux dénonciateurs pour moissonner de nouvelles victimes.

ivre V. Quel désordre, qnelle anarchie dans les esprits et dans les faits! Le hautain, le cruel, l'impitoyable Tallien, s'appuyant

179S sur on mensonge pour rattraper parmi ses amis l'influence et la popularité que Tamour lui avait ravies! le misérable Lacombe, président et juge, souvent accusateur de ses n ic limcs et toujours leur bourreau, faisant le préfet de police, publiant des arrêtés administratifs et des lois sans sanction ! tous les frères ol amis s'acharnant contre un lanlùnie , au su jet d'un délit imaginaire ! Les coupables, comme on le présume bien, n*ont jamais été découverts.

Pour rassurer la Convention contre l'impression que ces lettres anonymes pourraient produire à Paris, Ysabeau écrivit, le SI niv^ (22 décembre 4793), à la Convention, qu*im grand nombre de conspirateurs se trouvait dans les prisons; que bientôt le peuple sera vengé par leur juste supplice; qu'en moins de six heures après leur arrestation, Grangeneuve et son frère ont été exécutés, et que, tous les jours, la Commission militaire condamnait à mort plusieurs scélérats.

Mats un incident nouveau se présente comme une ombre au milieu de ce beau tableau. Les théâtres furent dénoncés comme les foyeis d'une réaction royaliste, le lieu où se réunissaient les muscadins; c'est ainsi que les sans-culotte> a|j[><^' laient alors les jeunes gens de Bordeaux, à cause de l'élégance de leur mise , en opposition aux sales guenilles des amis de Marat. 11 est curieux, à cette occasion, de voir faire et parler ces représentants et leurs agents subalternes, qui tous s'abandonnaient aux vices et aux crimes ; qui tous vi- vaient dans le désordre et l'immoralité la plus dégoûtante , qui crachaient à chaque instant, selon la pittoresque expression de Babise, la révolution; il est curieux , dis-je, et instructif de voir ces tai iules sans-culoltcs prétendant leur pudeur effiarouchée à la représentation de quelques pièces mille fois moins scandaleuses que leur conduite, telles que La Vie est un Songe et la Tentation de saint Antoine.

Tous ces artistes furont incarcérés et cités à la barre du ti i- titre V. bunal de Lacombc, et jugéï- le \ 7 nivôse an II (6 janvier 1 79 i), '* Écoutons le frop célèbre Incombe, que ses piopres amis ont |^ fnit îniillolincr comme prévaricateur , concussionnaire, exac— leur, corrupteur des mœurs et de l'esprit public; écoutons ce singulier moraliste, (lui blâme ces acteurs ctavoir tous contribué plus ou moins à la représentation de quelques pièces propret à alarmer la pudeur des âmes vertueuses et à corrompre let meurs publiques par de^ tableaux de lubricité, turUtut ia comédie intitulée : La Tenlatioa de saint Antoine , pièce icmh* (taleuse, qui tend à faire passer le vice par tous les uns, en étalant des scènes entières de prostitution, etc. Il finit son by<* pocrite mercuriale en recommaDdant fortenient au directeur de ne prendre pour son thëAtre épuré d'autre devise que la liberté et bonnet moBurt! Dat «emam eennt, veœat eentura edumbast

Nous engageons le lecteur à lire les articles Jfoyettr^ Goy, DkUretedyf dans le Supplément (an 4*' Tolume, 2* partie).

Fendant tout ce temps, Bordeaux était plongé dans la plus * affreuse nusère : l'emprunt forcé sur les riches, le maximum pour les marchands et les producteurs, la nullité de Tindustiie, ranéantisseraent du conunerce, la paralysie de tous les bras, la prison pour les innocents, le pillage pour et par les agents du gouvernement, la famine pour les pauvres, les assignats pour tout aident, les dénonciations comme frein pour les mécontents , et la guillotine comme raison suprême des puissants du Jour; tout œk, assurément, était plus que suffisant pour laite connaître aux Bordelais toute l'étendue de leurs malheurs, sans y ajouter la dMion. Ctn était une, en effet, que la proposition fiûte par Tallien , dans la séance du Conseil municipal, du 19 nivÔse an H (8 Janvier 1794), de détruire la mendicité. Le moyen qu'il consdllait, c'était d'établir des ateliers de travail , où les pauvres seraient tous les Jours occupés; luaiscc n'est pas tout que d'indiquer le moyen,

um V. il faul savoir s'il est praticable. Qai paierait les paayres on- Chap. 3. vriers? à quel gonre de travail les occuperaitpon ? Questions difficiles à résoudre. Les riches qu'on dépouillait ne pouvaieni plus payer les ouvriers ; le faire, c^étaît s'exposer de nouveau auxdénoneiatioDsetaax accusations d'égoïsme, d'aocapareor, d*aristocratie, crimes qui entraînaient la peine capitale; et, d'ailleurs, dans une société misérable, qui achèterait les ouvrages? Loin de pouvoir soutenir et encourager les ouvriers, les négociants, presque tous les corn m errants, se hàlaient chaque jour de déposer leurs bilans. La prospérité de Bordeaux était anéantie, et jamais place de commerce ne s*est trouvée dans une si pénible position. Tout cela alarma les proconsuls et excita leur vive sollicitude. Talliea ne voulait pas de faillite : de concert avec Ysabeau, il prit deux arrêtés dans lesquels il menaçait de punir comme trattre et conspirateur, c est-à-dire, de la mort, tout négociant qui oserait se déclarer foiUi. 11 était donc absurdement, ridiculement ordonné de par la loi et Tallien, aux Bordelais, d'avoir la prospérité au sein de la misère, de la gaîté dans leur deuil, et des ris et des grâces en présence de la guillotine, des pleurs el des tombeaux !

Tallien ne se décourage pas : il envoie, le nivôse ao il (9 janvier 4794), les arrêtés à la Convention nationale, avec la lettre qui suit :

« Nous vous faisons passer. Citoyens collègues , deux ar- » rêtés, que nous avons pris pour déjouer une nouvelle trame » des conspirateurs de ce pays , qui voulaient , par des fail- » lites frauduleuses, opérer un mouvement dont ils se pro- » mettaient sans doute de grands succès. Nous croyons les ]» avoir déjonés; car depuis la publication de nos arrêtés, » tous les bilans déi)oses ont été retirés, et l'on n ealenil plus 1 parler de faillite. Nous vous prions de donner votre ap- » probation à ces arrêtés, afin que cette meifmre, qui, nous le

* croyons, assurera le conmierce à la république, n éprouve ^'^''^ v.

* aacim retard ni aucuae cootradieiion. ciup-s. » L'esprit public prend tous les jours, a Bordeaux, une \^

» noavelle force : la Commission militaire lait tomber les lèles

» des ooospirateurs; le Comité de surveillance fait arrêter les de

> bommes suspects; œiuî des subsistances procure du pain l'HôieMe-voie

•a en abondance; la Société jiopulaire fait trembler les Feuil-

I lants et les oiodéréâ; enlin, nous pouvons dire que Bordeaux

» ser^lénère tous les jours, et, qu*av6c du courage, on povm

» parvenir à rendre entièrement cette cité à la pureté des

* priucipi-'s r(''[)ublicains.

» Salut et fraternité. » Si^ : Taixibn. »

Mais cette pureté de principes u était que dans la bouciie de Tallien; le contraire se manifestait dans les faits. Nous avons déjà va ce que c'étaient que Vintégrité, la probité et la pureté des principe.s chez ce répubiicam; et qu'était-ce donc que le maire Bertrand, son appui, son ami? Un misérable votear, décoré par ses semblables d'une écharpe municipale ! Simple et pauvre horloger, il prùiiait la frui^alité et la simplicité républicaines ; porté sur le fauteuil de M. Sai^ par la boorrasque populaire, il changea d'allure: l'écharpe ne servit qu'à voiler ses forlails et à en imposer au peuple. Au dehors, rhorloger-maire se donnait des airs de grand seigneur ; au dedans, nouveau Lucullus, sa table était splendidement servie, et dans ses rapports avec les municipaux, il affectait une fierté déplacée, un ton de mépris et une arrogance impardonnable. Jamais homme n'avâit à bien démenti ses principes de la veille par sa conduite du lendemain. M. Saige . ancien maire, l'un des hommes les plus recommandabies de Bordeaux, venait d'être guillotiné. Bertrand s'empara de sa superbe voiture et de ses chevaux, et même de son cocher; il succédait à un honnête homme; mais comme tel, il ne le remplaçait pas. Il avait une loge au théâtre, dont il faisait

Livro V. supporter les frais à- la Commune; il vivait et agissait sans crainte, sans contrôle^ car qui oserait contrarier, ou mdme 1784 suspecter la pureté des principes de Tami de TalUen, du maire de Bordeaux?

Mais le plus grand mal n'était pas là. On avait déposé, dans les salles de Thètel delà Mairie, des masses consîdérabiesdor et d'argent provenant des églises, des couvents et des nuiisoDS opulentes de Bordeaux; le maire Bertrand s'en était attribué la garde, sans qu'aucune délégation lui en eût été donnée par l'autorité supérieure. Aassi avide que peu délicat sur les moyens de se satisfaire, il s'était assuré du concours intéressé d'un orfèvre, voleur comme lui-même, et faisait fondre la nuit les riches molau.v ([u'on lui iail ùdii^ la journée, cl dont il s'appropriait, sans se gêner, une partie considérable. • Ces vols lui furent reprochés en plein Conseil municipal; oo I lui demanda pourquoi il n'avait pas tenu registre de toute , l'argenterie déposée à la Mairie et de toute celle qu'on envoyait à la Monnaie ; il s'excusait en prétextant qu'il en ignorait et cette formalité et son utilité.

Une plainte fut déposée contre ce malheureux Bertrand : mais il ne fut arrêté que le 4 mars suivant, comme prévenu de péculat. Il resta en prison toute l'année; mais le décret d'amnistie pour les délits révolutionnaires lui rendit la liberté l'année suivante.

Dans l'instruction de cette afibire, il fût prouvé quTsabean jeune, frère du représentant, avait eu part à cette dilapidation ; que Charles, membre du club National, assisté du maire . Bertrand, avait brisé les scellés chez Saige , et en avait emporté une énorme quantité de vins, des tableaux, des bustes, des étoffes précieuses, de l'argcutcrie et des liqueurs; que ce même Ghaussade, qui avait osé reprocher à Bertrand ses nombreux vols, son manque de pureté de principes, cemAne Ghaussade, fils d'un chaudronnier de Limoges, qui avait commencé par ôtre décrotteur à Bordeaux, puis commis ambulant

dans les Douanes, puis sectionnaire et membre de la munici- i ivi< v. palité provisoire, etc.; dénonciateur fameux, ce miaérable Chanssade avait soustrait frauduleusement la plus grande j-g^ l^rtic de la vaissclio plate qui se trouvait dans i hùlel Saige. Toutes ces infâmies furent dénoncées à Ysabeau, qui, voyant soD frère et ses amis jusqu'au cou dans la boue, en abandonna la poursuite, sous prétexte qu uu un ail soustrait au dossier de l'affiaiire les pièces les plus importantes ! Voilà quelqves-uns des amis dont s'entourait Tallien, cet ennemi des laillites !

Ce ne fut pas seulement à la municipalité que se trouvaient les abus; partout on n'entendait parler que des malversations

et des détournements des deniers publics. Un tel état de doses exigeait un prompt et eflTicace remède : on croyait le trouver dans un changement complet du personnel de tous les services et dans une modification radicale du Conseil muuicipi. Cette mesure devait s exécuter à tous ics degrés de la hiérarchie administrative. On croyait qu'en changeant les bonnnes, on changerait la nature des choses; mais obligé de puiser à la uiènie source infecte, on n'y rencontrait que des éléments semblables. On destituait les agents de l'administratioa; mais en en prenant d'autres aussi corrompus et moins habili^, un ne faisait qu'augmenter le mal en le perpétuant, et io perpétuer en l'étendant. N'importe; il fallait un essai, et, en note i. conséquence, par un arrêté du 23 pluviôse {i 1 février 1794), Wï supprima I nncien Conseil de surveillance, pour en créer un nouveau, composa» de douze membres; on institua aussi une Commission de Trois, composée des citoyens Anthony, jttge-dc-paix à La Réolc; Coste jeune, membre du Comité (le surveillance; et Dutasta, agent national près la connnune fie Bordeaux, i^ette dernière Commission était chargée de se i^re dans les maisons d'arrêt pour interroger les détenus s informer des mot ils de leur arresUilion; seulemenl , estil dit dans l'arrêté, l'in(mlion des représenlanls éianl de pra^

Livre V. tégcT I tntwcent et de faire punir le cmpable, la Commimon cbap.3. ^ s'occupera ni des prêtres réfiraetaires, m des émigrés, m i794 des chefs du fédéralisme, ni des membres de la Commission populaire, ni des négociants arrêtés pour cause et par vmure de sûreté générale.

Que signifient ces exceptions? Batrce an moyen de Iran- • saction avec telle ou telle classe d'individus que les reiiréscutants se réservaient dans des vues intéressées t C'est probable. Estr^ pour désigner d'avance les cinq catégories des citoyens bordelais (\y\\m ne; devait ])as rpargner, cl que Tallien avail signalées à Lacombe ? Cette supposition nous parait s bannoniser. avec la conduite et les antécédents des proconsuls. Lftcombe n'avait qu'à frapper; les victimes étaient connues d'avance.

Pendant tout ce temps, les lettres anonymes et les calomnies ne cessaient de circuler à Bordeaux et à Paris, contre Tallien et Dona Thérésia Cabarrus, qui avait maîtrisé ce monstre au profit de Bordeaux et de rbumanité ; elle était toute-puissante aupi i^de lui, etYsabeau, adroit etcomplaisaut Qatteur, approuvait sans restriction tout ce qu'elle voulait ou que son jaloux amant ordonnait. Si l'on avait changé la municipalité , c'était parce qu'elle le jugeait utile; si Ton avait destitué les nu mbres du ComiU: de r^iirveillance, c'était parce qu'ils s'étaient montrés ultra-révolutionnaires ; enfin, si Tallien agissait, s'il n'agissait pas, c'était, aux yeux des Jacobins, la faute de Thérésia. La section Franklin s'en plaignait tout haut à Bordeaux et à Paris; et Tallien, reposant moUcment au sein des plaisirs, ne se doutait pas de l'orage s'élevait contre lui à la Convention. Un jour, il en eut le pressentiment : connaissant Tinconslauce du peuple et l'ins-labiliie des choses de la république, craignant, d'ailleurs, une séparation éternelle, elle lui demanda son portrait, et le f>]us famoux artiste fut cliamc de conserver sui la tuile, au moins pour Thérésia, et de transmettre à la postérité ses exécrabb

Irait?. Pondant les séances qu'il accordait au peintre, à coté Livre v. de Théréaia, ie monde attendait respectueusement à la porte ^' pour recevoir ses ordres. Mayeur, directeur des spectacles, ^-^^ venait là aussi lui soumettre les pièces a jouer et lui demander son heure : un jour, plus pressé que de coutume, il força la consigne, et, pénétrant hardiment dans le cabinet, il trouva ce souverain moUemeul mcime dans ies bras de Thérésia , en présence du peintre, qui, pour sauver sa propre téte , faisait mentir son pinceau et 8*eflbrçait d*cmbetlir les traits du tyran (le B^Hili'iiux !

xNe sachant que penser des accusations portées contre Talliea à Bordeaux, le Comité de Salut public chargea ?( yrend'Herval , un de ses limiers , ex-moine , hornriio féroce , de surveiller sa conduite. Tout Bordeaux , Tallien et Ysabeau comme les autres, trembla à son arrivée : il haranguait les iiil^es, les blâmait de leur lenteur, les menaçait eux-mêmes ^If" I» guillotine s'ils nallaient pas plus vite, il se lia avec Ucombe et avec Ysabeau jeune, homme plus sanguinaire encore que son frère le représentant , et ne fréquentait que lcî> ultra-republicains , les Jacobins pur sang. Sa préstmcc inspirait partout un dégoût insurmontable, au point que les jeones gens de Bordeaux, qui formaient le cortège à cheval des proconsuls, les abandonnaient toutes les fois qu'ils apercevaient ce misérable moine, défroqué et métamorphosé en aide-bourreau.

Liconibe seul était à la hauteur de Poyron-d'H(M*\al ; il prudhonime. avait bonne volonté et allait vite en besogne : quelques-uns nJJ^^

ses jugements étaient trop empremts de scélératesse pour det Erreur», w pas inspirer une horreur générale. On tuait, on voulait ^^'^ctc bien tuer , mais il fallait au moins des prétextes ; î.acombc n'ea avait pas besoin. (Test alors que Tallien et Ysabeau, « d'il près les conseils de Doua Thérésia, suspendirent la Corn- 4 Fé vrier, mission militaire et supprimèrent le Comité de surveillance, pi^é par Peyren-d*Herval. C'était un coup d État; les motifs

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