‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 94 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Pe^reo-d'HenraL — Si conduite à Bonteaax. — GondiiUe de Tallien k Piris. — Sa enrapondince avec Ysabeau.— Sén discoors.— Conduite d* Yaabeau.— La statue de dément V k la porte de Saint-André.— JnlUen arriTe.— Yaabean est rapiielé. —8a lettre de Royan k Laeombe.— Conduite féroee de JulUen.— L*exécntion des citoyens Deavignes et Vigneron. — Une nouvelle guillotine InTontèe par un Bor- Mais. — Les corps eonatitués renouvelés. — Gamler arrive k Bordeani, — Son sistème d'époratton.— Sa conAiite.— La liMe du 14 juillet.— Rapport du citoyen Ed. D«graoge. —Produit, en Jalllet i79i> de la vente des biens nationaux.— Conduite cruelle de Gamler envers les Bordelais. — Lacombe et MItié au club National. — Discours de Gamler en leur présence.

Tallien, à Paris, s'abandonnait à sa rage contre Robespierre, qui avait emprisonné Dona Tbérésia ; il cherchait une occaâon de se venger, et enti'etenait toujours une correspondance active avec Ysabeau, qui était maître de Bordeaux. U savait combien le public est inconstant et ingrat ; il craignait que les propos qu*on y tenait sur son compte ne s'accréditassent à Pïtris. Tout en parlant bien des Bordelais, il désirait qu'on y déplus at beaucoup de sévérité, pur qu'on le regrettât. Il eut raison d'être content, car Peyren-d'Herval dirigeait les frères et amis de Bordeaux : on se mit à crier contre Vinactîon du tribunal militaire; on disait que les aristocrates et les Girondm levaient la lête; ou se plaignait de ce qu'on n'avait fait périr encore que cent cinquante victimes, nombre insufiisant pour donner l'exemple à une cille (jaiiyrénée tfarislocralie. Peyren-d'Herval avait à ses ordres une nuée d'hommes do sang et de dénonciateurs stipendiés ; ils faisaient ensemble la liste des proscrits, et fixaient d'avance le jour de leur jugement et de leur mortl Ces infâmes dénonciateurs étaient en grande partie étrangers à Bordeaux : c'étaient Ghambert, La-

LivreV.

Piodliomnie.

Atilelr^

des Erreurt, de, etc., toiuu !>.

i.i vrt V . marque, Lalbh, Bonnel, Jogan, Bousquet, Maudrère, LalreiUe, ^ Beillaod, Bouquet, Sergent, Dupais, Joubert, etc., etc., etc.

1794 Ysaboau n(3 manquait pas du transmettre tous ces détails, cl ua tableau de ses propres faits et gestes à lailicn , qui ca profitait avec empressement pour accabler de sou mépris les gens qui Taccusaient d'avoir négligé les intérêts de la république à Bordeaux. 11 n'oublia pas l'impression produite sur rassemblée par la première lettre d'Ysabeàu ; c'était pour lot un triomphe.

Quelques jours plus tard, il monta encore à la tribune, avec une autre lettre d'Ysabeàu, où se trouvait une pompeuse description d*une belle revue passée au Ghamp-<le-Mars de Bordeaux, en présence de MuUer, général en chef de rarmée des Pyrénées, et où l'on exaltait avec emphase Tenthousiasme qui éclata le soir au temple de la Raison. Dans cette missive, Ysabcau déclarait que Bordeaux était animé du plus pur patriotisme et ne se plaignait pas, quoique sous les étreintes d*une famine cruelle; que naguère esclave du royalisme, du fédéralisme et de l'arisiocralie, il donnait alors les plus beaux exemples de patience et de vertus républicaines, a Les beaux )» esprits, dit-il, les orateurs, les plumes élégantes, qui » raient cette cité, ne sont plus; les sans-culottes, qui leur ont 1» succédé dans les clubs et dans les places, savent mieux agir » que parler...» Nous avons donné un extrait de cette lettre à la fin du dernier chapitre.

Ysabeau ét<\it moins cruel en faits qu'en paroles; à Paris, on mesurait le zèle et on appréciait la conduite des agents à la férocité de leur lanp:agc. Ysabeau le comprit , et cria de l(mt(\'^ les forces de ses poumons, tout en restreignant la liberté d'action des subalternes et laissant au bourreau quelques jours de repos. Mais pour ne pas paraître inactif et relâché, il lit porter à Bordeaux les cloches, les marmites en fer et en cuivre, étabbt des salpétreries dans les égbses, et mit un louable zèle à fondre des canons et à pourvoir Tannée d'ar-*

tilicric et de poudre. Il avait cessé d'ôtre sanguinaire; il ne Livre v. l'avait été que par l'cntraineiuenl de l'exemple et faiblesse de caractère. On commençait à Bordeaux , si non à l'aimer, du moins à le haïr moins; non |)as parce qu'il était bon, mais parce qu'il était devenu moins mauvais (1).

Dans ce temps, les Maratistes du Comité de Salut public , ne sachant que penser de la conduite des proconsuls, envoyèrent iKtur les surveiller le [petit JuUien, âgé de dix-huil ans, jeune tigre altéré de sang, fils du député de la Drôme, ami intime de Peyren-d'Herval, et l'un des plus forcenés terroristes. Jullien vint à Bordeaux, et après avoir beaucoup vu, beaucoup entendu, il s'en retourna à Paris rendre compte do tout ce qu'il avait vu. On le renvoya si Bordeaux avec des pouvoirs très-étendus. La conduite d'Ysabeau ne lui paraissait pas assez terroriste; il s'en plaignit, et lui fit comprendre qu'il avait à côté de lui , non un égal , ni un rival, mais un maître ! Kbioui par mîs énormes pouvoirs, il éclipsa Tallien, intimidait Ysabeau, se faisait escorter par les troupes; et arrivé à l'apogée de la toute-puissance , il signifia à Ysabeau l'ordre de quitter Bordeaux et de se rendre à la capitale, où la Convention le rap|>elail; mais un ordre du Comité de Salut public parvint le môme jour à Y'sabeau, pour réinstaller la (Commission militaire, qu'on croyait suspendue, mais qui n'était en réalité que contenue dans les limites d'une certaine modéra-

(l)On peut se faire une iilèc de rcsaltation démagogique des Jacobins de Ilnrdeaux, alors, pur la circonslancc suivante : Le iî ventAse an H mars I70(), le Conseil municipal fut convoque au sujet de l.i question des tabacs et des contributions. On discutait cette matière, quand tout k coup un Jacobin se leva, et dit : > qu'il existait

■ sur la porte princi|tale de la ci-devant église de Saint-André une sculpture rcpré- » sentant un ci-<lcvant Pape, et qu'il demandait que le conseil prit des mesures pour

■ rcnlévement de ce monument de la superstition. » On allait examiner cette question, quand un homme d'esprit, moins iconoclaste que notre Jacobin, s'écrie : « Dah ! » ce n'est là qu'un p:ipe en pierre; celui-lk ne lance pas les foudres du Vatican ; • laissons-le le portier du temple de l'Être suprême I » Le ridicule, mieux que le raisonnement, sauva ce monument de sculpture; il y esi encore.

tion. Ysabeau se voyant reconnu encore comme proconsul , écrivit de suite à Lacombc la lettre suivante :

« Ho>an, le 17 prairial ao II de la république, uoe et indivisilile (iâ mai 1794).

» Au citoyen Lacombc, 'président de la Commission militaire

» établie à Bordeaux,

» Je te fais passer, mon cher ami, l'arrêté du Comité de » Salut public, qui ordoone à la Cbmmissioti militaire de re-

» prendre sans délai ses fonctions. Tu rassembleras tes colK'- » gues et tu obéiras à cet ordre avec le zèle d'un républicain » qui ne connaît que la soumission aux lois de sa patrie.

» Je reçois par le môme courrier l'ordre de cosseï- mes » fonctions à Bordeaux ; je n'examinerai pas les inoltis qui » ont pu changer ainsi d'un instant à Vautre les dispositions » du Comité de Salut public ; je me rendrai au poste qui m'est » assigné, après avoir pris quelques jours pour arranger mes » papiers à Bordeaux.

» Salut et fraternité.

» Alexandre Ysabeau. »

Ysabeau quitta le pays, et voilà JuUien, jeune homme de dix-neuf ans, démagogue enragé, espion de ses ^ux, le tyran de tous, le voilà maftre de Bordeaux avec des pouvoirs

illimités ! La Commission militaire recommence soii a battis de têtes humaines; les arrestations se renouvellent, et Lacombe se remet à Tœuvre. La guillotine fonctionne tous les jours; et pour fanatiser le peuple, déjà trop exalte , JuHien faisiiit représenter deux fois par décide des pièces démagogiques et brûlantes de patriotisme. Uaffiche portait que l'entrée du théâtre était gratuite, de par et pour le peuple. Ne trouvant pas les autorités assez actives ni assez intelligentes pour favoriser son zèle républicain, et pour l'aider à révolutionner Bordeaux, il institua un jury populaire , qui serait charité, sons ses yeux , d épurer le club National , pour y substituer uue

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