Livre V
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prêtres , il ne leur restait plus que les ricUes ; icui* cnmc i-ivrc v. était le o^gociantisme, c'esi^àrdire leur fortune.
Ne pouvant pas agir, ils se contentaient de crier et de meoacer. n Ce que l'iulrigue croit avoir gagné de terrain par , 1 rastooe, difiaioit-ils, la vertu le reprend au double par sa » franchtse. Eh ! qne nous importent au surplus le croassek ment d une minorité turbulente, qui improuve quand la voix. > du peuple les étouffe. ÉcraMus l'intrigant qui rampe, notre » oonacienoe est là qui nous soutient. »
Cet état de choses ne pouvait plaire a 1 àme ardente de Garnier ; il |>rit un arrêté portant que pour effioctuer une épuration complète de la société, le peuple se réunirait et nommerait, en sa présence, quinze épui ateurs, vrais patriotes, qui formeraient une sorte de jury populaire, et tiendraient leurs épuiatoirea en public, pour recevoir les noms et examiner les titres des candidats pour cette nouvelle association. Avant leur agrégat! Il , ils devaient répondre en public aux. qaeatkms sur leur civisme, leurs sympathies pour la république, leurs o)^nions sur la mort de celui qu'on était convenu rappeler le tyran, et sur tout ce qui cousLiluait te vrai patriote; et prendre l'engagement, le décadi suivant, en présence do peuple , de soutenir et défendre les institutions républicaines, de laire partout et toujours la guerre aux conspiraleois, aux inlriganls, aux hommes sans mœurs, et de diriger tous leurs efforts vers Tinstruction et les vertus publiques.
11 rei^ardait toutes les sociétés coiiiuie njal composées; l'épuration était son rêve de tous les jours. U refusail d'autonser les léonions des sections et de leurs Comités de surveillance, «tii'avail permis que ce qu'on avait autorisé depuis le 20 noveitil^re 1793, c'est-à-dire un comité de douze personnes, pour veiller à la distribution du pain aux sectionnaires.
tt «e plaignait, dans son arrêté du môme jom*, des hommes ï'oid& et iodifférents, qui ne se soucient pas de partager les laurieis de nos braves soldats : lâches par naturel , disaiir-il ,
Livii V. hommes peuvent devenir dangereux, par faiblesse, ou
J ' malveillante par intrigue. Obligéa de se réunir aux béros <|iio 1794 la patrie a appelés à se défendre, l'exemple de la bravoure peut en faire des soldats ; mai^^ lo museadinage ou loisiveié n*en feront jamais de bons républicains.
Bordeaux, continue Gamîer, fournit de ces hommes qm, ne voyant que leur existence isolée, cherchent à se perdre ùim rimmensité d'une grande population , pour se soustraire à ce décret révolutionnaire , qui produit autant de héros que de soldats. La loi, dans un pays libre, n'est puissante qu'autant quelle n'excepte personne, et que personne n'a le droit de réiuder; c*est déjà un larcin assez grand fait à la liberté que de lui avoir ravi les ii»oinents consacrés à son afferniissement.
L'homme qui, appelé à servir son pays, lui ravit sa jeunesse et son bras, est un traître ; et lorsque, rentrant victch v'unw dans leurs foyers, nos héros, au milieu de nosemhrassemeuts, nous narreront leurs dangers et les efforts de leur courage, ils repousseront avec indignation, an sein de leur société, ces êtres lâches et sans vigueur, qui, sourds par trahison aux cris de la patrie, quand elle était menacée, se iai>gentpar crainte autour d'elle quand ils la voient triomphante.
Par un arrêté, pris à la suite de ce charkitanisme de pnoles, il fut ordonné, sous les peines les plus graves, aux cjtoyoii> sujets à la première réquisition, de se rendre dans trois jours au chef-lieu du département, pour s*y faire inscrire.
Toutes ces mesures n'étaient, |M>ur les haljitants paisibles de Bordeaux, que des menaces de mort! C'était toujours la Terreur avec ses craintes, ses tourments, ses étemelles exigences. Cependant, aux yeux des ulu a-démcx^rales, ce ne fol pas assez encore. Le lendemain, %i juillet, le peuple accourut en foule au club National « et fit comprendre à Gamier, par ses instances, ses accusations et ses méfiances, la néoessilé d'une épuration plus ellicace. Garnier se rendit au vœu de la populace, et par uu nouvel arrêté, du 5 thermidor, créa un
comité de trois personnes dans chaque section, devant lequel les chefs de famille étaient tenus de se présenter dans dix jours, |x)ur y déclarer leurs iioin^, leur âge, le lieu de leur naissance, le nombre de leurs enfants, de leurs domestiques, (le leurs locataires, et généralement tons roux attachés à leur M^rvice ou (lcMioi!r;u)t . soit en passnU , suit .1 Innjuurs, cheT: eux, ainsi (jue leurs moyens d'existence. Los comités étaient autorisés à mettre en ét*it d'arrestation les suspects ; mais à condition d'en référer au Comitt^ de surveillance, qui devait s'entourer de tous les renseignements nécessaires pour statuer ultérieurement à leur é>gard.
l.arombe assista à cotte séance; il y prit la parole, el teimina son discours, rempli de haine et de misérables lieux communs contre les prôtrcs, les nobles et les honnêtes gens, par ces paroles : « Poursuivons, démasquons, anéantisBCHis • tous les aristocrates; voilà, sans doute, la meilleure ma- » nière de répondre à nos calomniateurs ; et s'il fallait donner » à Garnier des preuves non é([uivoqne8 de l'esprit public » qui anime déjà les Bordelais, je les présenterais à ses yeux » tels qu'ils se montrent aux séances de la Commission mili- » taire , applaudissant avec tran^rt aux principes révolu- » tionnaires, à la mort de tous les ennemis de la république ! »
Le misérable 1 il ne pensait pas qn^il était à la veille de poser lui aussi, aux applaudissements de la foule, sa téle sous la fiitate hache dont il frétait servi pour trancher le fil de tant de nobles et vertueuses existences I
Hitîé, président de ht Commission militaire des Pyrénées- Orientales, se trouvait à cette séance ; il prit la parole après Lacombe, et exposa, en termes plus modérés que les siens, la ligne de conduite à suivre. Garpier parla enraite et applaudit à la manière dont ils avaient développé leurs idées; ils ^a&oordaieut sans aCéire jamais vus ni connus. Voulant expliquer cet accord mystérieux entre les deux présidents, Garnier s'écrie : c Cest que les principes étemels de la justice et de la
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Uvre Y. )) iQoraie sont indépendants des iieuK, des hommes et des ' n circonstances; Us dcnvont toojouTS se troav^ dan» le cœnr i784 » des vrais répubUcains. Brutus , Guillaimie-Tell , Marat , » quoique sc{>ai'es par des distances énormes, avaient les Journal ^ mémes principes, le même but, et, j'oserailedire, les mêmes Ouk Natimtai, » moyens. Poor faire une révokitioD, il faat, dans tons les " » temps, choquer les préjugés, les diôtmcUous, les vieilles
» habitudes; il faut tâcher de les détruire, et ça ne peut être » sans enoiter les misérables passions de l'homme, dont les » chocs multipliés eiiipét'lieraicul de construire le nouvel édi- » ûce, si, par des moyens vigoureux, on ne s'efforgait de » neutraliser l'efet de ces passions fonestes. La terreur est » donc alors nécessi\ire pour contenir les hommes faciles à se » laisser^ éi^arer; la mort est nécessaire pour délivrer la patrie » de œs infâmes oppresseurs. Oni, Citoyens, cptoiqu'on es » puisse dire , ee n'est que par la mort de tous ses ennemis
» que le peupie français assure le triomphe de sa liberté
» Mais cet aristocrate n*est pas dangereux ; s'il n*a rien iait » ponr la révolution, il n a rien fait contre elle ; il est neutre,
» il garde le j>ilence. Il gai de le silence I! Ah ! Citoyens
» pusillanimes, ai vous pouviea lire dans son ccnur, vous tiea- » drioE un antre langage Il garde le silence !.... Depuis j» quand? Pourquoi? Si les armées prussienne, aulnchienne » et espagnole , ayant à leur tôte ces hardis scélérats d'émi* » grés, souillaient notre territoire, renouvelant, entretenant » encore leurs espérances criuiiiK lles, vous lo verriez plus » ardent peut-être que ne le sont la plupart des patriotes » pour foire triompher la liberté; vous le verriez tremper ses mains impies dans le sang des bons citoyens, dams le vôtre, » peut-^tre, malgré votre laiblessc et I mtérôt que vous aur-
» riez pri&à son sort J'entends les aristocrates me de-
» mander, avec Taccent d'une fausse pitié , qui déguise mal » leurs craintes et leur rage : Quand donc verra-t-on hnir n ces mesures violentes?.... Leur ân dépend uniquement de
» vous, seélérals; ne souillez plus de voU^ présence les re- Livre v.
j> gards du peuple justeiueyl in iUj; disparaissez de la surface
» du glojbe... Jue peuple ne veut plus vous entendre; il veut 197^
» ranénutÎMeoMMil de Ions Im ennemiB de la république*.. »
Oui, oui, s'rcrie-t-on de toutes parts; toute rasscinblée se lève comme un seul homme, oi ri^pètedans les plus hruyautes vociférations : Oui, oià, périssent les aristocrates, vive la république !
Le calme se rétablit enfin, et Garnier ajoute : « Et toi, » Miiié, toi qui viens d'être le témoin de cette scène touchante » et sublime, fais passer dans l'âme des législateurs compo- » sant le Comité de Sahit public, les seutiiuenls quelle t'a » inspirés ; di&-leur que Bordeaux n'est plus cette commune 9 rebelle à la voix de la t)atrie ; qu'elle veut absolument ex- » pier ses erreurs l'unestes ; qu'elle marche à grands pas vers » sa r^nération..; dis-leur que les aristocrates, accoutumés » à penser en sens contraire au peuple, se sont presque tous » élevés contre l'infâme Cuiiiniission militaire ; dis-leur, en- » ûn, que la révolution n'est pas achevée dans Bordeaux; » mais que , dans peu , cette commune , par les travaux de » JuUien, disposé a me seconder dans toutes les mesures ré- B volutiouuaircs , méritera bientôt le pardon et le baiser do' » la France entière »
Ce langage était capable d'exalter tous les esprits; il le fit : c'éiait quelque ciiose qui ressemblait à la folie, et qui était fait pour donner des vertiges aux honmnes les plus sages. Des adresses, des félicitations, arrivèrent de tous côtés ; mais aucune n'égalait en énergie, et dans sou iiiàle pali iutisiue, celle de la commune de Lormont , qui l'enfermait dans ses murs des démagogues exaltés et impatients. La Commission militaire avait été suspendue. Pour mettic tout à l'unisson dans son système de terreur, il ordonna, le 1 1 tliermidor (29 juillet), qu'elle reprît ses fonctions, se réservant la faculté de répurer plus tard.
Livre V. A l'époque oii nous sommes arrivés, il y avait près de deux | Ginp. 4. ^.ji^ prisonniers à Bordeaux et dans la banlieue ; au Fortnlu- 1704 Hâ , cinq cent quatre-vingtr-deux prêtres destines à la mort i ou à la déportation, sans compter œax détenos dans les pou- i tons de Blaye, les prisons de La Réole, de Ltboonie, de Ca-> | dillac, de Bazas et de Lesparre.
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