‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 97 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Laeoidiiite àt Gtrnier (de Saintet) k Boidetiix. — Laeaadic est eiécrè k ciiise de m kwcbeme.— On nurBure ooaCre lui. — Hartigiiac le rèevee comme flétri pir seseseroqnerieB. — On murmure contre Lecombe. •->C*éteft le eri du diseepeir, le signe avant-eeoreur de la colère divine. 0 est arrêté. — Robespierre est milliers de lu lof. — Proelamatioa de Gamier. — Les commerçanta confoquéa li Notre-Dame. — Le di«;<Mir$ de Garnicr. — La proclamation des administrateurs de Baïas.— L'adresse des Bordelais au sujet de la mort de Roliespierre.^ Gamier donne one notice biegraplti^iue sur Lacombe, etc., etc.

ta Terreur pesait plus que jamais sur les mallieureux Bor- Livre v. délais; le joug devenait insupportable. Garnier s eiiorç^iit d et- ~ facer JoUien et de foire oublier les atrocités de Tallien : ses manières de procéder donnait à comprendre que si Bordeaux ne devenait francliemeut- républicain et méiue démagogue, il allait en faire un vaste cimetière. L'hypocrisie était commandée comme an devoir ; et le silence et une obéissance passive comme des actes de prudence. Les républicains modérés commençaient à cramdre pour eux-mômes : les négociants, les riches, les nobles, les prêtres, n'existaient presque plus; les hommes d'âge mûr s'étaient faits républicains, au moÏBs extérieurement ; mais ils étaient encore en possession de quelques débris de leur ancienne fortune, et ils étaient en présence de ces harpies à face humaine, qui enlevaient tout, qui voulaient faire leurs affaires u miporte par quels moyens, qui n'avaient rien à perdre et tout à gagner aux bouleversements de leur patrie. On gémissait en secret : la Terreur menaçait tout le monde par le système d'épuration adopté par Gamier, et la mort semblait planer sur Bordeaux, comme on voit les oiseaux de proie venir se pencher sur les monmnents

Livre V. fnnèbres de nos nécropoles , où règne le silence des tombeaux.

Chapes. La(;oni]je se hâtait dans sa besoi^iKî pour plaire à son chef; i79f il condamnait en niasse, sans ces formes, au moins en apparence, justificatives et régniières, que les coupables même aiment a voir suivre à leur égard ; et dans les mois de messidor et de thermidor, on voyait vider les prisons toas lefi jours pour les remplir encore de nouvelles victimes , qui , le môme jour, passaient de leurs cellules sous les yeux de Lacombe, et de là à la guillotine I

€et état de choses devenait insupportable. Vers le milieu de mos.sidor ( 16 juillet) , Lacombe fut dénoncé à la Sorirtc populaire, par un jeune homme qui venait d'assister à uuc scène de la Commission militaire. Témoin de quelques condamnations non motivées, il s'indiquait à la vue de ces formes homicides de la CommissioQ, et demanda en plem tribunal la parole pour défendre quelques «censés; on la hit refusa, et des innocents furent encore traînés à féehafeud ! Le peuple se mit enfin à maudire les juges iniques qui s'enivraient de sang humain ; on se demandait ce que c'étaii que l'infâme président de cette commission infémale. On interrogeait le passé , et l'on p^étonnait comment ce maître d'école avait pu moissonner tant de tètes et inmider les places publiques de sang bordelais; c'était le mcnnent de la vengeance ^ Dieu avait entendu la voix du sani;, (jui criait vers le ciel !

Ces murmures, ces cris trop longtemps comprimés, parviennent aux oreilles de Garnît; il délibère, mats il a besoin de Lacombe et ne veut pas s'en défaire. Les cris de tant de fîimilles éplortk's ne le touchent pas : il comprime les pkiutes et s'eflbrce de calmer l'effervescence qui élait dcTenue générale et inqiiiétantc pour la paix publique. Dans cet ialervalle, on conduit à la barre de la Commission militaire le ciloycu Martignac père ; son sort était fixé d'avance. Lacombe avait une vieille querelle à vider avec hri; mais Mariigmie récuse Lacombe comme juge et lui reproche seseacroqueries en pieiti

tribunal. Il lui rappelle que lai, Martifi:nac, comme jarat à LhrcV. une certaine époque, Tavait condamoé à la piisou, et en ap-- ^' pelle au greflë de la municipalilé, tout en seumettant la cause 1794 et en faisant appel au représentant du jieuple. Lacomho pAlit en en tendant cette voix accusatrice ; li se retire, et on recondoit Manignac en prison , oîi il rédigea pendant la naît un ]fcmoire constatant son innocence et les escroqueries de Lacombe, et demande à être conduit devant le représentant. Garnier maonla à la «mroe, et s'infonnant auprès des anto*^ rttés coBBtitnées à Toulouse, il apprend que Lacombe a éié flétri dans celte ville par un jugement, et qu'on a choisi pour présider le tribunal de Bordeaux nn emoc qui s était sonstrait au châtiment de ses crimes, un misérable criminel qui s était fait juge, accusateur parfois, et bourreau des Bordelais!

Dana cet intervalle, la révololion du 9 thermidor arrive :

Robespierre tombe, et la France commence enfin à respir er. Devinant que le règne de la Terreur était tini, Garnier fait arrêter Lacombe dans la nuit du 3 4 juillet an ■I*' août , et parait montrer de l'empressement à satisfaire aux justes réclamalions d'une population trop long;tcmps oppressée. Le lendemain, le bmit a'en répandit dans la ville ; Bordeaux se sentit soulagé. Lacombe était pour les Bordelais comme un affreux cauchemar ; ils étaient heureux de s'en sentir délivres. Le grand nombre resta encore incrédule : on n'osait pas parler, on n'osait pas applaudir. C'était un acte d'expiation, une sorte de sati^^laction donnée môme par le génie du mal a ceux qu'il avait fait souffirir ; on ne s'y attendait pas , et la nouvelle , La€ombe est en prism, se colportait de maison en maison avec un bonheur indicible. Uordeaux respira ; on bénit le ciel, car c'était un acte de justice exercé par les agents de l'injustice même. Dion feit concourir toutes les voiontés, tous les bras à l'exécution de ses arrêts éternels !

Garnier laisse Lacombe gémir trois jours dans sou cachot ;

iJvreV. il voulait, avant de rien faire, a t tondre d'aulres Douveiie:» Chap.5. Paris, étudier l'esprit public à Bordeaux, et savoir rioi- 1794 pression que cette arrestation produirait sur le peuple. Ce silence mystérieux semblait aux uns un piégc ; on avait inventé tant d'expédients pour trouver des coupables, qu'on craignait tout et tout le monde ; la réalité semblait encore un réve. Le peuple en général resta niucl, ( t 1rs quelques rari^ cris qui échappaient des poitrines oppressées n'étaient que l'approbation la plus sincère de Thomme impitoyable , qui commençait enlin un acte de justice en sacrifiant un agent trop fidèle. Garuier le comprit, et le 17 thermidor il adressa aux Bordelais la proclamation suivante :

« Citoyens,

» Deux coiyurations se sont rapidement succédées dans M Bordeaux : Tune contre Tnmté de la république française,

» l'autre contre la uioralilu <lu pein)lc et la conscience pubii- » que. La première a été terrassée, la seconde est déjà con- » nue et démasquée ; mais ceux qui , par feiblesee ou par » crainte, ont secondé les spéculalioiis avares d'une raaj^is- » trature corrompue , encore comprimés par un sentiment » aussi faible , se renferment dans le secret d'un silence ti- » roide, et ce silence tue la chose publique.

» Citoyens qui vous taisez, envisagez la patrie et le salut » public ; si vous avez erré par fiaiblesse, n'allez pas chercher » à couvrir cette erreur par un crime. La corruption a empoi- » soiuie l'air de cette conuuune; purifions-ie ; que les corrup- » teurs soient démasqués; et qu'avec Tamonr de la liberté, le » peuple puisse aussi conquérir l'incorruptibilité des mœurs.

» C'est vous, Citoyens éijçarés, qui pouvez amener celle » régénération publique ; vous avez âiit des fautes ; J'indul-' » fçence vous attend, pourvu que la franchise acocunpagne w » démarches; mais si, séduits par une fausse honte, vous » vous obstinez au sileoce, il sera le signe certain de voire

» atUichciuenl et de voire pai lu ipation au crime. La loi vous Livn- v. » sera apptiqaée dans toute sa rigaeur, et le fructidor '** » (18 août), il n'y aura pins d'ouverlure aux regrets. j-«j4

» Je connais tous ceux qui ont été les instruments de la » corruption : la liste est dans mes mains; mais à mesure que » je poursuis le crime, je suis disposé à distinguer Thomme, » qui, entraîné dans la faute par les menaces d\mv autorité » paissante et terrible, se voit réduit à ralternalive cruelle, » ou de tomber sous les coups d*un tribunal inique, s'il tient » à sa fortune, ou de s'y soustraire, s'il sait céder à un sacri- » fice provoqué.

B Sans doute , le Comité de Salut public saura foire cette » distinction, que la justice et l'intérêt de la patrie adoptent 6 (le concert; mais \xm' la mériter, cette indulgence, venez, » Citoyens, épancher vos sollicitudes et la vérité dans le sein » du Comité de surveillance : une faute perd toujours de la » gravité de son caractère quand on la fait tourner au profit » (le ses concitoyens. »

Tout cela n'était qu'une menace, un appel insidieux aux dénonciateurs hypocrites ou réels. Garnicr voulait de nouvelles victimes; il voulait continuer son sanglant règne à Bordeaux; il le croyait étemel ! Il poussait les citoyens contre les citoyens , et sons 'prétexte de trouver les complices de Uneombc, il ouvrit imprudemment une carrière aux accusations les moins fondées.

Le commerce était alors frappé d'énormes impôts; les prin* cipaux négociants avaient été emprisonnés comme égoïstes , frappés d'amendes comme spéculateurs, ou guillotinés comme aristocrates, ennemis do la chose publique et s'engraissant (les sueurs du peuple. Le métier était mauvais, personne n'en voulait plus ; il n'y avait plus à Bordeaux que de petits marchands. Le commerce étant anéanti , la disette était devenue affreuse, lo grain cher, les importations rares, Targent rem* placé par les assignats, et la misère générale. Un en blâmait

Livre V. les négociants, qui, disait-on, \ oulaienl allamer le pauvre peuctiap.5. ^^^^ Garnier savait bien le contraire; il était convaincu que f le commerce est la vie matérielle des peuples et ne peut vivre que de la con liante publique dans l'ordre et la protection des lois; mais il laissait faire les dénonciateurs publics, des misérables qui ne reculaient devant aucun acte qui pût faire distribuer aux pauvres les écus des riches. C'est donc au milieu de la sombre joie qu'avait produite l 'arrestatioa deLaoombe, des graves préoccupations de l'esprit public et les tripotages des bureaux de (iarnier, qu'il convoqua tout le commerce de la ville à une assemblée générale dans l'église de Notre- Dame, par l'adresse suivante :

« Citoyens ,

» Le commerce lapguit depuis longtemps dans la ville de » Bordeaux, et si la guerre en a diminué l'éclat, la malveil-

n lance l'a totalement anéanti.

» Citoyens, songez aux maux que cause à la chose publi- » que cette suspension absolue d'aflaires. Voyez le dénûmeiit » dans lequel se trouvent le peuple et les armées; voyez aussi » la contenance de l'un et le courage de l'autre; désespém » de lasser la patience d'une grande nation capable de loat n soullVir hors resclavagc. Ut ^nrez vos torts par un retour » qui vous ramène à la patrie; rendez au commerce, sioou n son premier éclat, puisque la guerre s*y oppose, au moins » l'activité que présentent encore ses ressources.

» C'est au milieu d'une séance publique, composée du peuple » et de vous, que le représentant veut loyalement vousou- » vrir son âme, ses opinions et ses dispositions. Vous verrez » que, tout sévère qu'il est dans ses mesures, il ne néglige » jamais de rapporter à la chose publique les fautes de ceux » qui , |)ar séduction ou par perfidie, ont à se les reprocher. » Au milieu des développements qu'il vous présentera, vous » distinguerez un caractère de vérité et de justice qui forcera

» vos regreU, et vous attachera a Tadoption de ses disposi- » tioi».

» Cette séance s'ouvrira le 124 de ce mois, à9m le temple

I de l'Être suprême ; j'y apjH'lle tons les citoyens indistiac-

• tement, qui, ayant on ayant eu des rapports commercîanx,

• peuvent, en les reprenant encore, vivifier cette grande cité » cl porter 1 aboudance dans la république.

» J'appelle le peuple à cette conférence; car je croîs qu'elle

• loi sera avantageuse, et cpie de grands torts reconnus amè- » lieront de grands clforUs |x>ur les réparer.

> Bonleaus, 17 Uieruùloi an li (i août ITUi).

» Garnier (de Saintes) ; Tristan, secrétaire, »

Quel singulier moyen de vivifier le commerce que de le cîfer à la barre du i^euple, à qui on avait appris (|ue les né- 4!iK:mnb étaient les sangsues des classes inférieures de la société I £$pératt-on, en lui représentant ses prétendus torts Ittssés, qn*on parviendrait à raviver la confiance éteinte et rendre la vie à notre |>ort, oii l'on ne voyait plus un seul bâtiment? Le rejn^ntant croyai^il bonnement qu'à Bardeaux il ne s'agissait que de vouloir pour recouvrer son ancienne prospérité, qu'une guerre ruineuse avait détruite ? Non, Garoier ne le croyait pas; mais il voulait occuper l'esprit public; il voulait intimider et se montrer sévère. Le caractère perce toujours mali^rt^" soi.

Âu jour indiqué f l'assemblée était nombreuse; mais l'ardeur républicaine de Gamier était impuissante, môme pour galvaniser un instant le cadax re du commerce bordelais.

L'activité de Garnier ne se démentit cependant pas; il voulait tout changer, tout renouveler et tout régénérer. Uan* cienne Commission militaire ne répondait plus à son attente ; il en forma une nouvelle et en nomma les membres : c étaient Yeyssière (Êtienne), président; Lataste, vice-président; Azordo

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