Que l'Évêque Cauchon et ses conseillers aient
1. Nous prévenons le lecteur, une fois pour toutes, que l'ouvrage à chaque instant cité dans cette Étude sous cette rubrique : Procès, n'est autre que l'ouvrage publié par Jules Quicherat au nom de la Société de l'Histoire de France , sous ce titre : Procès de condamnation ET DE RÉHABILITATION DE Jeanne d'Arc, 5 vol. in-8», Paris, MDCCCXLI.
arrêté le moyen qui leur permettrait d'ouvrir un procès de relaps et de livrer cette fois, sans remise possible, Jeanne au bûcher, cela résulte de cette déposition de Jean Fave, maître des requêtes du roi : « Après le prêche de Saint-Ouen, racontait-il, le comte de Warwick se plaignait à l'Évêque de Beauvais et aux docteurs de ce qui venait de se passer. « Les affaires vont mal pour le roi, disait-il; Jeanne en réchappe. » A quoi l'un des docteurs répondit : « Seigneur, n'ayez cure; nous la rattraperons bien. » {Procès, t. Il, p. 376.)
3. — L'incident qui permit au juge d'ouvrir la cause de relaps, à savoir la reprise de l'jiàabit d'homme, fut évidemment provoqué, sinon directement par l'Évêque-juge, du moins par les Anglais, avec l'assentiment des grands seigneurs qui menaient tout.
Pour cet incident, qu'il serait trop long de raconter ici, nous renvoyons à notre Histoire complète de Jeanne d' Arc, t. III, pp. 406-420. On y en trouvera l'exposé et les preuves.
Pierre Gauchon ne manqua pas l'occasion de montrer au comte de Warwick que lui, Évêque, tenait fidèlement la promesse qu'il lui avait faite de « rattraper l'accusée ». Le jour où Jeanne eût repris l'habit d'homme, le prélat se rendit au château pour constater la reprise. Au sortir de la prison, « il rencontre le comte de Warwick avec plus-ieurs Anglais, et, tout joyeux, il lui dit : Elle est prisée » Le lendemain, jour où ledit Évêque déclara
1. « Post resumptionem dicti liabitus, vidit (Fr. Isambard) et avidivit dictum Episcopum cum aliis Anglicis exultantem et dicentem palam omnibus domino de Warwick et aliis : Capta est. » {Procès, t. II, p. 305. Déposition de Fr. Isambard de la Pierre, dominicain.)
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Jeanne relapse et liérétique, il dit publiquement au même comte de Warwick, en riant : « Farewell, Farewell, c'est fait, faites bon visage », c'est-à-dire : soyez satisfait. {Procès, t. II, p. 8. Déposition en français de Fr. Martin Ladvenu, dominicain.)
4. — Enfin, le procès de relaps fut mené avec une rapidité sans égale. La cause de chute avait duré plus de quatre mois. La cause de rechute fut expédiée en moins de trois jours. Le 28 mai, Cauchon constatait le fait de la reprise de l'habit viril. Le 30 mai, vers midi, Jeanne d'Arc montait sur le bûcher ; le même jour, ses cendres et ce qui restait de ses os étaient jetés dans la Seine.
Intérêt persomiel de VÉvèque de Beammîs à ce qu'il y eût abju7^ation.
Indiquons, pour ne rien omettre d'essentiel, une raison d'intérêt personnel, suffisante à elle seule pour que l'abjuration de Jeanne fît partie intégrante du plan de l'Évêque de Beauvais : cette raison regarde l'intérêt qu'avait Cauchon à jouer, aux yeux du public, le rôle de juge miséricordieux, et à se rendre de cette manière excusable aux yeux de ceux qui pourraient l'accuser de cruauté et d'inhumanité. Pour cela, il fallait que les événements l'amenassent à porter deux sentences successives, l'une excluant l'abandon au bras séculier, l'autre l'impliquant. Une seule chose pouvait lui permettre d'en user de la sorte : l'abjuration de la Pucelle ou un semblant d'abju-
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ration. L'abjuration, en lui donnant le droit d'épargner à Jeanne le bûcher, le mettait à couvert du reproche de cruauté et d'inhumanité. Le relaps se produisant, le public, qui ignorait par quels moyens il avait été provoqué, ne pouvait davantage faire un grief au juge de livrer la relapse au bras séculier, le droit public de l'époque écartant toute grâce et requérant la mort de la condamnée.
Pierre Gauchon ne manqua pas d'afficher ces apparences de juge miséricordieux, le jour du prêche de Saint- Ouen. Un chapelain du monarque anglais lui reprochant de trahir ce prince en acceptant l'abjuration de la Pucelle, l'Évêque lui répondit : « Vous en avez menti. J'agis selon ma conscience; juge en matière de foi, je dois chercher plutôt le salut de l'accusée que sa mort. » {Procès, t. IL, pp. 332, 338; t. III, pp. 90, 147, 156. Dépositions des témoins Dudésert, Bouchier, Marie, Manchon et Massieu.)
Tous les assistants ne s'y trompèrent pas. Au témoignage de l'Évêque de No^^on, Jean de Mail! y, plusieurs s'écrièrent : « Comédie que tout cela ! » (Procès, t. III, p. 55.)
La sollicitude de l'Évêque de Beauvais pour le « salut de l'accusée » ne l'embarrassa pas longtemps. Cinq jours s'étaient à peine écoulés, qu'il livrait aux Anglais leur victime. A la parodie de l'abjuration succédait la plus cruelle des tragédies.