PROCÈS
Il est donc avéré — le précédent chapitre en contient la preuve — que la Pucelle, au cimetière de Saint- Ouen, prononça et signa une cédule d'abjuration dont la lecture dura le temps d'un Pater noster. Cette cédule, maître Erard l'avait apportée toute prête; il la remit à Jean Massieu. l'huissier du tribunal. Massieu, au moment voulu, la lut à voix haute. Jeanne la redit après lui, article par article, puis la signa en faisant une croix
Tels sont les faits; reste à en déterminer le vrai sens.
Une question se pose tout d'abord :
La cédule, que la Pucelle a prononcée et signée, contenait-elle le texte d'une abjuration canonique en cause de foi; ou bien ne contenait-elle qu'un texte insignifiant n'ayant rien de commun avec une abjuration canonique véritable et, par suite, en tant que cédule d'abjuration, n'en avait-elle que le nom?
La réponse qu'une étude approfondie des documents fait à cette question est celle-ci :
La cédule dont il s'agit, la cédule exhibée par maître
DE LA. FAUSSE GÉDULE DE l'aB.TURATION. 45
Erard, ne contenait le texte d'aucune abjuration canonique formelle en cause de foi; l'abjuratiorf de la Pucelle, en réalité, ne fut qu'une abjuration apparente, une abjuration n'ayant de cet acte judiciaire que le nom.
De là cette conséquence de la plus haute gravité.
La cédule insérée au Procès, dont le texte constate l'aveu fait par la Pucelle, sous la foi du serment, d'erreurs contre la foi et de crimes nombreux qu'elle abjure en présence du tribunal, renie et déteste, est une cédule fausse, rédigée frauduleusement par ordre des juges, à l'effet de flétrir la Pucelle; une cédule qui a été substituée à la cédule vraie pour être insérée dans l'instrument officiel du Procès. Des affirmations de ce genre ne devant pas être acceptées sur parole, nous allons en apporter la preuve irréfutable.
La formule d'abjuration qu'07t Ut ait Py^ocès est-elle bien celle que Jeanne prononça et signa?
Au point du récit officiel où nous nous sommes arrêté, rÉvêque de Beauvais exposait comment, la Pucelle ayant manifesté l'intention de se soumettre à la détermination de l'Église, il avait suspendu la lecture de la sentence. Le récit se poursuit en ces termes :
« Alors, en présence des juges et maîtres susnommés, et de la multitude du clergé et du peuple, la Pucelle fit et proféra une rétractation et une abjuration dans la forme d'une cédule dont on lui donna en ce moment
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lecture, cédule rédigée en français, qu'elle-même pro nonça, et qu'elle signa dans la forme qui suit^ :
« Toute personne qui a erré etrhespris en la foy chrestienne, et depuis, par la grâce de Dieu est retournée en •lumière de vérité et à, l'union de notre mère saincte Eglise, se doit moult bien garder que l'ennemi d'enfer ne la reboute et fasse reclieoir en erreur et en damnation. Pour ceste cause, je Jeh.\nne, communément appelée la Pucelle, misérable pécheresse, après ce que j'ai cogneu (con7iii) les las {lacs, filets) de erreur ouquel je estaie tenue, et que, par la grâce de Dieu, sui retournée à nostre mère saincte Eglise, afin que on voie que non pas fainctement, mais de boii cuer et de bonne volonté sui retournée à icelle, je confesse que j'ay très griefment péchic, en faignant mencongeusement avoir eu révélations et apparitions de par Dieu, par les anges et saincte Catherine et saincte Marguerite, en séduisant les autres, en créant {croyant) folement et légèrement, en faisant supersticieuses divinaisons [divinations], en blasphémant Dieu, ses Sains et ses Sainctes: en portant habit dissolu, difforme et deshonneste contre la décence de nature, et cheveux rougnez {coupés) en ront en guise de homme, contre toute honnesteté du sexe de femme; en portant aussi armeures par grant présumpcion; en désirant crueusement {cruellement) effusion de sang humain; en disant que toutes ces choses j'ay fait par le commandement de Dieu, des angelz et des Sainctes dessusdictes, et que sur ces choses j'ay bien fait et n'ay point mespris: en mesprisant Dieu et ses sacrements, en faisant sédicions et ydolatrant, par aourer {en adorant les) mauvais esperis, et en invoquant iceulx. Confesse aussi que j'ay été scismatique et par plusieurs manières ay erré en la foy. Lesquels crimes et erreurs, de bon cuer et sans ficcion, je, de la grâce de Nostre Seigneur, retournée à voye de vérité, par la saincte doctrine et par le bon conseil de vous et des docteurs et maistres que m'avez envoyez, abjure, déteste, renie, et de tout y renonce et m'en dépars. Et sur toutes ces choses devant dictes me soubmetz à la correccion, disposicion, amendement et totale déterminacion de nostre
1. « Tune, prÊesentibus prtenominatis , et in conspectu copios?e multitudinis, fecit (ipsa Johanna) et protulit revocationem et abjurationem secundum formam cujusdam schedulse sibi tum lectfe, verbis gallicis confectse, quam ipsaniet etiam pronuntiavit, atque ipsam schedulam jpropria tna^iu sig?iavit. sub forma qure sequitur. y> {Procès, t. I, pp. 446, 447.)
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mère saincte Eglise et de vostre bonne justice. Aussi je vous jure et prometz à Monseigneur saint Pierre, prince des apostres, à nostre saint père le Pape de Rome, son vicaire, et à ses successeurs, et à vous, mes seigneurs, révérend père en Dieu, Monseigneur l'évesque de Beauvais, et religieuse personne frère Jehan Le Maistre, vicaire de Monseigneur l'Inquisiteur de la foy, comme à mes juges, que jamais, par quelque euliortement (suasion) ou autre manière, ne retourneray aux erreurs devant diz, desquelz il a pieu à Nostre Seigneur moy délivrer et oster ; mais à tousjours demourray en l'union de nostre mère saincte Eglise, et en l'obéissance de nostre saint père le Pape de Rome. Et cecy je dis, afferme et jure par Dieu le Tout-Puissant, et par ces sains Evangiles. Et en signe de ce, j'ay signé ceste cédule de mon signe. »
Ainsi signée :
« Jehanxe 4-. »
Cette formule d'abjuration remplit, dans l'Édition du Procès (t. I, pp. 447, 448), quarante-cinq lignes de petit texte, équivalant à soixante lignes de texte ordinaire, c'est-à-dire deux pages environ du format in-S*^. P. Gauchon affirme que ce texte est celui qui fut lu à l'accusée, qu'elle prononça et qu'elle signa. Est-ce bien vrai?
Assurément, l'Évêque de Beauvais avait grand intérêt à ce que cela fût vrai, et, si ce n'était pas vrai, à ce que le public le crût tout de même. Que voyons-nous, en effet, dans ladite formule d'abjuration?
Nous y voyons la Pucelle « confesser avoir feint 7nensongèrement avoir eu des révélations et apparitions de par Dieu;
« Avoir séduit les autres, en faisant superstitieuses divinations ;
« Avoir adoré les mauvais esprits, en invoquant iceux;
« Avoir été schismatique et, par plusieurs manières,
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avoir erré en la foy. Lesquels crimes et erreurs elle abjure, déteste, renie, et de tout y renonce et s'en départ. »
Une pièce pareille, portant la signature même de Jeanne, servait admirablement l'Évêque de Beauvais, ainsi que ses maîtres et patrons les Anglais.
Elle servait l'Évêque de Beauvais, car il devenait sur d'atteindre le double but qu'il s'était proposé, à savoir :
1° De prononcer contre la Pucelle une sentence infamante, préparatoire de la sentence de relaps, non moins infamante, qui la condamnerait au bûcher;
2^ De faire rejaillir de cette sentence un déshonneur et une flétrissure manifestes sur la maison de France et Charles VII, son représentant.
Ladite pièce servait non moins merveilleusement les Anglais, car si la foi des loyaux Français en la mission divine de la Pucelle et si la réalité de cette mission réduisaient à néant les droits que le monarque anglais prétendait avoir à la couronne et au royaume de France, ces mêmes droits reprenaient vigueur du moment que la prétendue mission divine de Jeanne n'était, de son propre aveu, qu'une invention mensongère, ses apparitions et révélations qu'une imposture.
Malheureusement pour l'Évêque de Beauvais, son témoignage est le seul qu'on puisse alléguer en faveur de la pièce qu'il avait si grand intérêt à produire, et son témoignage est trop suspect pour qu'on puisse l'admettre.
Ce témoignage est le seul, disons-nous, qu'on puisse invoquer. En effet, pas un des greffiers, huissiers, assesseurs du Procès entendus en l'Enquête de la réhabilita-
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tion ne confirme, soit directement, soit indirectement, l'authenticité de ladite pièce; leurs dépositions, on le verra tout à l'heure, lui sont ouvertement contraires.
Ce témoignage provient, ajoutons-nous, d'une source trop suspecte pour être admis de confiance; de trop puissantes raisons s'y opposent.
Une de ces raisons se trouve dans les procédés coupables dont a constamment usé l'Évêque de Beauvais, modifiant, altérant, falsifiant le texte officiel, surtout les réponses de Jeanne, toutes les fois qu'il avait intérêt à le faire. Ainsi, par exemple :
C'est chose prouvée qu'il a supprimé les Informations préalables sur les mœurs et la jeunesse de la Pucelle, lesquelles auraient dû figurer dès les premières pages du Procès. Il les a supprimées, parce qu'elles étaient trop favorables à la prévenue.
C'est chose prouvée que, outre le procès-verbal officiel des réponses de Jeanne pendant le Procès d'office, P. Cauchon faisait rédiger clandestinement, par des clercs anglais, un procès-verbal mensonger dans lequel lesdits clercs écrivaient à leur façon les dits et faits de la Pucelle, passant sous silence tout ce qui pouvait la justifier. (Procès, t. III, pp. 135, 136.)
C'est chose prouvée que l'Évêque susnommé, dans la rédaction du procès-verbal officiel même, abusait de son autorité au point d'obliger les notaires-greffiers à rapporter les choses autrement qu'elles n'étaient, tantôt par altération, tantôt par omission. (Procès, t. II, pp. 12, 13.) Il le faisait non seulement en dehors des séances, mais au cours même de ces séances : à ce point que, un jour, en plein interrogatoire, devant ses nombreux as-
sesseurs, il défendit au notaire de mentionner dans le procès-verbal la soumission de la Pucelle à l'Eglise. Ce qui arracha à la jeune Lorraine ce cri de protestation : « Vous écrivez ce qui est contre moi, et vous ne voulez pas écrire ce qui est pour moi. » {Procès, t. II, pp. 349, 350.)
C'est chose prouvée, enlin, que le traducteur du Procès français en latin, le Docteur de Paris, Thomas de Courcelles, profita de cette occasion pour altérer, par suppression ou par retouches, le texte véritable lorsqu'il eut intérêt à le faire. Ainsi, par exemple, ledit Courcelles avait été, au Procès, l'un des trois assesseurs qui opinèrent qu'il fallait mettre Jeanne à la torture ; c'est attesté dans la minute française. Courcelles tint à ce que la postérité ne le sut pas : en conséquence, il supprima dans le Procès en latin le compte rendu de la délibération. {Procès, t. I, pp. 40'2-404.)
Nous verrons plus bas le Docteur de Paris, par la simple suppression d'un mot, changer en un texte qui ne signifie rien une phrase qui justifie admirablement la Pucelle.
Qui est-ce qui voudrait, devant de semblables procédés, qu'on crût P. Cauchon sur parole, dans une (juestion aussi grave que l'authenticité du formulaire inséré au Procès?
Mais nous avons mieux que cette lin de non -recevoir. Des textes positifs, irréfragables, établissent que,dans le cas présent, la parole de l'Évêque-JLige ne mérite aucune créance et que la cédule du Procès est une fausse cédule.
DE LA FAUSSE CÉDULE DE L'aBJURâTION. 51
Preuves de la fausseté du formulaire inséré au Procès.
La preuve de la fausseté de ce formulaire nous. est donnée par cinq témoins des enquêtes de la réhabilitation : Jean Massieu, déjà nommé, maître Delachambre, Nicolas Taquel, l'un des notaires, Pierre Migiet et Jean Monnet, chanoine de Paris, Ce que nous apprennent ces témoins sur la vraie cédule montre que la cédule insérée au Procès en est absolument différente.
En effet, ces cinq témoins s'accordent à déposer que la cédule présentée par Erard à la Pucelle comptait six, sept, huit lignes au plus.
Or, la cédule du Procès, dont nous avons reproduit le texte plus haut, compte quarante-cinq lignes de petits caractères, équivalant à cinquante-cinq ou soixante en caractères ordinaires.
Impossible, par suite, de les confondre l'une avec l'autre.
Voici la teneur de chacune de ces cinq dépositions :
Jean Massieu. — « Je sais bien, disait-il, que ladite cédule (de l'abjuration) contenait environ huit lignes, pas davantage. — Bene scit (testis) quod illa schedula continehat circiter octo lineas, et non amplius. » {P^^ocès., t. m, p. 156.)
Maître G. Belaclianibre. — « Jeanne, dit-il^ prononça une petite cédule contenant six ou sept lignes, sur une feuille de papier double ; et j'étais si près, que je pouvais
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aisément voir les lignes et leur disposition. — {Legit Johanna) quamdam parvam schedulam continentem seœ vel septem lineas, in volumine foin papyrei duplicati; et erat ipse loquens ita prope, quod ve?Hsnnilîter poterat videre lineas et 7nodum earumdem. » {Ibid,^ p. 52.)
Nicolas Taquel. — « J'étais à Saint-Ouen lors du premier preschement, mais je n'étais pas avec les autres notaires sur l'estrade; j'étais cependant assez proche pour pouvoir entendre ce qui se faisait et se disait. Je me souviens bien d'avoir vu ladite Jeanne lorsque la cédule d'abjuration lui fut lue, et celui qui la lut fut messire Jean Massieu; et elle contenait environ six lignes de grosse écriture. Et ladite Jeanne la redisait après Massieu. Et la cédule d'abjuration était en français et commençait : Je, Jehanne, etc. — Ipse fuit prœsens in Sancto Audoeno, quando facta fuit piHma prœdicatio ; sed non fuit cum aliis notariis in ambone. E^^at tamen satis prope, et in loco ubi poterat audire quœ flebant et dicebantur. Et bene recordatur quod vidit eamdem Johannam, quando schedula abjurationis fuit sibi lecta; et sibi legit eam dominus Johannes Massieu. Et erat quasi sex linearum GROssiE LiTTER^. Et dîcebat ipse Johanna post dictum Massieu. Et erat illa littera abjurationis in gallico, incipiens : Je, Jehanne, etc. » (Procès, t. III, p. 197.)
Pierre Migiet, prieur. — « Quant au fait de l'abjuration, il dura à peu près ce que dure un Pater noster. — Quantum ad factum abjurationis, durabat totide^n vel circiter sicut Pater noster. » {Procès, t. III, p. 132.)
Enfin, l'ancien serviteur de maître Jean Beaupère, Jean
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Monnet, chanoine de Paris, déclare « avoir vu, lui aussi, la cédule de l'abjuration; et c'était, lui semble-t-il, une petite cédule comme de six ou sept lignes. — Tune viclit ipse loquens qiiamdam sc/iedulam abjui^aiionis, et eidem videtur quod erat una parva schediila, quasi seœ vel septem Imearum. y {Ibid., p. 65.)
Différente par sa brièveté de la cédule qu'on lit au Procès, la cédule de sept ou huit lignes ne l'était pas moins quant au fond même et à la manière dont elle commençait. D'après Nicolas Taquel, la cédule redite par l'accusée commençait ainsi : « Je, Jehanne, etc. » (Procès^ t. III, p. 197.) La cédule du Procès commence par ces mots bien différents : « Toute personne qui a erré... » {Procès, t. I,p. 447.)
Finissons par cette déclaration capitale de J. Massieu, le personnage, redisons-le, qui reçut la cédule de la main d'Erard, qui la lut à Jeanne et la lui fit signer : « Je suis absolument stir, dit-il, que la cédule prononcée par la Pucelle n'était pas celle dont il est fait mention au Procès ; l'abjuration qui a été insérée au Procès diffère totalement de celle que moi, Massieu, ai lue, et que ladite Jeanne signa. — Et scit firmiie?^ quod non erat illa (schedula) de qua in processu fit mentio; quia aliam ab illa quœ est inset^ta in py^ocessu legit ipse loquens, et signavit ipsa Johanna. » {Procès, t. III, p. 156.)
De cet ensemble de témoignages, il résulte d'abord que la cédule lue à Jeanne était totalement différente, et quant à la brièveté et quant au fond, de celle que nous avons reproduite plus haut; puis, que l'Évêque de Beauvais a commis ou ratifié, en tout cas inséré au Procès officiel un véritable faux.
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Fausseté du texte officiel de rabjuratîon. — Preuve complément ai7'e.
Si Ton jugeait insuffisante la démonstration qui précède, nous y joindrions le fait suivant : il nous paraît de nature à la compléter, si besoin était, et à la rendre irréfutable.
Dans la délibération du 29 mai, la dernière du Procès entier et l'unique de la cause de rechute, l'Évêque de Beauvais commença par rappeler aux maîtres et docteurs présents la scène du .cimetière Saint-Ouen, et la reprise par la Pucelle de l'habit d'homme: puis il fit donner lecture , entre autres pièces , de la prétendue abjuration insérée au Procès; après quoi, les assesseurs furent priés d'émettre leur avis. {Procès, t. I, pp. 460-462.)
Le premier qui prit la parole fut Nicolas de Yenderès, chanoine de Rouen : il opina que Jeanne devait être réputée et qu'elle était hérétique, et qu'il fallait la livrer au bras séculier.
Messire Gilles Duremort, abbé de la Sainte-Trinité de Fécamp, opina que Jeanne était relapse ; mais il ajouta « qu'il serait bon qu'on lût de nouveau devant elle la cédule d'abjuration qu'on venait d'entendre et qu'on la lui expliquât, en lui proposant la parole de Dieu. — Tamen bonum est quod schedula nuper lecta legatw^ iterum coram ipsa et siM eocponatu7\ proponendo ei verbum Dei. » (Procès, t. I, p. 463).
J)E LA FAUSSE GEDULE DE L ABJURATroN. 55
Sur quarante assesseurs qui opinèrent après l'abbé de Fécamp, trente-neuf déclarèrent se ranger à son avis, à savoir qu'il était bon que l'abjuration insérée au Procès fût lue à la Pucelle et lui fût expliquée.
Cette demande, l'abbé de Fécamp et les trente-neuf docteurs qui parlèrent après lui, la présentèrent en vain. L'Évèque de Beauvais n'en tint aucun compte, et Jeanne fut brûlée le lendemain, sans avoir jamais ouï un seul mot de la pièce qui servit de point de départ à sa condamnation.
Pour quel motif le Prélat refusa-t-il de donner satisfaction à ses assesseurs? Pour un seul : c'est que le texte de la prétendue abjuration était faux. Si Pierre Gauchon eût consenti à ce que lecture en fut donnée à l'accusée, il eût fallu que les choses se fissent juridiquement. La pièce aurait été lue en présence d'un certain nombre de docteurs, de l'Évêque lui-même, supposé qu'il eût cru devoir paraître, et l'un des notaires assermentés eût dressé le procès-verbal authentique des déclarations et des protestations de la Pucelle. Quelle n'eût pas été, en effet, la stupeur de la malheureuse jeune fille, en entendant cette lecture! Avec quelle indignation elle eût dénoncé la fausseté des aveux qu'on lui attribuait! et si Gauchon eût persisté à soutenir l'identité de ce formulaire avec celui que maître Erard lui avait présenté, dans quels sentiments de mépris et de révolte elle en eût appelé au témoignage de Erard lui-même, à ceux de Jean Massieu, des notaires du tribunal, G. Manchon, N. Taquel, G. Golles, et ces témoignages eussent été écrasants.
Devant cette révélation de l'iniquité de l'Évêque de
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Beauvais, le scandale éclatait, épouvantable en lui-même, incalculable dans ses conséquences. L'édifice du Procès, si laborieusement, si artificieusement échafaudé, s'écroulait sans retour. Un nouveau Procès devenait inévitable, et le premier soin de l'autorité ecclésiastique eût été de l'arracher à la direction du juge qui venait d'être convaincu publiquement de forfaiture.
Ces choses étaient trop graves pour être négligées, et P. Gauchon était trop habile, trop intéressé dans la cause, pour ne pas les prévoir et ne pas se précautionner en conséquence. Voilà pourquoi il se garda bien de déférer à la requête de l'abbé de P'écamp et des trente-neuf assesseurs qui se joignirent audit abbé. Jeanne ne connut jamais le texte d'abjuration qu'elle passa pour avoir prononcé. Elle fut brûlée vive, afin que l'iniquité de son juge ne fût pas démasquée.
lY.
Comment s'est opérée la substitution de la cédule fausse à la cédule authentique.
En préparant le drame du cimetière Saint-Ouen, l'Évêque de Beauvais avait envisagé toutes les hypothèses et pris les mesures qu'elles commandaient. Parmi ces hypothèses se présentait en première ligne celle de l'impossibilité qu'il y avait à obtenir une abjuration telle que la voulait Pierre Gauchon, c'est-à-dire une abjuration dans laquelle l'accusée se reconnaîtrait coupable de tous les crimes que ses ennemis lui imputaient, se couvrant