‹ Histoire compléte de Jeanne d'ArcChapitre 29 sur 41 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L ABJURATION DE LA PUCELLE AU POINT DE VUE MORAL PATRIOTISME ET SAINTETÉ.

La sainteté, selon l'Évangile, ne consiste pas seulement à éviter le mal ; elle inspire aux âmes qui en sont éprises un ardent amour du bien sous toutes ses formes, et, lorsque l'occasion s'en présente, le courage, l'énergie de le pratiquer. Cet amour ardent du bien, qui se résume en l'amour de Dieu et de sa volonté, l'énergie, le courage de le pratiquer, nous les retrouvons chez la sainte qu'a été Jeanne d'Arc, jusqu'en ce drame lugubre de Saint-Ouen. Jamais, en aucune autre circonstance de sa vie. la jeune vierge ne s'est montrée plus admirable de patriotisme, de prudence, de force morale et de foi. Mais, pour en juger sainement, il est indispensable de rappeler en quel cadre éclatent ces hautes vertus, et sur quel fond noir de tableau elles se détachent, resplendissant d'une lumière qui n'a rien de terrestre.

Guet-apens Judiciaire.

Il faut rendre cette justice aux juges de Rouen que, dans la préparation de l'abjuration de la Pucelle, ils

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n'avaient négligé aucun des moyens propres à jeter le trouble et la confusion dans ses. idées, à déconcerter sa raison si droite, si clairvoyante, à multiplier ses perplexités, à déprimer son énergie, affaiblir et paralyser sa volonté, à la réduire enfin à un état qui la livrât à ses ennemis impuissante et comme garrottée moralement, et leur permît d'assouvir leur haine. Violence, menaces, coaction, mensonge, fraude, terreur, ils mirent tout en œuvre pour arriver à leurs fins. Complot ourdi de longue main, conduit avec habileté, exécuté avec audace et sans scrupules d'aucune sorte, coup de surprise, véritable guet-apens judiciaire, l'abjuration a été tout cela.

Et comme on sut choisir l'occasion favorable ! Depuis une année, Jeanne subissait une captivité qui devenait chaque jour plus dure : à peine relevait-elle d'une maladie, suivie de rechute, qui avait failli l'emporter. Au moral, la solitude à laquelle on l'avait condamnée, l'absence de tout visage ami, les mauvais traitements, les attentats à son honneur qu'elle avait essuyés de la part des Anglais ses gardiens, les outrages auxquels elle se voyait exposée sans cesse avaient produit chez elle un de ces affaissements qui mettent les natures les plus énergiques hors d'état de résister aux secousses les plus légères.

C'est le moment choisi par les juges qui veulent sa perte.

Et quelle habileté dans la mise en scène qui prépare le dénouement! C'est au milieu d'un cimetière qu'on fait comparaître la malheureuse jeune fille: autour d'elle, se pressent les flots d'une foule hostile, ameutée, accourue pour la voir brûler vivante ; devant elle, sur une estrade

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