L ABJURATION ET LES DEUX SENTENCES
façon la plus solennelle, la honte, l'indignité, l'infamie de la Libératrice d'Orléans, de la victorieuse de Patay, de l'héroïne de Reims.
La Pucelle n'a pu être frappée qu'une fois d'une condamnation capitale. Par deux fois, elle a été clouée au plus ignominieux des piloris ; par deux fois, du haut de son tribunal, l'Évêque de Beauvais, dans la sentence du Procès de chute et dans la sentence du Procès de rechute, a dénoncé aux princes et aux peuples, aux chefs de l'Église et aux fidèles ^ les horribles crimes d'hérésie, de schisme, de sorcellerie, d'invocation des démons, perpétrés par la jeune fille qui avait commis surtout celui d'aimer jusqu'à la mort, jusqu'au martyre, son souverain légitime et son pays.
Le point de départ, la raison d'être de ces deux sentences infamantes ne sont autres que la déloyale, la fausse, Vinique abjur^ation du cimetière Saint- Ouen. Inique, fausse^ déloyale, cette abjuration, du côté des juges, a été tout cela : le lecteur ne peut avoir oublié de quels procédés inavouables, de quels moyens criminels ils ont usé pour l'obtenir.
En revanch , du côté de la victime, le drame du cimetière Saint-Ouen, avec ses incidents douloureux, en ajoutant un nouveau fleuron à sa couronne d'héroïne et de sainte, la rend elle-même infiniment touchante.
Au point de vue humain, les héros, qui n'ont rien de
, 1. Voir les lettres adressées par le roi d'Angleterre, après le supplice de la Pucelle, aux princes chrétiens, aux prélats et seigneurs de France, et aux cardinaux. {Procès, t, I, pp. 485-493.)
Dans ces lettres, le monarque anglais s'étend complaisamment sur les deux sentences, ainsi que sur ce les cas, crimes détestables et erreurs qui les motivèrent ». (Op. cit., p. 492.)
142 l'abjuration de Jeanne d'arc.
commun avec les faiblesse de l'humanité, nous déconcertent ; ils ont l'air d'appartenir à une autre race que la nôtre, et l'admiration se refroidit en conséquence. Chez Jeanne d'Arc, sans éclipser l'héroïne, l'abjuration montre bien à découvert la femme, la jeune fille, la vierge, avec leurs appréhensions, leurs terreurs, leurs défaillances ; l'on ne peut douter alors que cette Fille de Dieu ne soit elle aussi de notre chair et de notre sang, une véritable fille des hommes. Plus elle est malheureuse, plus elle nous émeut; plus noblement, plus saintement elle souffre, plus on l'admire. Seulement, les larmes jaillissent; en jaillissant, elles font de cette admiration un sentiment plus qu'humain, un sentiment pour ainsi dire sacré.
Conclusion.
Au lecteur maintenant de formuler la réponse définitive à donner à cette question, sujet de notre Étude :
L'abjuration de la jeune Lorraine, telle que l'histoire la fait connaître, est-elle de nature à ternir sa mémoire? Apparaît-il, dans les circonstances qui la caractérisent, quelque chose qui charge sa conscience, ou flétrisse son honneur? N'ajoute-t-elle pas plutôt à sa gloire?
Étant donnés les faits établis de façon irréfutable dans les pages qui précèdent, à savoir :
10 Que l'abjuration de la Pucelle a été, de la part de ses juges, un coup prémédité de surprise et de violence ;