‹ Histoire compléte de Jeanne d'ArcChapitre 37 sur 41 · DES MOTIFS QUI DÉTERMINÈRENT JEANNE A ABJURER · texte numérisé non relu

DES MOTIFS QUI DÉTERMINÈRENT JEANNE A ABJURER

(Pages 123 et suiv.)

Quel fut le motif déterminant de l'abjuration consentie par la Pucelle? Les témoins rouennais sont loin d'être d'accord. D'après Guillaume Colles, ce serait la crainte du supplice; d'après l'Évêque de Noyon, ce furent les prières des assistants. {Procès, t. III, pp. 55, 164.) D'après le Docteur Delachambre, ce serait la promesse qu'avait faite Erard à Jeanne de la rendre à la liberté. {Ibid., p. 52.)

Nous n'élevons aucun doute sur la sincérité de maître Delachambre. Nous émettrons seulement une observation sur l'influence décisive qu'il attribue à la promesse dont il parle. Vraisemblablement, l'abjuration suivit de près ladite promesse, qui aurait été le dernier moyen tenté par le prédicateur pour triompher des résistances de la Pucelle, et qui aurait eu pour but également de réparer la maladresse qu'Erard avait commise en cherchant à la terroriser. Mais cette promesse futelle le motif déterminant de l'abjuration de l'accusée? Quoi qu'avance maître Delachambre, nous sommes persuadé du contraire. C'était son opinion à lui, voilà tout.

La vérité est qu'aucun des motifs indiqués ne fut décisif àlui seul. Tous concoururent pour une part à préparer la résolution de la jeune Lorraine. Mais elle ne se décida, elle ne prononça le oui définitif qu'après avoir arrêté en son âme et proclamé au

158 l'abjuration de jeanne d"arc.

dehors que ce qu'elle faisait '( elle ne le faisait que pourvu que cela plût à Dieu ». C'est là le poids qui fit pencher le plateau de la balance.

NOTE Y m.

INTELLIGENCE ET LIBERTÉ MORALE DE LA PUGELLË DANS I,A DÉCLARATION : « POURVU QUE CELA PLÛT A DIEU » !

(Page 137.)

Ce membre de phrase, si court, dissipe bien des difficultés, éclaire bien des points obscurs, sans compter la lumière qu'il projette sur la moralité de l'acte personnel de Jeanne. Il nous permet de comprendre le cri qui, chez elle, échappe à la nature terrifiée : « Plutôt signer que d'être brûlée! » lorsque Erard lui dit qu'il lui faut choisir entre l'abjuration et le bûcher. Il explique également le propos rapporté par le chevalier Aimond de Macy : « Pour se soustraire au péril, elle dit qu'elle ferait volontiers tout ce que ses juges voudraient. » {Procès, t. III, p. 121.) N'apercevant rien de répréhensible dans la cédule qu'Erard venait de lui lire, quant à la partie qu'elle en pouvait comprendre, n'ayant à prendre ses précautions que pour la partie qu'elle ne comprenait pas, Jeanne les prend aussi complètement que possible en arrêtant en son âme la résolution ferme de n'accepter ce qu'on lui demande que « pourvu que cela plût à Bieu ». En sorte que si, en ce même moment, on lui eût assuré qu'elle allait ofï'enser Dieu, même légèrement, elle se fût refusée à abjurer et eût dit en son cœur : « Tout, même mourir, même être brûlée vive, plutôt que de commettre une offense de Dieu î »

. Cîette même déclaration de la Pucelle résout aussi la question de savoir jusqu'à quel point la pression exercée sur elle par P^rard, Loiseleur et Midi, les menaces, les violences dont elle fat l'objet, la terreur qu'on lui inspira purent obscurcir son intelligence, entraver, paral3'ser sa liberté. Quoi qu'il en soit de l'ignorance dans laquelle Jeanne demeura au sujet de la nature de l'abjuration en général et d'une partie du contenu de la cédule proposée, elle paraît s'être rendu compte suffisam-

ment du pôril moral que cette ignorance lui faisait courir et avoir compris par quel moyen elle pourrait y écliapper. De là la résex've stipulée : « proviso quod placeret Deo ». Dans ces conditions, l'on doit convenir pareillement que la liberté de sa détermination fut en rapport avec la vision de son intelligence. D'où cette conséquence que, si les moyens mis en œuvre par ses ennemis pour annihiler sa résistance morale furent de nature à vicier canoniquement et en droit la portée de son abjuration, dans le domaine de la conscience pourtant et devant Dieu, Jeanne conserva assez d'intelligence et de liberté morale pour que sa détermination devint méritoire et constituât un acte de haute vertu.

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