‹ Histoire compléte de Jeanne d'ArcChapitre 8 sur 41 · GOMMENT SE POSE LE PROBLÈME · texte numérisé non relu

GOMMENT SE POSE LE PROBLÈME

les considérants de la réhabilitation ne disent rien; ceux-ci, par exemple :

Le formulaire d'abjuration inséré au Procès officiel est-il bien celui que Jeanne a prononcé et signé ?

Si elle a signé un formulaire absolument différent , quelle en était la teneur?

Est-il vrai que Jeanne, soit en ce formulaire, soit avant de le prononcer, soit après, ait renié ses révélations?

Dans quelles conditions d'intelligence et de liberté l'accusée se trouvait-elle au moment où elle se décida à abjurer, et peut-on dire en toute vérité qu'elle n'a été, à aucun degré, coupable d'une faute théologique devant Dieu?

Tant que ces questions demeurent en suspens, on ne^ saurait invoquer que des présomptions en faveur de Jeanne. S'il ne s'agissait que d'une héroïne selon le monde, on pourrait s'en contenter et ne pas pousser plus loin les recherches. Mais il s'agit d'une sainte, et c'est le cas de s'enquérir des faits qui mettront l'historien à même de porter un jugement ferme, à propos de l'abjuration de Saint-Ouen, sur la moralité de cet acte, en tant qu'acte personnel de la Pucelle.

Si donc il y a cause jugée au for extérieur, en ce qui concerne l'invalidité canonique de l'abjuration de Saint- Ouen ; si, par suite de ce jugement, Jeanne est reconnue et proclamée indemne des mesures qu'une abjuration valide eût provoquée à son égard et à l'égard des siens ; il n'y a pas cause jugée au for intérieur, c'est-à-dire en ce qui concerne sa responsabilité personnelle et morale, parce que les délégués du Saint-Siège n'avaient pas à

10 l'abjuration de JEANNE d'aRC.

s'en occuper. Bien qu'inattaquable en droit, leur sentence de réhabilitation n'empêcherait pas que, en fait, l'abjuration susdite, produite dans les termes où, d'après Pierre Gauchon, elle se serait produite, ne constituât un parjure, avec circonstance aggravante, à la charge de l'accusée.

La vraie solution. — Com7nent on y arrive*

Donc, même après la réhabilitation solennelle de la martyre de Rouen, le problème historique de son abjuration au cimetière Saint-Ouen demeure à peu près tout entier. Si nous parvenons à le résoudre dans le sens qui nous parait être le véritable, il sera établi que Jeanne, en ce drame douloureux, n'a eu rien à se reprocher, d'une part; et que, d'autre part, elle s'y est montrée plus admirable que jamais de force morale, de prudence, de patriotisme et de foi. Nous n'arriverons pas à ce résultat par voie de présomption et d'hypothèse; nous y arriverons par la voie des textes, des faits et du raisonnement.

Sur notre route se rencontreront plusieurs questions, sans l'examen desquelles nous ne pourrions atteindre le but final. Voici ces questions, dans l'ordre suivant lequel elles se présentent :

Quelle place revient à l'abjuration de la Pucelle dans le plan général de l'Évêque de Beauvais?

Quels furent les incidents caractéristiques de la scène historique de l'abjuration?

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