GOMMENT SE POSE LE PHOBLÈME
Le formulaire d'abjuration inséré dans l'instrument ofliciel du Procès est-il bien celui que la Pucelle prononça et signa?
Si ce formulaire est faux, qu'est-il advenu du formulaire authentique et que peut-on savoir de sa teneur?
La Pucelle a-t-elle jamais, ainsi que le prétend l'Évêque de Beau vais à propos de l'abjuration, renié ses révélations ?
Les juges de Jeanne ont-ils observé fidèlement, en son abjuration, les règles canoniques et les prescriptions du Droit naturel et du Droit divin?
Que penser de l'acte de Jeanne au point de vue théologique et moral? Doit-on la condamner ou l'admirer?
Enfin, quel parti les juges de la Pucelle ont-ils tiré de son abjuration pour la couvrir d'opprobre et la perdre d'honneur dans l'Europe chrétienne tout entière?
C'est à élucider ces divers points qu'est consacrée l'Étude critique qu'on va lire^
Que faut-il entendre par abjuration en cause de foi ?
Dans les pages de la présente Étude, le mot « abjuration » reviendra bien souvent. Cependant, le fait historique à propos duquel nous nous efforcerons de faire la
1, Afin de rendre plus aisées la vérification des textes invoqués et l'appréciation des inductions auxquelles ils serviront de base, nous mettrons habituellement, à la suite de la traduction française, Toriginal latin, avec les références voulues, dans le corps même de la Dissertation, au lieu de le renvoyer au bas des pages.
12 l'abjuration DE JEANNE D'ARC.
lumière et qui est ainsi nommé, n'est pas une abjuration quelconque : c'est une abjuration très spéciale, d'ordre religieux sans doute, mais aussi d'ordre canonique et judiciaire, dont la nature et les conditions sont déterminées par les lois de l'Église, l'abjuration dite en cause de foi. Il importe donc, pour prévenir toute méprise et dissiper toute équivoque, toute obscurité, de montrer en quelles acceptions diverses le mot abjuration peut être pris, et en quel sens précis il convient d'entendre le fait spécial d'abjuration rapporté dans l'histoire de la Pucelle.
Le mot ahjuimtion se prend en plusieurs acceptions différentes, les unes larges et générales, les autres strictes et spéciales.
Prise en son acception générale, on entend par abjuration toute rétractation, toute révocation, toute renonciation visant des idées, des personnes, des choses qu'on abandonne, quels que soient l'ordre et le milieu auquel ces idées, ces personnes, ces choses se rattachent.
Prise dans une acception un peu plus restreinte, on entend par abjuration une rétractation, une révocation, une renonciation visant des idées, des croyances, des pratiques d'ordre politique, religieux, intellectuel et moral.
Ainsi entendu, le mot abjuration est encore susceptible de trois sens différents.
Il y a l'abjuration appliquée à tout ordre de choses, intellectuel, religieux ou moral, quel qu'il soit : ainsi, l'on dira d'un musulman, qui aura quitté sa religion pour embrasser le bouddhisme, qu'il a abjuré la foi de ses pères.
Il y a ensuite l'abjuration appliquée aux idées et aux croyances chrétiennes, et ici se rencontre l'abjuration en matière d'hérésie ou de pratiques suspectes d'hérésie.