‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 111 sur 306 · Mathieu Thomassin · texte numérisé non relu

Mathieu Thomassin

2. E. RicHER, Histoire de la Piicelle d'Orléans, fol. i3, ro. Manuscrit cité plus haut.

•22() LA JEIJXKSSK DE .(EAN.NT^ I) AHC.

hroiit le 8 inai et le 29 se[)letiil)re nous iippicniiciil ce qu'est saint Michel pour rEçjlise. La fondalion d'un sancluaire en Nornuindie, sur le mont Tombe ', qui devint le Mont-Sainl-Michel au Péi'il-de-la-Mer, par le Bienheureux Auherl ou Albert (709), douzième évêque d'Avranches, le monaslèie (pii y fui établi, la basilicpie superbe (|ue l'on y construisil, les privilèges (]ue les rois de France accordèrenl aux relii^ieux (pii en avaient la i^arde, les villes, hameaux, abbayes, couvents, églises, confréries qui dans le royaume se firent uu lionneur de j)orler le nom du Prince des Au^es el de lui rendre uu culte solennel, l'ordre de la chevaleiie qui vénérait en saint Michel l'ange des batailles et « le [)remier chevalier' », enfin les téuioignag"es de confiance l'eligieuse, de piété et de reconnaissance que iu:)s rois eux-mêmes ne cessaient de lui offrir, disent ce (jue le glorieux Archang-e était pour la France-'.

A la fin du quatorzième et au commencement du (juinzièmc siècle, les pèlerinages au sancluaire du Mont- Tombe dépassent ce (pi'on pourrait imaginera Du i**'' août i',W)H au 25 juillet i3()(),tlaus le cours de moins d'uiui année, seize mille six cent (|uatre-viug-t-dix pèle-

I. (l'csl II- iKnii (jue les anciennes chronii|ues lui donnaient : jMnns 7'(i/n/ur {'Scnsivn |)ia). Tonihc sig-nific i-rx'hrr. l'rèsde ce Mont, (|ui mesiire en iianteur une centaine de mètres, se trouve un rocher moins élevé ([u'o-i nommait pour cette raison Tombelaine, Mona Tombdiniis, c'est-à-dire Petite Tombe ou Petit rocher.

•x. Expression de Louis XI dans les Statuts de l'Ordre de Saint- MicheL

3. Voir, sur ce sujet : Histoire rjénérale du Mont-Saint-Michel an Péril-de-la-Mer, par Dom Jean Huynf.s, 2 vol. in-S", Ilouen, 1872; — SiMKON Luge, Chronique du Mont-Suiiit-Michel , 2 vol. in-S", Paris, 1879, et les ouvrages cites plus bas.

/). SiMKON Luge, Jeanne dWrc à Doinrei»;/, p|i. 8/1-9G.

OHAP. IV. .lEANNK ET SES VOIX. t^ 2 I

riiis du Moiit-Saiiil-Miciiel furent assistés à l'Iiùpital de la confrérie de Saint-Jacques de Paris.

En l'an i^qH, des enfants de onze à cjuinze ans se rassemblèrent en foule à IMonlpellier e( en plusieurs autres villes, el, à travers toute la France, se rendirent en pèlerinai^e au Mont-Sain t-Miciiel.

Le vendredi 2 mars i4o8, (^liailes VI faisait remettre une somme de 72 sols aux « galo[)ins » de sa cuisine jiour les aider à accomplir ce pèlerinage. En l'honneur de IWrclianye, il avait donné le nom de Miclielle à une de ses filles, la future épouse de l^liili[){)e le lion, duc de Bouryoi'ue. Pour proclamer sa confiance en la protection que le Prince de la milice céleste avait de tout temps étendue sur le royaume et ses souverains, il faisait figurer son ima^^e sur ses étendai'ds en 1/109 et i/|2i '.

Ce n'était pas la première fois (pie le drapeau de la France portait cette image tutélaire : Cliarlemagne, l'empereur « à la barbe ilorie », avait voulu, lui aussi, (pi 'elle ornât el protégeât ses étendards". Charles \'I1 suivit l'exemple du grand empereur el de son père. Lorsqu'il fit, en 1437, son entrée solennelle dans sa bonne ville de Pai'is recouvrée, rétendaid de soie rouge que son écuyer portait devant lui a\ail au milieu l'image de saint Michel, enlouri'e d'un semé d'étoiles d'or. En honorant de la sorte le glorieux Archang-e, Charles VII ne faisait (pi'ajouter un nouveau témoignag^e de grati-

I. \^ Paui. Féval, Les merveilles da Mont-Sainl-Michel , p. 43. I11-18, l'ju-is, i88/|. — Histoire du Mont-Saint-Michel, par les RI\. PP. du Mont, pp. /i8-49. In-i8, chez les RR. PP., 1876. C'est à cette occasion (pie sain! Michel aurait été proclamé le palron de la l'^rance, Pntronus et jjrinceps iinperii Galliaram. Ib/d., p. /JQ- On croit que Charleniagne serait allé, dans nn voyage en Neuslrie, au Mont-Tombe « faire son oraison ». Ibid., p. 48.

•ll'l LA JEUNESSE DE JEANNE D ARC.

tilde à ceux cju'il lui avait déjà offerts, car c'est à sa protection spéciale qu'il reconnaissait avoir été redevable de son salut dans l'accident de La Rochelle en 1422. Pour remercier saint Michel de ce bienfait, il voulut qu'une messe solennelle se célébrât annuellement dans son sanctuaire au Péril-de-la-Mer, et une fondation en assura la perpétuité. Sa jeune épouse, Marie d'Anjou, ne se tint pas quitte envers l'Archange : dans un pèlerinage qu'elle fit plus tard au Mont, elle promettait au nom de son époux l'établissement d'un ordie de chevalerie qui porterait le nom de leur céleste protecteur : Louis XI, son fils, acquitta la promesse de la reine, et l'ordre célèbre de Saint-Michel fut créé '.

Outre ces litres du glorieux Archange, que Jeanne d'Arc appréciait à sa valeur, comme tous les bons catholiques et féaux sujets du royaume, il y en avait qui l'intéressaient d'une façon particulière. Saint Michel était le patron du Barrois, pays auquel géographiquement se rattachait Domremy; il l'était aussi de bon nombre de localités dans ce duché et dans la vallée de la Meuse. Là où s'éleva la ville de Saint-Mihiel avait été fondée une abbaye dédiée à l'Archange: la ville en prit le nom; Saint-Mihiel n'est que la forme meusienne du nom de Saint-Michel. Dans la petite localité de Moncel, sur la rive droite de la Meuse, à 3 kilomètres un peu en arrière de Domremy, il y avait un sanctuaire dédié à saint Michel, où l'on venait en pèlerinage de tous les .points de la contrée. Jeannette, qui mettait une de ses joies les plus douces à visiter les lieux de dévotion du voisinage,

r. SiMÉON I^ucE, Jeanne d'Arc à D'unreini/, /or. vil.; — I^;nil l'ÉvAL, op. cit., |)j). 298, 3oi-3o/).

CIÎAP. IV. JEANNE ET SES VOIX. 2'iô

n'aynnt qu'à passer la rivière pour venir prier en celui-là, devait être des plus (idèles à s'y rendre. Si, comme le pense Siméon Luce, et d'ailleurs c'est assez vraisemblable, la nouvelle de l'écliec que subirent les Anglais en ik'2-k- 14^5, au pied du Mont-Saint-Michel dont ils avaient résolu de s'emparer à tout prix, arriva jusque dans la vallée de la Meuse, à coup sûr la fille de Jacques d'Arc fut une des plus heureuses de l'apprendre, et elle ne manqua pas de remercier avec effusion le glorieux Archange de ce succès'.

Le terrain se trouvait donc préparé pour la mission que saint Michel allait avoir à remplir, soit à l'égard de Jeanne, soit à l'égard de la France. A l'égard de la France qui est demeurée toujours fidèle à son culte, de la France dont le vainqueur de Lucifer est le protecteur spécial, il s'agit de la sauver et de l'arracher aux Anglais qui veulent en faire leur proie. A l'égard de Jeanne, l'instrument providentiel de ce salut, il s'agit de la former pour l'œuvre qu'elle doit accomplir. Or, ce rôle ne pouvait être celui des Saintes à la sollicitude descpielles la Pucelle allait être confiée. Il est réservé à saint Michel,

I. SiMKON LuciL, Jeanne d'Arc à Domremy, pp. 97-107, 83-84- — Nous parlerons plus loin (au chapitre intitulé : Le Roi et le Royaume) des sièo-es que le Mont-Saint-Michel eut à soutenir de la part des Ani^-lais. Ce fut la seule place de Normandie dont ils ne purent s'emparer. L'évè^iue d'Avranches, Jean Bochard, auteur d'un des Mémoires présentés au Procès de réhabilitation, dit qu'on l'attribuait à la protection toute-puissante de rArchans;-e. (P. Lanéry d'Auc, Mémoires et Consultations en faveur de Jeanne d'Arc; Opinio D. Joannis Ahrincensis Episcopi, p. 273. In-S», Paris, 1889.)

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l'ange des combats; c'est lui fjiii mettra au cœur de la vierg-e Lorraine la vaillance, l'ardeur, la ténacité auxquelles seront dus ses triomphes.

Sainte Catherine et sainte Marguerite auront à exercer sur Jeanne une influence d'autre sorte. Martyres de la foi et vierges toutes deux, elles lui feroin entendre d'abord le prix de ce trésor de la virginité et delà pureté que le christianisme avait fait connaître au monde; puis elles ouvriront son âme à l'intellig-ence des nobles et grandes choses, elles l'initieront à la science du sacrifice, elles lui en révéleront la beauté; et si Jeanne captive, Jeanne condamnée indignement, envisagea sans désespoir la perspective cruelle des flammes du bûcher, c'est qu'elle avait appris de ses Saintes que, s'il est glorieux de mourir pour son pays, il est encore plus glorieux, plus beau de mourir tout ensendjle pour son pays et pour Dieu.

Aussi bien , de même que l'archange saint Michel^ sainte Catherine et sainte Marguerite étaient, dans tout le royaume, l'objet d'une dévotion exceptionnelle. Princesses et filles du peuple tenaient à honneur de porter leurs noms'. Il en était surtout ainsi dans le nord-est de la France et dans la vallée de la Meuse. La sœur de Jeanne, qui moiu-ut avant son départ pour Chinon, avait nom Catherine. C'est pourquoi, au moment de quitter sa famille, Jeanne pria sa tante maternelle, Aveline, qui était enceinte, de donner ce nom de Catherine à son enfant,

i. Voir dans l'ouvraye Les Compagnons de Jeanne d'Arc, par Henri Chai'oys, in-8o, Paris, 1897, le chapitre quatrième, pp. 102-11O; il contient des détails intéressants sur le culte des saintes Catheriue et Mar«çuerite en France au quinzième siècle; sur les princesses de la maison de France et de la maison de Bourg-og'ne qui portaient les noms de (;atherIne,Michelle et Mar£?uerite, surtout de Marcuerite.

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