SURNATUREL EN CE VINGTIEME SIECLE
Ici, MOUS en convenons, surtout avec les visions et les Voix, on se trouve en présence d'un ordre de choses qui ne se rencontre pas toujours chez les personnages à qui les historiens ont affaire.
Doit-on s'en désintéresser et passer outre ?
Non, à moins qu'on n'admette comme un droit légitime la prétention de sacrifier les faits au parti pris.
Dans la vie de la Pucelle, cet ordre de choses inattendu est si étroitement lié à ses dits et faits, il exerce une influence si déterminante sur ses résolutions, ses démarches et ses gestes, qu'il faut en noter l'influence, en décrire les particularités, en rechercher la i-aison d'être, sous peine ou hien de méconnaître ou hien de fausser la vraie physionomie de l'héroïne.
Le prohlème que soulève celte présence constante de l'extraordinaire dans la vie de la jeune vierge, à partir de sa treizième année, n'est pas insoluhle pour les esprits qui réfléchissent ; ce n'est pas la première fois qu'une vision semhlable se dresse devant eux.
Un mot leur permet de résoudre ce problème : l'intervention spéciale, la volonté libre et supérieure du Créateur de toutes choses.
A ce point de vue, la vie de la Pucelle est, selon
rcxprcssion d'Etieiiiic Pasquiei', « un vrai miracle, un vrai mystère de Dieu ' » .
Sans doute, la manière dont l'Esprit divin agit sur Jeanne d'Arc a de quoi étonner.
Mais la variété dans l'unité, l'harmonie dans la diversité ne sont-elles pas le caractère des œuvres divines ? Le lecteur qui a parcouru les vies de saint Bernard, de saint Vincent Ferrier, de saint Bernardin de Sienne, de sainte Brigitte, de sainte Colette de Gorbie, de sainte Thérèse et de bien d'autres, reconnaîtra dans les phénomènes extraordinaires de la vie de la Pucelle, dans ses visions, ses apparitions, ses rapports avec son céleste conseil, l'application dune des grandes lois providentielles dont chacun, à tous les moments de l'histoire, peut saisir la manifestation^^.
Ainsi que l'écrivait Guido Gœi-res, en cette histoire si brève, si rapide, les miracles éclatent, a comme les étoiles scintillent au ciel calme de la nuit"^ ».
Le mot (( miracle » elTarouchera peut-être quelques esprits : ils préféreront celui de « merveilleux » .
Qu'ils choisissent en toute liberté, le mot ne fait rien à la chose. Ge qu'ils ne sauraient nier, c'est que ces choses-là dépassent manifestement les limites dans lesquelles restent enfermés les phénomènes de notre vie de chaque jour.
Après tout, pourquoi s'étonner de la présence du