I. H. Wallon, Jeanne d'Arc, t. I, pp
CHAP. V. l'appel d'en HAUT. 24 1
c'est plutôt celle-ci qui a donné naissance à celle-là. Humainement parlant, les vocations sont déterminées par le milieu dans lequel on a vécu, par les traditions familiales, par les goûts et les aptitudes propres aux individus. Oui s'aventurerait à dire que le milieu villageois, les occupations champêtres et autres travaux dans lesquels Jeanne a passé son adolescence, que l'infirmité de son sexe l'ont poussée vers celte vie g-uerrière à laquelle on la voit ne se résoudre qu'avec peine et se résigner? « Guerroyer, chevaucher à la façon des hommes d'armes, je ne sais pas, dit-elle, ce n'est pas mon état : j'aimerais mieux filer à c(jté de nui pauvi-e mère. Si je le fais, c'est que Dieu, mon Seigneur, l'a ainsi ordonne '. »
Encore moins pourrait-on prêter une influence efficace en ce sens à ses parents, amis et compagnon» de jeunesse. Ce n'est pas son père qui l'eût poussée en cette voie, ni aucun des personnages avec qui les documents la montrent en rapport. Ce que l'on peut dire, et ce qui est la conduite habituelle de la Providence, c'est que l'appel de Dieu a fait naître chez la Pucelle, à côté de la vocation surnaturelle, une vocation naturelle de circonstance. L'ardente foi chrétienne de la jeune fille, son patriotisme non moins g-énéreux auront raison des résistances de la nature, elles donneront des ailes à ses désirs, et la jeune vierge mettra au service de son pays les riches facultés, cœur, imag-ination, volonté, intelligence, dont le Créateur n'a pas oublié de la doter.