‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 122 sur 306 · I. Procès, l. I, 53; t. II · texte numérisé non relu

I. Procès, l. I, 53; t. II

Autre question qui a bien son importance. Que sied-il de penser de la conviction profonde avec laquelle Jeanne parle de ses visions et de ses Voix? Jamais elle n'émet l'ombre d'un doute sur leur réalité et leur objectivité. Au contraire, elle ne trouve pas d'expression assez forte pour rendre ce qu'elle éprouve. L'archange saint Michel, les anges qui l'accompagnaient, les saintes Catherine et Marguerite, elle affirme les avoir vus de ses yeux, comme elle voyait siégeant sur leur tribunal les juges qui étaient devant elle.

Ces impressions, cette conviction, comment les expliquer?

Une première explication bien simple, parce qu'elle est fondée sur la loyauté, la sincérité de la jeune fille, consiste à dire qu'elle s'expi'imait de la sorte, parce qu'elle pensait et sentait de la sorte au |>lus intime de son être : elle avait conscience d'être dans la vérité.

La doctrine catholique nous donnera une seconde explication : elle nous apprendra que les révélations de la Pucelle inondaient son àme de lumière et y créaient l'évidence. « A cette lumière divine, elle distinguait deux choses : que l'objet de ses révélations était vrai, que ces révélations venaient de Dieu'. »

De toute façon. Dieu n'est-il pas le soleil des esprits?

Nous l'oublions trop dans nos temps de scepticisme

,1. lÎENuîr XIV, Opéra o/nni<i, t. III, p. ^ri'ô. — Cf. Li's Visions et les Voi,c..., élude crilicjue, chap. xxiv.

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et d'incrédalité. Le christianisme était la religion de Jeanne d'Arc et de son siècle. Or, l'un des points fondamentaux du christianisme, c'est que jamais Dieu n'a cessé d'être en rapport avec l'iiomme, le ciel avec la . terre, les « habitants du paradis » avec certaines âmes prédestinées. Il en a été ainsi dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament; il en a été ainsi dans toute l'histoire de l'Église. Quelques années avant l'apparition de la vierge de Domremy, Brigitte de Suède et Catherine de Sienne avaient été de ces âmes choisies : pourquoi Jeanne ne l'aurait-elle pas été?

L'enfant ne se disait pas cela, mais Dieu le lui fit entendre. Des messagers divins entrèrent en relation avec elle et créèrent en son àme la conviction qu'elle était choisie pour sauver son pays et l'arracher à la domination anglaise. Pour Jeanne chrétienne ardente, pour Jeanne sœur des saintes et des anges, cela suffisait.

Cela suffit aussi à l'historien qui accorde à l'Evangile et à l'histoire de l'Eglise le respect qu'ils méritent. Les secrets ressorts des Voix et visions de la Pucelle restent pour lui un mystère; dans l'ensemble., ces Voix et visions ne le sont plus : elles se présentent comme l'un des moyens dont use la Providence pour former les créatures exceptionnelles dont elle veut faire l'instrument de ses miséricordes.

Au reste, la foi que ces visions et révélations réclament des esprits (jiii h\s jugent dignes de créance est une fui purement humaine, n'ayant rien de commun avec la foi surnaturelle due aux vérités révélées de Dieu.

Ce cpii fait de cette foi humaine pour tout historien

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sans parti pris la seule solution acceptable du j)rol)lènie des Voix, c'est le langage des documents, et ce qu'il apparaît de raisonnable dans l'explication fpie la Libératrice du pays donne de son intervention.

D'une part, le langage des documents est formel et, quoiqu'il s'agisse d'une continuité de faits qui remplissent sept années, aucune obscurité, aucune équivoque, aucune lacune ne se produit qui permette d'élever le moindre doute sur cette succession de visions^ d'apparitions, et sur l'objet de ce commerce supérieur que l'héroïne a fait connaître avec les précisions les plus sig-nificatives.

D'autre part, simple et raisonnable apjxiraît l'explication de ce qu'il y a de merveilleux dans son liistoire. Il est évident que ce qui s'est passé au temps de la Bible et de l'Évangile a pu se passer au quinzième siècle. L'archang-e Gabriel a été envoyé de Dieu au prophète Daniel, au prêtre Zacharie, père de Jean-Baptiste, à la bienheureuse Vierge Marie. Pourquoi Dieu ne l'aurait-il pas envoyé, ainsi que saint Michel et les saintes Catherine et Marguerite, à la future Libératrice de son peuple préféré? Qui oserait dire que les raisons ou la puissance lui ont fait défaut?

Si l'on tient à comprendre de quelle manière des esprits incorporels ont pu se manifester à un être corps et âme, qu'on recoure aux gi-ands théologiens comme saint Thomas d'Aquiu et Suarez, aux grands penseurs tels que Pascal et Leibniz, Descartes et Bossuet, et les lumières jailliront abondantes.

El pour les esprits qui tiendraient à ne pas quitter le terrain de l'histoire pure, qu'ils veuillent bien noter, parmi les visions et révélations de l'envoyée de Dieu,

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celirs dont l'échil resplendit assez pour qu'on y dt^couvre une portée objective convaincante qu'il est aisé à tout historien de vérifier.

A quel titre, d'ailleurs, récuserait-on l'affirmalion que riiéroïne fait de sa mission divine et des phénomènes extraordinaires qui l'ont accompag-née? Serait-ce parce qu'on ne croit pas en Dieu? Oui oserait proclamer cette raison suffisante? Enîre Jeanne qui affirme ce qu'elle a expérimenté pendant plusieurs années et des incrédules qui nient pour le plaisir de nier, à qui doit-on s'en rapporter? Est-ce que ces négateurs ont vu ce qui se passait dans l'âme de la Pucelle lorsqu'elle recevait ses visiteurs célestes; et parce qu'ils prétendraient ces communications impossibles, depuis quand leur intelligence serait-elle la mesure des possibilités et des réalités?

Le seul personnage dont les déclarations fassent foi dans cette question, ce n'est ni un académicien sceptique, ni un professeur de Sorbonne athée, qui n'ont rien constaté ni expérimenté, c'est Jeanne d'Arc. Il s'agit de faits nombreux d'expérience qui lui sont propres. Elle était dans les conditions d'intelligence et de sincérité requises pour ne dire que la vérité.

Donc c'est à son témoignage, à l'exclusion de tout autre, à moins de faire la preuve du contraire, que l'historien sans parti pris, sans préjugé sectaire, doit en premier lieu s'en rapporter.

Et pour avoir le dernier mot de cette mission unique dans nos annales, pour juger s'il faut dire : « mission humaine ou mission divine » ; ce sont les faits qu'il faudra interroger, c'est à l'histoire même qu'il faudra, au bout de ce drame ou de cette épopée, demander si Jeanne la Voyante, Jeanne la Libératrice, a tenu sa parole.

si font ce fiu'ello a pn'dit. a été oxécul»', et, par suite, si véritablement elle a fourni la [)reuve quelle était « Envoyée de Dieu ».

El si telle est la seule conclusion qui puisse raisonnablement être formulée, n'est-ce pas après tout la chose la plus simple du monde que cette explication catholique des dits et g"estes d'une sainte catholique, dans un pays catholique? Qu'on réserve pour les héroïnes païennes les théories qui font litière de l'idéal et du divin*.

I. Pour les questions que le sujet des Voix de la Pucelle soulève, on les trouvera présentées avec les développements voulus dans nos deux études critiques : Les visions et les Voix, in-8o, Paris, Ch. PoussieljS^ue, igoS. — Jeanne cVArc et sa mission cVapi^ès les documents, in-i2, Paris, G. Beauchesne, 190g. Toutefois, les principales se rencontreront et nous les traiterons au cours de cette Histoire. Un chapitre spécial exposera, entre autres choses, quel élaif « l'objet et l'étendue de sa mission ».

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