‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 138 sur 306 · Procès, t. II, pp · texte numérisé non relu

Procès, t. II, pp

2. Ibid., p. 346. — ^ Jean de Novelompont (Nouillonpont , commune-aujourd'hui du département de la Meuse), terre dont il possédait la seigneurie et le titre, avait alors trente ans. Il était, non gentilhomme en rigueur de termes, mais « de condition lihre », et, dirait-on aujourd'hui, un des officiers de Baudricourt. 11 ne lut anobli que plus tard, en i449- Ces lettres d'anoblissement récompensèrent (( sa vie digne d'éloges, sa conduite honorable, les louables services rendus dans les guerres, etc. ». En i455, lors du Procès de révision, il habitait Vaucouleurs. Jeanne le qualifie de chevalier {Procès, t. I, p. 54); mais les comptes de maître Charrier, receveur général de toutes les finances (21 avril 1429), ne lui donnent que le t,itre iVesciii'er. [Ihid., t. V, p. aSy.) — V. E. de Bouteiller et G. de Bkaux, Xoiivelles i-echerc/ies..., pp. x.vv-xxvi.

aGG LA JEUNESSE DE JEANNE DARC.

a pas él(' transïiiise, mais doiil il esl ais(î de supposer le sens, Jean Je Metz s'écria :

— Faut-il donc que le roi soit chassé du royaume et que nous devenions Anglais?

La Pucelle repartit :

— Je suis venue à chambre de roi (dans un pays, dans une ville royale)' afin que Robert de Baudricourt me veuille mener ou faire mener au Dauphin. Mais il ne prend souci ni de moi ni de mes paroles. Pourtant, il faut qu'avant la mi-carême je sois devers le Dauphin, dusséje laisser mes jambes sur les chemins. Nul au monde, ni rois, ni ducs, ni fille de roi d'Ecosse' ne peuvent recouvrer le royaume de France; il n'y a secours que de moi. J'aimerais mieux néanmoins filer auprès de ma pauvre mère, car ce n'est point mon état. Mais il faut que je le fasse, parce que mon Seigneur le veut.

— Et qui est votre Seigneur?

— C'est Dieu.

Jean de Metz, touché de l'accent de con\iction que respiraient ces paroles, mit sa main dans la main de la

1. Dans la langue du quinzième siècle, l'expression Chambre de roij appliquée à une ville disait plus que ville royale ; quelque chose comme ville chère, importante aux yeux du Roi.

A Orhians, pour la fête du 8 mai, on chantait ua hymne où l'on disait :

« Noble cité, de moult g-rant renommée. Chambre de roij digne d'esire nommée, Réjouis-toi à icellc journée, Peuple vaillant et très loyal Français. »

2. On venait d'arrêter peu auparavant (3o octobre i/jaS) les fiançailles du petit Dauphin, celui (jui devait être Louis Xt. avec Marguerite, fille du roi d'Ecosse. I-^es fiancés n'avaient pas encore sept ans. Le mariage eut lieu en i436.

jeune fille, et il lui donna sa foi que, Dieu aidant, il la mènerait au roi'.

L'ami de Jean de Metz, Bertrand de Poulençj, prit le même engagement. Il était âgé de trente-six ou trentesept ans. Dès i^aB, on le voit porter le titre de « noble homme » que lui attribue le procès de réhabilitation. Son nom était celui d'une terre dont il possédait la seigneurie ^ II avait assisté à la première audience que Jeanne avait eue de Baudricourt. Frappé de son langage, de sa persévérance, de sa piété et de la pureté de ses mœurs, comme Jean de Metz il eut foi en elle et il lui fit la même promesse.

Les deux gentilshommes — c'est ainsi que la Chronique de la Pucelle et le Journal du siège d'Orléans les désignent^ — demandèrent à la Pucelle quand elle voulait partir.

— Plutôt aujourd'hui que demain, répondit Jeanne; plutôt demain qu'après.

Mais il ne suffisait pas de vouloir : il j avait encore de graves obstacles à surmonter, et le principal était l'obstination de Baudricourt à refuser à la jeune fille une escorte et des lettres de créance pour son roi.

1. Procès, f. II, p. 43G. — Tous ces détails sont tirés des dépositions de Jean de Metz et de Bertrand de Pouleng-y à l'enquête de i456.

2. Ibid., t. I, p. 54. — Jeanne lui donne seulement le titre d'écuyer, tandis qu'elle donne à Jean de Metz celui de chevalier. En quoi elle se trompait, comme nous l'avons dit plus haut : Jean de Metz n'était, lui aussi, qu'écuyer. (Stméon Luge, Jeanne d'Arc à Domremy, Preuves, no f)5. — Procès, t. IW , p. 127.)

3. Chronique de la Pucelle, p. 272 ; — Jonrnal du siège, p. 45- « Et pour la conduire, lui bailla deux gentilzhommes de Champaigne, l'ung nommé Jehan de Metz, et l'autre Bertrand de Polongy. » {Journal du siège, page citée; Procès, t. IV, p. 127.)

268 LA JEUNESSE DE JEANNE u'aRG.

Tandis (jiie Jeanne d'Arc atlendail à Vancouleurs, dans la famille Le Uiijer, le nionienl propice j)onr tenter une démarche snpiéme auprès de Robert de liaiidricourt, elle fut iid'ormée (jue le vieux duc de Lorraine avait exprimé le désir de la A^oir. Sans doute, le duc Charles avait eu connaissance des bruits qui circulaient, dans la vallée de la Meuse, sur la Pucelle de Domremy et sur la tache merveilleuse (ju'elle disait avoir à remplii'. Comme il était malade et que ses médecins auguraient peu favorablement de l'issue de la maladie, il se prit à penser que cette Pucelle, s'il était vrai (|u'elle fût visitée du ciel, pourrait obtenir sa guéiison. En consé(juence, il lui envoya un sauf-conduit '.

La perspective d'un voyage à Nancy n'etfraya pas la tille de Jacques d'Arc. Elle pensa. que le duc Charles lui octroierait peut-être les moyens d'arriver jusqu'au Dauphin qu'elle sollicitait vainement du capitaine de Vancouleurs. Sur ces entrefaites, Jean de Metz apprit l'arrivée du sauf-conduit. Il vint alors trouver Jeanne et lui demanda si elle en userait volonlieis, et si elle se propo-

I. Jeanne, à Rouen, ilit : » Le <luc de Lorroine manda, ordonnn, — maJidanil, — (ju'on la lui conduisît. » {Procès, t. I. p. 53-54.) — A Marguerite la Touroulde, elle dit que « le duc voulut la voir. — Duo;... voluitcarn videre. » [Ibid., t, III, p. 87.) Ce n'est donc pas la Pucelle qui prit l'initiative de ce voyage. Peut-être le duc Charles s'adressa-t-il à Baudricourt et le chargea-t-il de transmettre à Jeanne son désir. D'après Siméon Luce, qui semble prendre les hypothèses pour des réalités, « ce voyage de Jeanne avait été concerté entre Robert de Baudricourt et le jeune duc de Bar ». \'oir Jeanne d'Arc à Domremy, pp. 208 et suiv.

sait de g-arder les vêlements de son sexe pour faire le voyag'e. La Pucelle qui, au retour de Saint-Nicolas-de- Septfonds, avait repris ses iiabilsde femme, n'hésita pas à convenir qu'elle aimerait mieux aller à Nancy avec des habits d'homme. Jean de Metz se mit aussitôt en mesure de les lui procurer : il les emprunta à ses servants', — preuve manifeste que Jeanne, comme femme, devait être robuste et de taille avantageuse, — et il s'offrit pour l'accompag^ner.

Durand Laxart, mis au courant du dessein de sa jeune parente, ne voulut pas laisser à Jean de Metz seul la tache de la conduire et de veiller sur elle : il recourut derechef aux bons offices de Jacques Alain, et tous deux se joignirent, au départ, à l'écuyer de Baudricourt^. Jean de Metz n'alla que jusques à Toul : la compagnie de Laxart et d'Alain lui semblant une protection et une garantie suffisantes, il repiil la route de Vaucouleurs.

Jeanne poursuivit sa chevauchée^ en pays lorrain avec Jacques Alain et Laxart; ces amis dévoués restèrent avec elle tout le temps et ne la quittèrent qu'après l'avoir ramenée sauve en la maison de Henri Le Royer^.

Arrivée dans la capitale de la Lorraine, la voyageuse

1. « Tune... iesi'is (le famulis suis tradidit sibi (à Jeanne) vestes et calceamenta ad induendum. » (Procès, t. II, p. ^^y. Déposition de Jean de Metz.)

2. La part qu'eut Laxart au voyage de Nancy prouve que, toul en confiant Jeanne à la femme de Henri Le Royer, il ne quitta pas Vaucouleurs, ou qu'il y revint bientôt, peut-être plusieurs fois : chose facile, puisque Burey-!e-Petit n'était qu'à .") kilomètres de V'aucouleurs.

3. Jeanne, selon l'usao-e du temps, fit ce voyage à clieval : « Duni habiiit eqinim, Puella ivit locutum Duci (Lotharingife). » Ibid., même déposition.

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