Procès, t. II, pp
fiiL inlroduite auprès du duc Charles qui lui demanda s'il guérirait de la maladie dont il souffrait.
— Dieu le sait^ répondit Jeanne d'Arc.
Et saisissant l'occasion, avec celte liberté que prennent les apôtres et les saints, elle reprocha au prince les désordres auxquels il se livrait et le scandale qu'il donnait à son peuple. « Il se gouvernait mal : il ne guérirait pas s'il ne s'amendait, et elle l'engagea fort à reprendre sa bonne épouse'. »
Effectivement, depuis quelques années, le vieux duc délaissait sa femme, Marguerite de Bavière, à qui il n'avait à reprocher que sa piété et sa vertu, pour vivre publiquement avec une maîtresse nommée Alizon du Maj. Il s'était attaché à cette fille en i4i9» vers le temps du mariage de René d'xVnjou avec sa propre fille Isabelle, héritière présomptive du duché de Lorraine. D'une naissance honteuse, mais d'une grande beauté et de beaucoup d'esprit, Alizon du May domina bientôt le prince et obtint de lui tout ce qu'elle voulut. Elle lui donna cinq bâtards, trois garçons et deux filles; en i42g, au moment du voyage de Jeanne d'Arc à Njincy, l'aîné n'avait pas dix ans^.
La Pucelle n'eut garde d'omettre, dans son entrevue avec le duc de Lorraine, le sujet qu'elle avait tant à cœur. Elle lui fit part de son dessein d'aller en France et lui demanda sans embarras de lui donner « son fils ^ », —
1. Procès, t. III, p. 87. Déposition de Marguerite La Touroulde, veuve du trésorier René de Bouligny. — Procès, t. I, p. 54-