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GHAP. VII. — L AUDIENCE DE CIIINON. 29 1
femme ' » , que le roi Charles VII daig^nàt la recevoir".
Les circonstances de ce voyage de Vaucouleurs à Gliinon sug'g'èrent au premier historien de Jeanne d'Arc les sag'es réflexions suivantes :
« Véritablement, si les Ang-Jais eussent surpris cette fille sur les chemins habillée en homme, n'eiist-elle pas esté perdue d'honneur et de réputation? El est chose comme miraculeuse que la Pucelle et son escorte ajenl pu en telle prospérité faire tant de chemin et traverser tant de [)ays ennemi durant les guerres les plus inhumaines qui ajeiit onques esté. Car outre les places anglaises, on n'estait g-uères plus assuré des g'arnisons qui logeoient aux villes du Roy, lesquelles de leur coslé ravageoient et pilloient, chacun faisant du pis qu'il
I. Procès, t. I, pp. 50, 143. — « Applicavit ibidem hora quasi meridiana, et se liospitavit in quodam tiospjtio; — in donio unius bona? mulieris prope caslrum de Chinon. »
Bonne femme, c'est-à-dire femme de bonne renommée et de bonnes mœurs. La Chronique de lu Pucelle, p. 275, ne qualifiait pas autrement la digne épouse de maître Jean Rabateau, de Poitiers.
■i. D'après M. (1. de Cougny [Charles VII et Jeanne d'Arc à Chinon, in-8° de [\Çt pages. Tours, 1891), la maison où Jeanne reçut l'hospitalité n'était point une hôtellerie, mais une maison de bourgeois ou de nobles. Une charte du 3 mars 1429 nous apprend qu'elle avait appartenu à un nonmié Reignier de la lîarre, alors décédé. La femme respectable qui reçut la Pucelle devait être sa fille ou sa veuve. [Op. cit., pp. 34-30.)
A l'angle de la rue Haute-Saint-Maurice se trouve une maison à laquelle était adossé un puits avec sa margelle. C'est sur cette margelle que, d'après une tradition immémoriale, la Pucelle arrivant à Chinon aurait posé le pied pour descendre de cheval. [Ibid., p. 25.) Celle margelle, sous le dernier Empire, a été enlevée et remplacée par une pompe. Le carrefour où la Pucelle aurait mis pied à terre [lorte aujourd'hui le nom de Carrefonr Jeanne-d'Arc et se trouve à l'entrée de la rue ([ui monte au château, laquelle est nommée aussi rue Jeanne-d'Arc.
pouvoit, ainsi qu'il arrive aux confusions des guerres civiles durant lesquelles amis et ennemis sont de bonne prise, et les passeports ne servent sinon que l'on soit bien escorté '. »
En autorisant Jeanne d'Arc à venir à Chinon; le jeune Roi n'avait pas pris l'engagement de la recevoir. Lorsqu'il eut été informé de son arrivée, il se demanda s'il y avait lieu de lui donner audience". Naturellement indécis el défiant, l'impression produite par la lettre et les promesses de la Pucelle n'avaient pas été favorables 3. S'il se fût écouté, il ne serait pas allé plus avant. Mais chez Charles VII la prudence accompagnait la défiance. C'est pourquoi il saisit de la question les membres du Grand Conseil qui étaient près de lui.
Le Grand Conseil siégeait tantôt à Poitiers, tantôt à Bourges; mais toujours un certain nombre de conseillers accompagnait Charles dans ses déplacements. A Chinon, les conseillers présents étaient la belle-mère du roi, Yolande de Sicile; Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier du royaume; Georges de la Trémoille, le ministre en faveur; Gérard Machet, confesseur du Roi; Robert Le Maçon, seigneur de Trêves en Anjou,
1. E. RiCHER, Histoire manuscrite.'. ., fos 18, vo, el 19, ro.