Chronique delà Pucelle, p
3. « A première vue, il ne voulait pas ajouter foi à Jeanne. — Rex prima facie Johannœ notait adhibere Jidem. » Déposition de maître Barbin, avocat du roi au Parlement. Enquête de Paris, i456 : Procès, t. III, p. 82.
CHAP. VII. l'audience DE CHINON. 298
ancien chancelier de France, et Raoul de Gaiicourl, bailli d'Orléans'.
Ces g-raves personnag"es furent loin d'être d'accord sur la question qui leur était soumise. S'il en faut juger par les sentiments que Regnault de Chartres et le sire de La Trémoille montrèrent plus tarda l'égard de la jeune Lorraine, l'on peut croire qu'ils se fussent passés volontiers de sa présence et de son intervention ; mais, à coup sûr, en ce moment, ils ne la prenaient pas au sérieux; elle était, à leurs yeux, une aventurière comme tant d'autres, et on ne devait ni s'en occuper ni s'en préoccuper.
Parmi les autres conseillers, il n'y avait guère que la reine Yolande de Sicile, Gérard Machet, confesseur du roi, et Robert Le Maçon qui fussent g-ens à prendre l'initiative et à se mettre en opposition avec leurs influents et redoutés collèg^ues. Ce fut le parti auquel ils s'arrêtèrent: l'avis des deux ministres de Charles se trouva de la sorte heureusement contrebalancé dans l'esprit du jeune monarque. S'il subissait plus d'une fois à contre-cœur l'in-
I. Vallet de VmiviLLE, Charles VII, roi de France, et ses conseillers; in-80 de 63 pages. Paris, iSSg.
Pages i3-i5, l'auteur donne les noms des principaux conseillers du roi en 1429, i43o, i43i. On y remarque le duc d'Alençon, — la reine de Sicile, — Charles de Bourbon, — Regnault de Chartres, — l'amiral de Culant, — le chevalier de Gaucourt, — le seigneur de La Trémoille, — Robert Le Maçon, — Gérard Machet, — le Bâtard d'Orléans, — l'évèque d'Orléans, Jean de Saint-Michel, — maître Pierre de Versailles, — le sire d'Albret, — le sire de Graville, — Christophe d'Harcourt, — Guy de Laval, — Gilles de Retz ou de Raiz, — le comte de Vendôme, — le maréchal de Boussac, — l'évèque de Séez, messire de Rouvres, — Régnier ou René de Bouligny, trésorier du roi.
Voir Noël Valois, Elude Itisforiqiie sur le Conseil du Roi. In-4o, Paris, 1886. — Le Conseil du Roi aux r/uatorcième, quincième et seizième siècles. In-80, Paris, 1880.
flucnce des premiers, il était plein de déférence pour son confesseur, d'estime pour Roiïert Le Marou, et il avait voué une affection aussi vive que respectueuse à la reine sa belle-mère.
Nous dirons plus tard (aux deux chapitres, Le Roi et le Royaume) qui étaient La Trémoille et Regnaull de Chartres, et les obstacles dont ils semèrent la voie de la Pucelle.
Gérard Machet était confesseur de Charles VII depuis 1417, ce dernier n'étant encore que Dauphin. Né à Blois, il avait été professeur et proviseur au collège de Navarre à Paris. En i4i8, il suivit le jeune prince, lorsqu'il s'éloig'ua de son père Charles VI. En i432, il fut promu au sièg-e de Castres, où il ne résida jamais : c'est sous ce nom d'évêque de Castres qu'on le désigne, même en parlant du temps et des années où il ne l'était pas. Toutxi sa vie, il jouit d'une réputation méritée de piété et de savoir. Gérard Machet ne quitta la cour de Charles VII qu'en il\kl] il mourut peu après, en l'année i448.
Comme Gérard Machet, Robert Le Maçon était sincèrement attaché au roi son maître, et, comme ce pieux docteur, du premier coup il vit clair dans les mobiles aux-^ quels obéissait la Pucelle. Les honneurs qui semblaient lui être prodigués' n'étaient que la récompense d'une vie d'honnêteté et de travail. Originaire de Chateau-du-Loir, légiste habile, entendant à merveille la pratique des affaires, il sortit bientôt de l'obscurité à laquelle sa nais-
I. Robert Le Maçon était seigneur de Trêves en Anjou et vicomte de la Roche-Cavard. En i^oy, il était conseiller du roi de Sicile. Il ne fut chancelier de Charles Vtl que trois ans ; Martin Gouge, évéquede Clermout, le remplaça. (Vallet de Viriville, Charles VII et ses conseillers, p. G, note 7.)