‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 172 sur 306 · Procès, t. IV, p · texte numérisé non relu

Procès, t. IV, p

CHAP. Vin. LE SECRET DU ROI. 33 1

son titre d'envoyée de Dieu, a révélé an jeune roi une chose qwi n'était connue que de lui seul et de Dieu.

Ce qui n'est pas moins certain, c'(\st que celle cliose n'a pu être, en cette circonstance, l'alfirmalion pure et simple de la lég-itimité de Charles VII et de ses droits à la conronne de France.

La raison en est aussi concluante qu'ol)vie. Le secret révélé ail jeune prince était connu de lui seul et de Dieu. Or, peut-on dire que la légitimité de sa naissance et la justice de ses droits à la possession du royaume étaient connues du Dauphin, sans tomber dans la plus flag-rante des contradictions? Charles doutait. Charles éprouvait la plus cruelle des anxiétés. Donc il n'était pas certain; donc sa lég-itimité n'est pas le fait [)ersonnel que Jeanne a pu lui révéler, pour lui fournir la preuve péremptoire qu'elle lui était envoyée de par Dieu,

Elle a pu le lui révéler, elle le lui a certainement révélé, soit en cette circonstance, soit en des circonstances différentes, mais seulement après avoir posé en principe une révélation préalable, manifeste, qui a servi comme de majeure à l'affirmation dont il s'agit.

Jeanne, par exemple, a raisonné ainsi :

« Gentil Dauphin, vous reconnaissez que je dis la vérité, que je suis éclairée d'en haut, quand je vous rappelle les trois prières sorties de votre cœur en un jour d'affliction que vous ne sauriez oublier. Reconnaissez que je dis ég-alement la vérité, que je suis éclairée d'en haut, quand je vous affirme que vous êtes vray héritier du royaume et que je vous suis envoyée de par Dieu. »

C'est par un raisonnement de ce genre que la Pucelle — si elle l'a fait, et nous le croyons sans peine — a rassuré le prince sur sa naissance royale, soit à l'an-

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(lience de Cliinon, soit dans la scène que nous a\ons rapporlce. Mais il n'en demeure pas moins que sa légitimilé ne IVil certainement pas la chose « connue de lui seul et de Dieu », qu'elle pûl lui rappeler tout d'abord en ce moment. Charles VII ne savait pas à quoi s'en tenir, j)uis(pie sur ce point il était en proie au plus opiniâtre et au plus cruel des doutes. Et Jeanne, n'ayant pas donné au prince la preuve de sa mission, ne pouvait pas s'attendre à ce qu'il la crût sur parole.

Réponse à la troisième question.

En résumé, si le secret révélé au roi par la Pucelle a consisté dans l'exposé des prières mentales rapportées plus haut, l'on conçoit parfaitement que ces prières remplissent la condition spécifiée par frère Pasquerel et les personnages mentionnés; on conçoit de même que cette révélation ait précédé et fondé l'affirmation de la légitimité du Dauphin; mais surgit la question : Comment le secret en a-t-il été connu ; est-ce la Pucelle, est-ce Charles VII qui l'a fait connaître, et quels sont les chroniqueurs qui se sont portés garants de la divulgation?

Disons tout de suite que la Pucelle n'est pour rien dans cette divulgation, ({u'au roi seul elle doit être attribuée, et que trois chroni(iueurs, VAbréviateiir du procès, l'auteur du Miroir des femmes vertueuses, et Pierre Sala qui, d'après Jules Ouicherat, « peut passer pour un contemporain à l'ég'ard de Jeanne d'Arc », nous ont transmis le fait avec un accord qui laisse peu de fondement à une objection sérieuse.

Pierre Sala, fils d'un illustre parlementaire de ce nom, était panelierdu fils de Charles VIII, le Dauphin Roland,

cl fort lié avec Guillaume Goufiier, seig-neur de Boisy, ancien chambellan de Gliailes VIL Or, en i48o, le seigneur de Boisy conta à Pierre Sala « le secret ({ui avait été entre le roi et la Piicelle », et Pierre Sala le ra[)porta en i5i6 dans son ouvrage Les hardiesses des grands rois et empereurs^ recueil de traits de courage anciens et modernes.

Ge secret, le seig-neur de Boisy « hien le pouvait savoir, dit Pierre Sala, car il avait été en sa jeunesse très aimé de ce roi, à ce point qu'il ne voulut souffrir coucher aucun gentilhomme en son lit hors lui. En cette g'rande privautés le roi lui conta les paroles que la Pucelle lui avait dites.

(( Du temps de sa grande adversité, le roi Gharles VII se trouva si bas qu'il ne savait plus que faire. Étant en cette extrême pensée, il entra un matin en son oratoire, tout seul ; et là fit une humble requêlc à Notre-Seigneur, dans son cœur, sans prononcer de parole, etc. Peu de temps après, la Pucelle lui fut annoncée : laquelle ne faillit pas, et fit son message aux enseig-nes dessus dites, (jue le roi connut èlre vraies; et dès l'heure il se conseilla par elle '. »

L'auteur du Mirouer (miroir) des femmes vertueuses est demeuré inconnu. Get ouvrag-e contient une Histoire de la Pucelle (\m fut très populaire et 1res répandue sous le règ-ne de Louis XII. On y lit, entre autres, cette pag'e touchant l'audience de (Jliinon et la révélation du secret du roi :

« Quand Jehanne la Pucelle eut aperçu le roi, elle s'a[)procha de lui et lui dit : <( Noble seigneur, m'a été

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