‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 18 sur 306 · DU PHOCÈS DE CONDAMNATION · texte numérisé non relu

DU PHOCÈS DE CONDAMNATION

La première remaïque à faire au sujet du procès de condamnation, c'est qu'ayant été invalidé et cassé en 1450 par les juges chargés de le reviser, il se trouve dépouillé de toute autorité juridique "-.

1. Voir sur ce sujet notre Elude : La Société de Vflistoire de France, J. Quicherat et Jeanne d'Arc, ire partie, chapitre v, jn-Si, Paris 1908, Ch. Poussielgue ; et La Mission de Jeanne d'Arc d'après les documents, chapitre u, Les Deu.r Procès, in-12, Paris, 190g, G. Beauchesae.

2. Voir, en tète du proccs de revi.sion, Notariomni pr<rjati(), dans J. Quicheriit, t. II, pp. 74-7O.

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En ^e^lu de ce jugomenl siipi-eme , pour les 300 millions de fidèles que coiupi'cnd l'Église calholique, les juges de la Pucelle, 1 évéque de Beauvais principalement, ne sont que des juges iniques.

Au regard de l'opinion publique, quelle que soit la diversité des religions et des idées, en se plaçant uniquement au point de vue de riionnéteté naturelle, l'arrêt qui a cassé le procès de i/i^i est de ceux devant lesquels toute conscience droite n'hésitera pas à s'incliner. Il demeurera respecté tant que l'horreur de l'injustice et le prestige de l'innocence ne seront pas de vains mots dans les sociétés humaines.

Deuxième remarque à recueillir et conséquence immédiate de cette nullité juridique du procès de Rouen : une suspicion formidable plane sur le procès tout entier, non seulement au point de vue canonique, mais encore au point de vue de la critique historique et du droit naturel ; car si l'évêque de Beauvais a condamné la Pucelle contre toute justice, c'est qu'il ne s'est pas plus gêné avec les faits qu'avec les textes du droit, qu'il a faussé les uns et les autres : et aux historiens incombe la rude tâche de discerner, dans le fouillis du procès, l'ivraie du bon grain, les documents suspects des documents véi'idiqucs, les procédés ouvertement déloyaux de ceux qu'un juge même partial peut à la rigueur se permettre.

Des recherches de cette nature conduisent le critique, non seulement à concevoir une idée claire du procès, mais aussi à diviser les pièces dont il se compose en trois classes distinctes.

Dans la première classe i-entrent les pièces d'ordie purement documenlaire. Tels sont les actes qui forment le tissu de la procédure, les lettres de FUniversité de Paris, du roi d'Angleterre, de l'évêque de Beauvais, les textes des diverses pièces officielles, des admonitions et exhortatious adressées à la Pucelle, des deux sentences, etc.

Dans la deuxième classe se rangent les pièces suspectes ouvertement, par exemple les douze articles présentés à l'Université de Paris comme le résumé fidèle des aveux et réponses de l'accusée, le récit de la prétendue abjuration du cimetière de Saint-Ouen, le texte de la dite abjuration, le procès-verbal du dernier interrogatoire de la Pucelle et l'Information posthume.

Pour la troisième classe, nous réserverons les pièces dans lesquelles Jeanne, mise en scène et interrogée par le tribunal, a donné sur son enfailce, ses \oix, sa mission, sa vie entière les détails les plus surprenants, et a fait voir à l'œuvre la (( Fille au grand cœur w, la « Fille de Dieu » qu'elle était. Ces pièces sont, en général, les procès-verbaux des interrogatoires qu'on lui fit subir, au nombre de vingt-deux, mais plus spécialement les quinze interrogatoires du procès d'office et ses réponses aux soixante-dix articles de l'acte d'accusation ou Réquisitoire.

C'est dans ces pages que l'Envoyée de Dieu se peint elle-même et qu'on l'y voit pins touchante qu'en tout autre document. C'est là que grâce à sa franchise, à sa loyauté, à sa magnanimité, nous trouvons cette

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vigiicui' de trait, cet éclat do couleur auxquels aucun des contemporains n'a pu atteindre.

De nos jours, des admirateurs du tribunal de Rouen ont voulu lui faire lionneur de la publication de ces textes, comme si Pierre Gauclion n'avait mené le procès que pour justifier Jeanne et faire son apothéose. Pourquoi n'a-t-on pas ajouté que c'était lui qui l'inspirait, lui qui lui dictait ses superbes réponses? Ah ! ce n'était pas là le souci des juges vendus aux Anglais. Ce qu'ils se proposaient, ce n'était pas de faire briller la prisonnière, mais de la pousser à se compromettre et à se perdre. Pour y parvenir plus sûrement, ils n'hésitèrent pas, en revisant les procèsverbaux, de supprimer ce qui leur déplaisait, de retoucher ce qui lui était par trop favorable. Et Jeanne eut beau protester contre ces manœuvres déloyales, quoiqu'elle prît ses juges en flagrant délit de mauvaise foi.

Eh bien ! malgré les altérations dont ses interrogatoires ont été l'objet, ils n'en projettent pas moins sur elle une lumière des plus éclatantes; à tel point que si le texte, même remanié par ses ennemis, en eût été perdu, nous n'aurions de la grande Française qu'une idée beaucoup plus rapprochée de l'erreur que de la vérité. Grâce à ces documents, dans lesquels la finesse, le bon sens, une intelligence supérieure percent à chaque instant, les traits de l'héroïne se dessinent, la figure se colore, le geste s'accentue, le portrait en pied s'achève. On y voit à rctmvre Ihéroïne, la sainte qu'était Jeanne, et en même temps on l'entend.

On la voit à l'onivrc, d'al)or(l. An cours des inforrogatoires et du procès, eu etTel, se inoutreut en pleine clarté des qualités qu'on n'a ])u qu'entrevoir à Domremy, Poitiers, Orléans. Dans la cage de fer où la prisonnière est enfermée comme une bête fauve, dans ce cachot qui retentit jour et nuit des propos infâmes de ses geôliers, à la barre de ce tribunal oii on la fait comparaître seule et sans défenseur, on voit à l'œuvre ces vertus aisées à pratiquer dans l'ordinaire de la vie, mais autrement difficiles en face d'ennemis sans conscience ni pitié, cette patience, cette douceur qui ne se démentent jamais, cette résignation inaltérable aux volontés du ciel, cette humeur toujours égale envers ses juges et ses bourreaux. Et Ion emporte la conviction que le cœur de la vierge guerrière était un des plus nobles qui aient jamais battu dans une poitrine humaine.

A Rouen, on voit la sainte qu'est Jeanne à l'amvre et, de plus, on l'entend. D'habitude, au rapport de Mathieu Thomassin, elle était « peu parlant ». Mais en face de ses juges qui l'interrogent des heures entières, il faut bien cju'elle se départe de sa réserve. Ils la questionnent perfidement, il faut bien qu'elle réponde. Ils l'accusent, il faut bien qu'elle se défende. On la blesse dans ses sentiments les plus nobles, les plus délicats, il faut bien qu'elle proteste. Et alors, de son cœur ému jaillissent ces cris suj)erbes, ces réponses vibrantes, ces mots à l'antique qui déconceij-tent et confondent ses adversaires. L'on a certes raison de le dire : ces réponses de l'héroïne, ces cris sortis de son

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cœur forment la partie vraiment belle. plMsd'nne fois sublime, du document bistorique qui a poui- iilre : Procès (le condamna f ion de Jeanne d'yirc, dite la Pucelle d'Orléans.

Toutefois, bien que le reste ne soit guère que baine, mensonge, iniquité, il ne sera pas inutile à l'bistorien. De même que les interrogatoires lui permettront de reconstituer la pbysionomie de rhéioïne, de même les actes, les pièces et les incidents du procès mettront clans la lumière voulue la pbysionomie et le rôle des juges. Ce sont les deux catégories de contiibutions que les textes divers du procès de Rouen apporteiont à riiistoire de Jeanne d'Arc.

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