Ibid., p. 2o
3. Procès, t. I, pp. 71, 72, 73, q'i. \iï\ CCS passages, la Pucelle en appelle ciiKj fois au Re^ç^islre de Poiliers, et peut-être une sixième, p. 171, car le texte est susceptible de deux sens. Ge rappel de Jeanne ne pouvait être que désag-réable et embarrassant pour ses juges de Rouen. Il fournissait la preuve qu'elle avait été examinée canoniquement par un tribunal ecclésiastique ayant à sa tète le mélropolilain même de l'évêque de Beauvais, et que ce tribunal avait reconnu la légitimité des acts qu;' celui de Rouen lui rcprocliail c mime autant de crimes, en parliculicr le piirl des armes el de l'Iiabil (riioimne.
Cir.Vl'. IX. LA COMMISSION DE POITIERS. 35 1
entre les miiins des juives pontificaux. On l'intere de Vun des considérants invoqués par l'archevêque de Reims, .luvénal des Ursins, dans la sentence solennelle de réliabilitalion '. Mais il paraît [)lus probable que les délé- ^^nés du Saint-Siège réclamèrent et attendirent vainement celte pièce capitale, et que, de leur côlé, les avocats et les procureurs fondés de la famille de Jeanne d'Arc la cherchèrent sans réussir à la trouver". S'ils avaient eu cette bonne fortune, assurément ils eussent inséré ce procès-verbal dans leur dossier et réclamé qu'il en fût fait mention expresse dans la procédure. En vertu de l'adage, isfecit cni prodest, on peut sans témérilé aucune, et pour les motifs les plus indiscutaldes, estimer chose ceilaine qu'aussitôt après l'exéculion du Vieux-Marché, le Conseil d'iVng'letcrre et le tribunal de Rouen se concertèrent pour faire disparaître sans bruit un document (pii eiit mis en trop grande lumière aux yeux de la postérité l'iniquité de leur conduite, et pour en faire déliuiie tous les exemplaires.
Et pourtant le Livre de Poitiers n'a pas péi"i tout entier; il en reste la^parlie essentielle, la ])Iuparl des questions adressées à la Pucelle et les réponses qu'elle y a faites. Nous ignorons, il est vrai, en quel ordre et en quels termes elles se sont pioduites à Poitiers; mais grâce aux juges de Rouen, grâce à la minute des interrogatoires qu'ils n'ont pu s'empêcher de rédiger, par les questions faites à Rouen, nous savons quelles ont été
1. a Visis articulis et intcrrot^atoriis pra^fatis. » Procès, t. III, p. 357.
2. L'opinion que nous ne croyons pas devoir admettre est énoncée, mais sans preuves à l'appui, par E. Riguer dans son Histoire de la
Piirff/c, livre III, f" loO, recio et verso.
35'i LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.
plusieurs des questions faites à Poitiers, et les réponses de Poitiers se retrouvent dans le procès-verbal des intcrrog-aloires de Rouen; car si les juges ont changé, Jeanne n'a pas changé : à coup sûr, devant les deux tribunaux, elle a maintenu le fond, parfois peut-être la lettre même de ses déclarations.
A Rouen, l'évéque de Beauvais et ses assesseurs lui demandent ce que saint Michel lui a dit lorsqu'il lui apparut pour la première fois.
Jeanne répond d'abord quelle ne dira rien; elle n'a pas congé de révéler ce que lui a dit l'Archange. Et elle ajoute : « Je voudrais bien que l'interrogateur eut une copie du livre qui est à Poitiers \ »
Quelques jours après, ayant eu congé de dire ce qu'on lui demandait, la vierge de Domremy exposait à ses interrogateurs de Rouen ce que i'Archang-e « lui enseignait pour le salut de son âme ». Oui la croirait capable d'avoir fait à Rouen une réponse différente de celle qu'elle avait faite à Poitiers?
A propos de sainte Catherine et de sainte Marg-uerile et des questions dont elles sont l'objet, Jeanne remarque chez ses jug"es de Rouen, quand elle répond, de la défiance et de l'incrédulité. Pour les convaincre de sa loyauté, elle leur dira par trois fois : « Si vous en doutez, si vous ne me croyez pas, envoyez à Poitiers, allez à Poitiers où j'ai été examinée, Cela est écrit au registre de Poitiers'. »
Il ressort de ces passages que plusieurs des questions sur lesquelles la Commission de Poitiers examiiui la
ProCi'S, t. I, p. 78.
Ihid.. pp. 71-7^!. QuaU'ième iiilerroi;'atoiro public.