‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 190 sur 306 · GHAP. IX. — LA COMMISSION DE POITIERS · texte numérisé non relu

GHAP. IX. — LA COMMISSION DE POITIERS

donc à même de se rendre en celle ville avec armes el gens, et l'on verrait bien qu'elle disait la vérité.

Entre autres sujets que les examinateurs de Poitiers abordèrent, celui de l'habit d'homme et des motifs qui avaient déterminé la Pucelle à le revêtir et à le g^arder ne fut pas oublié. Jeanne leur répondit ce qu'elle répondit par sept fois à ses juges de Rouen, que les hommes n'étaient pour rien dans sa détermination et qu'elle n'avait pris riiabit viril « que par commandement de Dieu ». Parlant plus catégoriquement à des docteurs qu'elle ne pouvait le faire aux dames et demoiselles de Poitiers, elle ajouta : « Je suis vierge : à une vierge les habits des deux sexes conviennent également. Si Dieu m'a commandé de prendre et de garder l'habit d'homme, c'est que je dois porter les armes que [)orlent les hommes'. »

Une des choses qui dut singulièrement étonner les théologiens de la Commission, c'est l'exactitude doctrinale et la précision théologique que la vierge Lorraine apportait dans les explications qu'on lui demandait.

I. Mémoires de Pie II, dans J. Quicherat, t. IV, p. 5oo. Notons ici les explications fantaisistes que certains historiens substituent au ançage des documents.

A plusieurs reprises et en plusieurs interrogatoires, les juges de Rouen demandent à la Pucelle « si elle a pris l'habit d'homme par commandement de Dieu [Réquisitoire, art. XII). Jusqu'à sept fois Jeanne répond qu'elle ne l'a pris que par commandement de Dieu. Non cepii istam veslein itisi per prœceptuin Dei ». {Procès, t. I, pp. 55, 74-75, 177.)

Les historiens dont nous parlons ne sont pas de cet avis. Ils raisonnent ainsi : A Vaucouleurs, Jean de Metz dit à Jeanne de ne se mettre en route qu'en hal)it d'homme. Plus tard, « Jeanne s'imaginera avoir reçu de Dieu une idée (jue lui aura suggérée un routier de Lorraine ». (A. Fhance, Vie de Jeanne d'Arc, t. I, p. 97.)

C'est la fantaisie pure substituée au document; c'est le document ou ignoré ou tenu pour non avenu.

'M]2 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

Peu(-èlrc le théologien carme, « bien aiî^re homme », pour se rendre compte de sa présomplion, lui fit-il aussi la redoutable question :

— Savez-vous si vous êtes en la grâce de Dieu?

A sa réponse sublime de bon sens : « Si je n'y suis. Dieu veuille m'y mettre; et si j'y suis, Dieu veuille m'y garder' » ; — il dut perdre un peu de son aigreur et convenir que Jeanne était trop éclairée en sa foi ]iour être assimilée à une aventurière. Bon sens, lionuèlclé, vérité, vont habituellement de compagnie.

Des séances comme celles que nous venons de résumer ne restaient assurément pas secrètes; les hal)il;>.nts de Poitiers en apprenaient quelque chose, et elles devaient produire sur eux une impression des plus vives. Les \^aticinations ne nous laissent jamais indifférents. Si elles sont à brève échéance, l'intérêt qu'on y prend s'élève au plus haut degré. Ainsi en fut-il, dans la bonne ville de Poitiers, des vaticinations rapportées par le frère prêcheur Seg'uinj, et de quehpies autres qu'un document précieux nous a fait connaître.

Ces dernières ont-elles été émises durant le séjour de Jeanne à Poitiers ou précédemment à Chinon, nous ne le savons pas; mais, peu importe, il est établi manifestement qu'elles sont antérieui'es au 22 avril 1429; que, avant celte date, elles étaient connues ties seigneurs de la cour et de leurs gens, et que, à cette date même, une

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