‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 199 sur 306 · I. Procès, t. 1, p · texte numérisé non relu

I. Procès, t. 1, p

CHAI». X. LA COMMISSION DR l'OITIEUS (FIi\). .'^y.^

foiulrtineiitale du pays. Elle était gravée, disait-oii, non sur le marbre ou sur le cuivre, mais dans le cœur de tous les Français. On doit en convenir : cette loi a valu à la France l'avantage de ne point subir, par des mariages, la domination étrangère, et c'est en se fondant sur la loi saliqne que Charles VII déniait au roi d'Angleterre tout droit à la couronne de France.

Il y avait le principe de la loi salique et il y avait les conséquences. Le principe excluait les femmes de la succession au trône. Les conséquences et l'opinion les excluaient de tout droit au commandement des aimées soit en paix, soit en guerre. C'est Popinion conçue de la sorte qui, à Chinon et à Poitiers, se dressait comme un obstacle insurmontable aux desseins de la future libératrice du pays.

En demandant au Dauphin « des hommes, des chevaux et des armes », et en prenant l'engagement de faire lever aux Anglais, à celte condition, le siège d'Orléans, la Pucelle ne demandait-elle pas indirectement qu'on fît, en sa faveur, litière de la loi qui excluait les femmes d'exei'cer le co.nmandement soit en paix, soit en guerre? Les membres de la Commission royale ne {)uient se faiie illusion, et les juges de Rouen, à l'article LUI du Réquisitoire, ne manquèrent pas de leur reprocher, à mots couverts, leur inconséquence. Ils ne mettent que Jeanne en cause; mais c'est à Charles VII et à ses conseillers que remonte la responsabilité de ce qu'ils nomment « la [)résomption et la superbe » de la jeune guerrière. Car <( elle s'est présomptueusement et superbement attribué le commandement sur les hommes, se constituant chef et capitaine des gens de guerre, et sur une armée où il y avoit des princes, barons et grand nombre de gentils-

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Ii(immes qu'elle faisoit guerroyer sous ses ordres, ue plus ne nioius qu'un général d'armée ».

Jeanne répondit à ses juges ce (pi'elle répondit à ses examinateurs de Cliinon et de Poitiers : si elle demandait à être chef de guerre, c'était « pour batlt'C Its Anglois ». Et elle ajoutait qu'elle était assurée de les battre, car elle en avait pour garantie son titre et — qu'on nous passe le ternie — sa fonction « d'Envoyée de Dieu ».

C'est pourquoi nous allons voir tout à l'heure Charles VII, sur le rapport de la Commission chargée d'examiner la Pucelle, rompre en visière à : l'opinion et nommer « chef de guerre» une faible femme, une jeune fille de dix-sept ans.

En tout pays, cette détermination eût paru extraordinaire. En France, le royaume de la loi salique, elle était comme miraculeuse.

Qu'est-ce qui eut raison du prestige de cette loi nationale?

Un prestige supérieur : celui du litre « d'Envoyée de Dieu », avec des promesses à sûre et brève échéance.

Pendant que clercs et chevaliers i)oiirsuivaient leur double enquête doctrinale et militaire, les religieux Franciscains envoyés à Domremy pour s'informer de ce qu'avait été la jeunesse de Jeanne revinrent avec les meilleurs renseignements. A Poitiers môme, les membres de la Commission royale avaient pris leurs mesures pour sa\()ir à (pioi s'en tenir sui" la conrluile et les mœurs de

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la jeune lille. Ils axaieiil mis auprès d'elle des femmes qui leur rapportaient toutes les parlicularilés de sa vie intime; et la conclusion qui se déy;ageait de ces rapports présentait Jeanne comme « bonne chrétienne, vivant calliolicjuement et jamais oisive' ».

Aux premiers jours de l'enquête doctrinale, en présence du langage si extraordinaire de Jeanne, de ses affirmations touchant ses visions, de ses prophéties concernant un avenir tout prochain, les maîtres et docteurs étaient loin de professer les mêmes sentiments. « Les uns, raconte dans ses Mémoires un contemporain, le pape Pie II, voyaient dans la Pucelle nne folle; les autres, une jeune fille jouet du démon; les autres, au contraire, une vierge divinement inspirée. Ceux-ci rappelaient Béthulie et beaucoup d'autres cités qui devaient leur salut à une femme. Bien des fois, ajoutaient-ils. Dieu était venu au secours du rovaume de France. Ne pouvait-il pas présentement envoyer une vierg^e et lui confier la mission de sauver son pays? (Juant à ne voir dans la Pucelle qu'une illuminée, ses réponses et son langage plein de bon sens ne le permettaient pas'. »

Peu à peu, le sentiment ainsi présenté triompha des sentiments opposés, et lorsque la Commission se réunit en assemblé(! plénière pour arrêter les bases du rapport à soumettre au Roi et pour prendre une décision, on entrevit promptement que la décision serait favorable. Entre antres choses qui furent dites, maître Jean Erault fit observer auxprélats et docteurs qu'il régnait un accord

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