‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 204 sur 306 · C.UAI». X. L\ COMMISSION DE POITIERS (FI.\). 38l · texte numérisé non relu

C.UAI». X. L\ COMMISSION DE POITIERS (FI.\). 38l

Les conclusions des docteurs de Poitiers eurent l'honneur d'obtenir la pleine approbation de deux personnages fort considérés en ce temps et recommandables à tous égards : Jacques Gélu, archevêque d'Embrun, et Jean Gerson, le célèbre chancelier de l'Université de Pai"is retiré alors à Lyon.

Jacques Gélu, qui était originaire du Luxembourg, après avoir professé le droit et rempli les fonctions de conseiller au Parlement, fut nommé archevêque de Tours en îli'ili. Il renonça à ce siège pour celui d'Embrun en 1427, et de cette ville il entretint avec Charles VII une correspondance suivie. Il s'intéressa vivement à Jeanne, et, s'il ne la vit jamais, il ne cessa d'être renseigné sur les circonstances de sa courte carrière. Peu après l'arrivée de Jeanne à Chinon, le Dauphin chargea deux graves personnages qu'il honorait de sa confiance, Jean Gérard, président du Parlement de Grenoble, et Pierre l'IIermite, savant théologien, d'écrire au prélat pour lui mander ce qui concernait la Pucelle et solliciter les conseils de sa sagesse sur la conduite à tenir. Jacques Gélu ne se borna pas à répondre à ses honorables correspondants; il estima la question assez sérieuse pour s'adresser au roi lui-même et lui exprimer sa pensée. De là une série de lettres recueillies ou analysées par le R. P. Marcelin Fournier dans son Histoire générale des Alpes maritimes et cottiennes, et ses Annales de l'église d'Embrun.

Tout d'abord, Jacques Gélu engage le prince à se défier de la jeune paysanne qui vient à lui et de ses promesses. Se rendre ridicule aux yeux des peuples étrangers par une facilité trop grande à se laisser tromper serait chose fâcheuse.

382 LA JEU-NESSIO IJE JEAX.NE i/aUC.

Néanmoins, que le prince ne la rebute {)a.s. Le bras de Dieu n'est pas raccourci.

Personnellement, qu'il reste à son égard dans une grande réserve.

Ce qu'il importe, c'est de bien étudier et de bien connaître cette fille. Tant qu'on ne sera j)as tixé sur la pureté de sa vie et sur ses bonnes mœurs, on ne devra pas songer à la mettre en œuvre.

Ces conseils de l'archevêque d'Embrun ne furent pas sans influence sur l'esprit de (Hiarles VII et sur sa détermination de soumettre Jeaiuie à l'examen des évêques et des docteurs.

Mais lorsque la Pucelle eut donné son signe, lorsque le 'siège d'Orléans eut été levé, le prélat écrivit un traité dédié au Roi dans lerjnel il reconnaît que ces merveilles dont Jeanne est l'instrument sont l'œuvre de Dieu, et l'efret d'une Providence à part sur la personne de Charles VII et sur sa race. « Il a plu, dit-il, au Très-Haut, au Roi des rois, au Seigneur des seigneurs, de se servir d'une toute jeune fille pour venir en aide au Roi. — Plaçait Altissiino... régi succiirrere per adolescentulam puellam ' . »

Bien des considérations peuvent expliquer cette faveur de la clémence divine :

1° Le bon droit du seigneur Roi, déshérité parles siens au profit du roi d'Angleterre, son ennemi capital;

2" Les mérites glorieux de ses prédécesseurs ;

3** Les prières des personnes pieuses et les lamentations des opprimés ;

4" L'injustice des ennemis du Roi;

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