‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 229 sur 306 · Lecoy de l.v Mahciie, Le roi René, t. I, p. /|G · texte numérisé non relu

Lecoy de l.v Mahciie, Le roi René, t. I, p. /|G

/|. Procès, t. III, p. (;3. Déposilioa du duc d'AliT.ron.

4l6 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

tarderont pas à devenir et à rester victorieuses. Pour Caire des troupes du Roi des troupes dignes du vieux renom de vaillance des armées françaises, la Pucellc entreprit de ranimer chez les liommes d'armes les sentiments toujours vivants de courag-e, de fidélité, d'honneur, et afin qu'ils fussent plus solides, elle s'efforça de les placer sous l'influence de la relig-ion.

Entrant directement en ra{)port avec ces hommes qu'elle devait mener au combat, les uns quittant à peitie, comme elle, leur village, leurs prairies et leurs moissons ; les autres, vieux guerriers, abrutis par la vie licencieuse des camps, Jeanne leur dit qu'ils allaient marcher au secours d'Orléans, mais que la première précaution à prendre c'était « de se mettre en la grâce de Dieu ; — que s'ils étaient en bon état, avec l'aide de Dieu, ils obtiendraient la victoire' ». Qu'ils observassent les commandements de Notre-Seigneur, qu'ils s'abstinssent des reniements, jurements et blasphèmes, et qu'ils nettoyassent leur àme par une bonne confession. Des prêtres, des religieux de bonne volonté étaient à leur service, tout disposés à les entendre.

Au reste, leur véritable chef, celui qui devait les rendre capables de chasser les Anglais, ce n'était pas elle, Jeanne, mais son droicturier et souverain Seig'neur, le Roy Jésus. C'est sous sa bannière qu'ils combattraient. Cette bannière, ils allaient bientôt la voir . elle serait toute blanche; elle la faisait exécuter avec l'image de Notre-Seigneur crucifié et celle de deux Ang-es ayant un lis chacun dans les mains , par l'entremise du

I. Chronique de la Pacelle, pp. 215,217. — Procès,i.\\\,\)^. io!\, loâ. — Ibid., p. 78.

bon frèi'c Pasquercl'. On la bénirait en lenr présence, ainsi que son propre étendard et son pennon. Et quand on l'aurait bénite, on la placerait à leur tète, et deux fois par jour, jusqu'au moment du départ, le matin et le soir, ils se rassembleraient autour d'elle, et, avec les prêtres et religieux qui leur offraient le secours de leur ministère, on chanterait des hymnes et des antiennes en l'Iionneur de Dieu et de la Bienheureuse Vierge Marie.

Qu'on juge dé rétonneiuent de ces hommes d'armes lorsqu'ils entendirent un Ici langag^e et de la bouche d'un pareil prédicateur. Une jeune fille de dix-sept ans, éloquente autant que belle, les rappelait au sentiment de leurs devoiis de chrétiens et à celui de l'honneur! De-ci de-là, [)lus d'un de ces soudards se mit à ricaner et à murmurer. On revit à Blois ce qu'on avait déjà vu à Ghinon et Poitiers. Lorsque, dans ces deux villes, Jeanne assurait qu'elle mettrait en fuite les Anglais, « si n'en faisaient les capitaines du Roy qu'une dérision et mocqiierie, disans : Voici un vaillant champion pour récupérer le royaume de France.

« Et murmuraient contre le Roy et ses conseillers, excepté le duc d'Alençon, et un capitaine courag-eux et de bon vouloir nommé La Hierre (La Hire), qui saillit en place et dit et jura qu'il la suivrait à tout (avecj sa compag"nie où qu'elle le voudrait mener". »

1. Procès, t. III, p. 2o3. — On a confondu plus d'une fois ceUe bannière que portait à Blois frère Pasqucrel avec l'étendard de la Pucelle dont il a été question plus liaut. Tels Eberhard Windecke, Procès, t. IV, p. /igo, et l'éditeur des Chroniques belges, t. III, p. 409.

2. Chronique du doyen de Saint-Tliibaud de Metz. Procès, t. IV, p. 327.

/|l8 LA .TEIÎNKSSI'; H 10 .IIÎANNR d'aRC.

Ce fui [)Oiir la jeune guerrière un hieu doux nioiiieut que celui où La Hire, qui l'enteudail et la voyait pour la première fois en celle ville de Blois', sorlit hrusquemeul des rangs, el, de sa rude voix de batailleur, imposant silence aux capitaines et hommes d'armes (pii murmuraient, s'écria : « Oui, la Pucelle a raison, et nous ferons, moi le premier, ce qu'elle nous dit de faire. »

A partir de ce moment, La Hire, comme le jeune duc d'Alençon, fut ab>olument dévoué à la Purelle; et c'est une des récompenses de ce dévouement ([ue son nom soit resté dans l'histoire inséparablement lié à celui de Jeanne d'Arc.

Jeanne ne négligea pas l'excellente occasion que La Hire lui offrait. Avec sa franchise et sa liberté habituelles, elle lui déclara qu'il fallait joindre l'exemple aux paroles et renoncer à ces jurements dont il élait coutumier ; et le capitaine gascon, si peu maniable, si peu docile, en vint, sous l'impulsion de la Pucelle, à ne [>lus jurer que par son bâton. Et à cet acte de docilité, il en joig-nit un autre beaucoup plus difficile et beaucoup plus méri'.oire : il nettoya sa conscience. « Moi qui parle, déposait un chanoine d'Orléans, j'ai vu La Hire se confesser à l'insligalion de Jeanne et par son conseil. »

L'ami de Xaintrailles ne fut pas le seid à subir à Blois le charme el l'ascendant de la jeune guerrière. Elle en vint à prendre sur ces hommes endurcis, « ces vieux brigands d'Aimagnacs », comme on les appelait, une autorité telle qu'on les vit renoncer au jeu, aux reniements, aux blasphèmes, el que, pour éloigner d'eux toute

I. J. GiivRTiER, Procès, t. IV, p. 54. — La Hire était venu à Blois avec d'autres capitaines pour mener le corps de secours à Orléans.

ClIAl'. XII. LA LETTKIi AUX ANGLAIS. t\l\)

occasion de débauche el de scandale, elle put leur faire ôter leurs fillelles'.

Comme elle s'y était engagée, Jeanne fit exécuter la bannière qui devait guider à la victoire les membres de celte confrérie toute militaire, el ils vinrent dans l'ég-lise collégiale Saint-Sauveur assister à sa bénédiction, ainsi qu'à celle de l'étendard et du pennoii exécutés à Tours^.

Pendant les quelques jours réclamés par les préparatifs de l'expédition, les ciioses se passèrent comme Jeanne l'avail annoncé. Frère Pasquerel, des religieux et des prèlres zélés se tenaienl à la disposition des hommes d'armes qui désiraient être entendus en confession, car pour les admettre à faire partie de la confrérie nouvelle, la Pucelle ne leur demandait pas autre chose que de se confesser. Malin et soir avaient lieu les réunions publi-

I. La ville de Blois a fait poser récemment (août 1894), place ilii Château, sur une des maisons bàlies à l'endroit où s'élevait l'éolise Saint-Sauveur, une plaque commémoralive de cette bénédiction. Cette plaque est de marbre noir. Au sommet, on voit les armes de Jeanne d'Arc; à gauche, l'écu de France; à droite, les armes de la ville de Blois. Au milieu se détache, en lettres d'or, l'inscription suivante :

SUR l'emplacement de cette maison s'Éi-EVArr l'église collégiale de saint-sauveuh,

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