‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 24 sur 306 · I . Voir, à la tiii du volume, les Notes jiistijiculives · texte numérisé non relu

I . Voir, à la tiii du volume, les Notes jiistijiculives

INTRODUCTION. /jQ

l'auteur avait accumulé les inexactitudes, « certifié des faits dont on ne trouvait pas la moindre preuve dans les documents allégués, ou qui même étaient démentis par ces mêmes documents^ ». Et à quoi aboutissait cette accumulation ? à faire plus que jamais de la Pucelle un être inférieur, misérable jouet d'hallucinations perpétuelles, et n'ayant aucun droit à la gratitude que lui a vouée le pays.

Heureusement, la protestation désirable ne s'est pas fait attendre. Après les études que M. Gabriel Hanotaux, de l'Académie française, vient de publier, il est à croire que les esprits sensés en ont fini avec la Jeanne d'Arc de M. A. France et de ses admirateurs. Le nouvel historien nous avertit qu il ne lui en coûte nullement de « reconnaître la valeur personnelle de l'héroïne », de saluer en elle « une femme à la grande intelligence et aa grand cœur », comme elle disait ellemême;

(( Une robuste, une saine, une normale nature, infiniment attachée aux pratiques du culte, exempte pourtant de toute superstition ;

(( Une âme française, l'expression de la race, exprimant le génie du bien parce qu'elle est femme ; ce bon sens qui brille en elle, ce courage vif, cette repartie

I. Andrew Lang, Jeanne d'Arc de M. Anatole France, |). i. In-12, Paris, Perrin, 1909.

M. France ayant assuré dans la préface de sa dernière édition qu'il avait mis à profit les observations de ses critiques, M. A. Lang publie aussitôt une étude nouvelle dans laquelle il établit péremptoirement que, « en dépit des corrections effectuées, l'édition nouvelle a conservé la plus grosse part des défauts relevés dans les éditions précédentes ». {Op. cit., p. 21.)

prompte, ce coup d'œil juste, cette alacrité, cette bonne humeur, tout cela c'est France ;

(( Une héroïne enfin, une sainte, une martyre, envoyée de Dieu, ainsi qu'elle n'a cessé de le dire, pour sauver le pays ;

(( Fait évident : Jeanne d'Arc, par son action, son exemple, son héroïsme, a sauvé le royaume de France. »

Après avoir étudié successivement sa formation qui fut d'après lui humaine, sa mission qui fut divine, l'abandon, lui aussi humain, et la condamnation, elle aussi divine^, M. G. Ilanotaux formule cette conclusion :

(( Qu'on admette lintcrvention de la Providence divine, qu'on suppose l'action obscure d'une de ces lois de l'humanité que l'histoire et la science détermineront peut-être un jour, l'apparition de Jeanne d'Arc a quelque chose de surhumain et participe du niystère : elle est certainement placée au-dessus du cours ordinaire des choses, à la hauteur où la religion l'a mise, où la raison la maintient"^. »

1, G. Hanotaux, Jeanne d'Arc, préface, vni, ix; pp. 4i3, 4i5, qS, 236, 4' 8, 4i9- Cette alternance est-elle vraiment juslifiée par les faits? La formation n'est-elle pas divine autant qu'humaine, et peut-on dire, historiquement parlant, que la condamnation soit divine ?

2. Ibid., p. l\il\. Ces paroles de l'académicien français nous font songer à ce que Pline le Jeune disait de l'histoire. « En elle, écrivait-il, se manifeste une puissance, une dignité, une majesté, une sorte de divinité dont j'ai été vivement frappé. — Quanta potestas, quanta dignitas, quanta majestas, quantum denique nurnen s/'t historia, quum fréquenter alias, tuin pro.ci/ne sensi. » {Lettres, livre IX, 27 à I^aternus.) Si ces mots s'appliquent à l'histoire d'un personnage, c'est bien à celle de Jeanne d'Arc.

INTRODUCTION. 5l

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