‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 263 sur 306 · I. Valéran parlc-t-il ici en poêle uu en In'sloricn · texte numérisé non relu

I. Valéran parlc-t-il ici en poêle uu en In'sloricn

APPENDICE ni. LV FAMILI.l; DR JEANNE D*AKG. /(QQ

(le l'ironie? Peut être ni l'un ni r;in(pc. Il est difficile d'en tirer quelque chose de clair.

Sur les trente-quatre^témoins de cette môme enquête, un seul parle de pauvreté, à propos de Jacques d'Arc et des siens : bons catholiques, de bonne renommée « quoique pauvres, — quamvis essent pauperes ». {Procès, t. II, p. Aoi.) Mais il est à noter que ce témoin n'était pas de Domremy : c'était le prêtre Etienne de Sionne, de Roncey, près de Neufchâteau.

/Parmi les témoins de Domremy même, qui connaissaient exactement la situation de fortune des parents de la Pucelle, nous entendrons les uns, comme Jeannette, femme Thévenin, comme iMeng-ette, l'une des amies préférées de Jeanne d'Arc, nous parler des fréquentes aumônes de la jeune fille {Procès, ibid., pp. 898, 43o); d'autres, comme Perrin le Drappier, marg-uillier de l'église, ajouter que ces aumônes étaient considérables {ibid., p. 4i3); d'autres enfin, et Jeanne elle-même, signaler les cierges qu'elle faisait brûler à Notre-Dame de Bermont et dans l'église de son petit village.

Ajoutons que l'habitation de la famille ne ressemblait pas à celle des villageois pauvres et besogneux. Elle était solidement construite, puisqu'elle a traversé près de cinq siècles et qu'elle est restée debout; elle tut restaurée à la fin du quinzième siècle, mais non reconstruite. De plus, Jacques d'Arc possédait des bêles et chevaux dont Jeanne parfois s'occupait, et sous ce nom générique de bestiaux pu animaux, — animalia, — on doit comprendre toutes les espèces de troupeaux, bœufs, vaches, moutons, brebis, qu'on élevait dans la vallée de la Meuse. Une condition pareille n'est pas de la pauvreté ; c'est au moins de l'aisance.

Ajoutons à cela que Jacques d'Arc et sa femme fondèrent dans l'ég-lise de Domremy leurs obits et anniversaires, et deux messes annuelles à célébrer pendant « la semaine des Fontaines ». {Extrait d'un registre paroissial de l'an i/^go, cité par MM. E. de Bouteiller et G. de Braux dans leur ouvrag-e : La Famille de Jeanne d'Arc, pp. 181, 182.)

Cette aisance allait-elle pour les parents de Jeanne jusqu'à la richesse? constituait-elle une petite fortune? Il faudrait le croire, d'après quelques érudits. Ils font valoir que, en i^iOle château de l'Isle et ses appartenances ayant été mis aux

OOO I.V JEIJNKSSE DE JEANNE D AHC.

cnclicres pour sept années, Jacques d'Arc fut un des deux adjmlicataires (acte retrouvé par M. Jean Chapellier et publié cil janvier-février dans le Journal de la Société archéologi- (jiic lorraine). Mais la raison principale se tire de l'ailéfji'ation suivante :

M. Villiaumi', auteur d'une Histoire de Jeanne d'Arc, déclara devant MM. de Boutciller et de Braux tenir d'un de ses g-rands-oncles, curé de Damvillers (Meuse), mort vers 1820, des pièces qui le conduisaient à cette évaluation des biens de Jac({ues d'Aïc cl d'Isabelle Romée. Ces biens, disait-il, « représenlaient environ vingt hectares, dont douze en terres, quatre en prés et quatre en bois, dont le Bois Chesnu ; ils avaient de plus leur maison, leur mobilier et une réserve de deux ou trois ceiils francs (le franc valait treize francs de notre monnaie). Tout cela, d'après l'abbé Mandré (l'oncle en question), consltliiait une valeur totale de 5o. 000 francs environ (pour 1812, année où l'abbé parlait ainsi; cela en ferait bien aujourd'hui 80.000). En faisant valoir eux-mêmes ce bien, leur revenu pouvait atteindre de 4 à 5. 000 francs, valeur de nos jours.

« Voilà ce qui expliquerait la possibilité qu'ils avaient de faire la charité et de donner l'hospitalité aux moines, mendiants et aux voyageurs qui passaient souvent dans ce pays. » (E. de lîauteiller et G. de Braux, La Famille de Jeanne d'Arc, pp. i85-i86.)

Quelque confiance que mérite l'opinion de M. Villiaumé et du curé, son oncle, il nous paraît plus sage et plus sûr de ne pas attril)uer une vraie fortune aux parents de Jeanne et de voir en eux des cultivateurs aisés, mais pas davantage.

S'ils n'étaient pas riches, ils étaient du moins estimés et considérés. Ce qui le prouve, c'est d'abord l'unanimité des témoignages qui leur furent rendus dans l'enquête de la réhabilitation; ce qui le prouve encore, c'est le titre de Doyen (ou sergent, du latin seruiens) du village, donné à Jacques d'Arc dans un acte de 1428. (Chapellier, Documents inédits de r Histoire des Vosges, t. VIII, p, 72.) Or, ce titre et les fonctions qui en découlaient n'étaient dévolus qu'à des gens d'une probité reconnue. Le doyen prenait rang après le maire et l'écheviii, (pioiquc un peu au-dessous. C'était lui qui convoquait les maires, échcvins, jurés à leurs réunions ordinaires

APPENDICE m. LA FAMILLE DE JEANNE DAKC. OOI

OU extraordinaires : il était ég"alemeiit charî>'6 de la collecte des tailles. (Siméon Luce, op. cit., p. l^o.) L'acte public dans lequel Jacques d'Arc est qualifié de doyen fut rcdi;y;é à Miixeysur-Meuse à la date du 7 octobre 1428.

Autres preuves de la considération dont le père de Jeanne jouissait auprès des habitants du viilag-c. En 1428, Greux et Domremy avaient souscrit un tribut annuel au damoiseau de Commercy, Sept habitants de chaque localité s'engag-èrent et répondirent pour leurs concitoyens. Jacques d'Arc tut un dos sept répondants de Domremy. (Siméon Luce, Jeanne d' Arc à Domremy, pp. 109-161.)

En 1427, les habitants de Domremy ayant un procès important à soutenir par-devant Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, Jacques d'Arc est désigné dans un acte du 3i mars rédig-é à Vaucouleurs comme le fondé de pouvoirs de ses concitoyens. (Chapellier, Documents inédits de l'Histoire des Vosges, t. YIII, p. ']i.)

Il est vrai qu'il ne figure plus dans un acte postérieur de deux ans relatif au même procès. M. Boucher de Molandon conjecture que Jacques d'Arc dut décliner un mandat qui l'eût mis en rapport avec le capitaine à qui sa fille Jeanne, vers le môme temps, demandait de la faire conduire à Chinon. {Jacques d'Arc, père de la Pacelle, pp. 25-28, Orléans, Herluison, i885.)

LES ARMOiniES DE LA FAMILLE DE JACQUES d'aRC.

On peut encore invoquer à l'appui des considérations qui précèdent le sceau ou les armoiries dont la famille oie Jacques d'Arc était en possession, avant que Jeanne eût quitté son petit villag'e. Nous en avons déjà fait la remarque et nous allons la compléter.

Dans le Traité sommaire déjà cité, Charles du Lys nous apprend que Jean du Lys, échevin d'Arras, « retint les armoiries anciennes de la famille Darc, que portait son ayeul Jacques Darc, père de la Pucelle, qui estoient d'un arc bandé de trois flèches, auxquelles il adjousta le timbre comme escuyer, et le

chef (l'un Ivon passant, à cause de la province à laquelle son l'oy l'avait liabitué ». {La Famille de Jeanne d'Arc, ym- E. de lîouteiller et G. de Braiix, pp. 20)3-268.)

Les lettres patentes de 1612 constatent le même fait. Jean du Lys, disent-elles, « se serait contenté de porter le nom Dulis, retenant les arm<;s du nom et de leur ancienne famille d'Arc, qui sont d'azur à l'arc d'or mis en fasce, charg-é de trois flèches entrecroisées, les pointes en haut férues, deux d'oi', fei-rées et plumctées d'argent, et une d'argent, ferrée et plumetée d'or, et le chef d'argent au lion passant de g-ueule ^). (Procès, t. V, p. 228.)

La famille d'Arc avait donc des armoiries à elle avant que Charles VII l'anoblît et lui donnât celles que l'on connaît. Encore que ces armoiries ne constituent qu'un signet et nullement un blason, le timbre ou heaume y manquant, elles établissent que la famille d'Arc sortait du commun. Ces armoiries, les descendants de Pierre du Lys les avaient gardées, sans y joindre celles qu'avait octroyées à la Pucelle le roi Charles VII. Par lettres patentes de i5i2, Louis XII autorisa les représentants de cette branche cadette à porter les deux ensemble, « escartelées en mesme escusson ». [Procès, t. V, pp. 2 2f)-23i .)

Les mêmes lettres établirent que « le cri de Charles Dulis (l'un des sollicitants) serait : La Pucelle! et que celui de Luc Dulis, escuyer, sieur de Reisnemoulin, frère de Charles (le second sollicitant), .serait : Les Lys .h) [Procès, t. V, p. 281.)

LES FRÈRES ET SŒUR DE JEANNE d'aRC.

Jeanne d'Arc eut une sœur et trois frères. Sa sœur se nommait Catherine.

Ses frères se nommaient Jacques ou Jacquemin, Jean ou Jehan, Pierre ou Pierrelot.

APPENDICE IH. r,\ FAMILLE DE JEANNE d'aIVC. fld^

De la sœur de Jeanne d'Arc

Deux questions se posent à ce sujet :

Qu'advint-il de la sœur de Jeanne et qu'en savons-nous?

Jeanne eut-elle une sieur seulement ou en eut-elle plusieurs?

Ce que nous savons de la sœur de Jeanne, c'est qu'elle se nommait Catherine ; — qu'elle se maria avec Jean Colin, fils de Colin, de Greux; — qu'elle mourut avant le départ de sa sœur pour Chinon.

Ce que nous ne savons pas, c'est si elle était l'aînée de Jeanne ou sa cadette. Vu son mariage, il semblerait qu'elle était son aînée; mais aucun texte décisif ne l'établit.

Ce quip:ouve que cette .sœur de Jeanne avait nom Catherine, c'est la déposition de Hellouy Robert, femme de Pariset Leng-res, dans l'enquête à laquelle procéda le bailli de Ghaumont, le 8 octobre i555,à Vaucouleurs, au sujet d'un membre (J(dian Rojer) de la famille de la Pucelle.

Cette Hellouv Robert était la petite-fille de Jehan le Vauseul et d'Aveline, sœur de la mère de Jeanne d'Arc. Elle déposa tenir de sa mère « que ladite Aveline, g-rand'mère de la déposante, aurait dit à sa mère que lorsque la Pucelle se départit du pays de Vaucouleurs pour aller sacrer leRoj, ladite Pucelle aurait requis ladite Aveline que, puisqu'elle était enceinte d'enfant, si elle accouchait d'une fille, elle lui Jlcl mettre en nom Catherine, pour la soubveuance de feue Catherine sa sœur, niepce de ladite Aveline; tellement que la mère d'elle dépDsant fut nommée Catherine». (^Nouvelles recherches..., Enquête du 8 octobre 1^55, p. 62.)

Ce qui prouve que cette Catherine, sœur de la Pucelle, fut mariée à Jean Colin, fils de Colin et maire de Greux, c'est l'enquête faite à Domremy le 16 août i5o2, à la requête des cousins maternels de Jean du Lys, fils de Pierre du Lys, et neveu de la Pucelle.

Cette enquête, citée par ^L Roucher de Molandon [La Famille (le Jeanne d'Arc dans l'Orléanais, pp. O2-G9), révéla par la bouche du huitième déposant, laboureur à Greux, « que Colin,

5o4 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aUC.

le maire, fils de Jean Colin, en son vivant maïcnr (maire), avait eu espousé la sœur de la Pucelle ».

Si on objectait que Colin, au procès de réhabilitation, n'en dit rien, on répondrait qu'il n'en dit rien parce que rien ne demandait qu'il le dît, et que, l'eilt-il dit, les notaires qui reçurent et écrivirent sa déposition purent bien l'oublier ou n'en pas faire mention.

Enfin, la preuve que cette sœur de Jeanne mourut avant le départ de la Pucelle pour Cliinon se trouve dans la déposition ci-dessus de la femme Robert Leng-res, et dans la requête même de Jeanne. Comme preuve supplémentaire, on peut invoquer le silence fait sur Catherine d'Arc dans les lettres d'anoblissement de la famille de Jeanne.

Jeanne d'Arc eut-elle une ou plusieurs sœurs?

Isabellette, femme de Gérardin d'Epinal, dit, dans sa déposition : « Jeanne alla à Neufchâteau avec son père, ses frères et ses sœurs. » {Procès, t. Il, p. 246.)

Colin, fils de Jean Colin, dit : « Presque chaque samedi, cu/n quadam sorore sua et d'autres femmes, Jeanne allait à l'ermitage de Notre-Dame de Bermont. » [Ibid., p. ^33.)

Michel Lebuin, de Domremj, affirme le même fait que le témoin précédent dans les mômes termes : « Cani qnadanx sorore sua ibat, et candelas portabat. » (Ibid., p. 439-)

Faut-il traduire ces mots latins par une de ses sœurs, ou sa sœur... ?

D'autre part, Jeanne exprimait devant Danois et l'archevêque de Reims, en marchant sur Paris, le vœu que Dieu la laissât aller rejoindre son père, « ses frères, .va sœur, qui seraient grandement joyeux de la voir, — cum sorore et fratiibus meis ». (Ibid., t. III, p. id.)

Jeanne avait donc alors une autre sœur que celle dont elle avait eu à pleurer la mort avant son départ pour Chinon...?

Quelque favorables que les textes précédents paraissent à cette conclusion, une simple remarque remet tout en question et laisse subsister l'incertitude.

C'est que l'iisn^o du temps et du pays faisait donner indis-

APPENDICE ni. LA FAMILLE DE JEANNE D AUC. DOO

linctcment le nom de sœur, et aux sœurs proprement dites, et aux belles-sœurs.

Resterait donc à savoir si les témoins, si Jeanne elle-même parlent de ses sœurs propres ou de ses belles-sœurs.

Jean Hordal, dans une lettre du 19 juillet 1609 à Charles du Lys, résout ainsi ces difHcultés. «Et faire se pourrait, dit-il, que la déposition du comte de Dunois se devroit entendre de la femme de quelques-uns des frères de ladicte Pucelle, laquelle parlant d'une sœur entendoit parler d'une belle-sn'ur et femme d'un de ses frères. » (E. de Bouteiller... Ln Famille de Jeanne d'Arc..., p. 17.)

On dit encore que la so?ur de Jeanne aurait eu dix-sept ou dix-huit ans à peine à sa mort, arrivée sur la fin de 1/128 ou dans les premiers mois de 14^9, chose peu conciliable avec son mariag-e que l'enquête faite en i5o2 prouve avoir eu lieu.

L'objection est peu sérieuse : qu'est-ce qui a pu empêcher Catherine d'Arc de se marier à seize ans et de mourir quelques mois après ?

Ce qui est hors de doute, c'est que cette sœur de la Pucelle n'était plus de ce monde lorsque Charles VII anoblit Jeanne et sa famille; car dans les lettres royales, Jeanne, son père, sa mère, ses trois frères sont nommés à trois reprises différentes, mais Catherine ne l'est pas. {Procès, t. V, p. i5o.)

Le lecteur peut jug-er par là du cas qu'il doit faire de l'hypothèse d'une deuxième sœur que quelques érudits donnent à Jeanne, et qui, d'après eux, sera plus tard la fausse Pucelle, dame des Armoises. Compag-ne de Jeanne, blonde aux long-s cheveux, tandis que Jeanne avait les cheveux noirs et courts; robuste et martiale, tandis que Jeanne aurait été timide et mystique; cette sœur, qu'ils nomment Claudette, aurait porté l'épée, tandis que Jeanne n'aurait porté que l'étendard. {La vérité sur Jeanne d'Arc, par Francis André. Paris, in-i8, Chamuel, 1895.) Ce n'est pas là de l'histoire, mais de la fable et de l'imagination pure.

Des frères de Jeanne d'Arc.

Jacquemin. — L'aîné des frères de Jeanne et de toute sa famille était Jacques ou Jacquemin. Dès i4i9i il était marié

OOU LA JEUNESSE DE JKANXE I) AKC.

et il camionnait son père dans la ferme du château de l'Isle et de ses dépendances. En 1427, sa présence à Vouthon est mentionnée dans un Exploit de justice tenu par-devant le prévost et son lieutenant. (Nouvelles recherches..., pp. xix-ii.) Peut être s'y était-il transporté pour gérer et cultiver le patrimoine de sa mère. Il eut une fdle qu'il maria à son frère Jean et qui eut pour fils Claude du Lys, celui-là même qui fit décorer la façade de la maison paternelle en i48i. L'auteur du Traité sommaire... de la parenté de la Pucelle, dit de Jacquemin qu'il « demeura sur les lieux, près de ses père et mère, pour supporter le mesnag-e de la maison » et qu'il y « décéda peu de temps après de reg-ret et de déplaisir, aussitôt qu'il sceut les tristes nouvelles de la cruelle mort de ladite Pucelle sa sœur. » {Op. cit., chap. m.)

Edmond Richer, dans son Histoire manuscrite de Jeanne d'Arc, dit qu'il en fut de Jacquemin comme de son père : ni l'un ni l'autre ne survécurent longtemps à leur liien-aimée Jeanne.

D'après ftLM. E. de Bouteiller et G. de Braux, des raisons sérieuses autoriseï aient à penser que Jacquemin aurait vécu plusieurs années après le supplice de sa sœur, et qu'il aurait eu non seulement une fille, mais un fils nommé Pierre comme son oncle, le jeune frère de Jeanne. Ce fils aurait épousé Jeanne de Prouville, et de celte branche seraient issus les Maleyssies, les Hordal, les Villebhesme et les Haldat, qui fig-urent dans la famille de Jeanne d'Arc. {La Famille de Jeanne d'Arc, pp. 78-88.)

Les mômes écrivains mentionnent dans leurs Nouvelles recherches, pp. XIII, XIV, 109, un arrêt du sénéchal de Fougères qui donne Jacquemin d'Arc pour ancêtre aux Le Châtelain, par les Le Fournier et Villebresme. Jacquemin serait donc allé se fixer en Normandie. Cela prouve combien il est difficile de découvrir la vérité sur certains points d'histoire. Ce qui n'est pas douteux, c'est que l'aîné des frères de la Pucelle était mort lorsque se jugea le procès de réha!)ilitation ; jamais, en elfet, on ne l'y voit mentionné ou nommé.

Jehan d'Arc (ou du Lys, apiès l'anoblissement de sa famille), second frère de la Pucelle, suivit de près sa sœur lorsqu'elle partit pour Chinon. II était avec elle au siège d'Orléans

APPKNDICE III. I.A F.VMILLE OE JEANNE I) AUG. iX);

et fut logé comme elle dans l'hôtel de Jacques Le Boucher. Ap"ès la mort de Jeanne, il se tint en compagnie du Roi jusqu'en i436. Nous verrons ailleurs ce qu'il advint de lui.

PiEHUE d'Arc (ou du Lys), dit aussi Pierrelol, frère puîné, croit-on, de Jeanne, était avec elle, ainsi que Jean d'Arc, au siège d'Orléans. A Compièg-ne, il fut fait prisonnier comme sa sœur. Il demeura prisonnier plusieurs années entre les mains du Bâtaid de Verg-j.

DES ONCLES, TANTES ET COUSINS MATERNELS DE JEANNE d'aRC.

Nous l'avons déjà dit, Isabelle Romée, mère de la Pucelle, était née à Vouthon, en 1887. Elle avait une sœur et deux frères, sinon trois. Sa sœur, nommée Aveline, fut mariée à Jehan le Vauseul ou le Voyseul avant i4io. Ils eurent deux filles : 1° Jeanne, qui épousa Durand Lassois ou Laxart, de Burey-en-Vaux; 2° Catherine, qui naquit en 1429 et fut ainsi nommée en souvenir de Catherine, sœur de la Pucelle. (E. de Bouteiller et G. de Braux, La Famille de Jeanne d'Arc, pp. 9.3, 169-170; — Nouvelles recherches..., Introduction,

p. XI.)

Les deux frères connus de la mère de Jeanne furent Jehan dit de Vouthon et Dominique ou Vougin qui vint mourir dans l'Orléanais, quelques années après sa sœur. (Boucher de Molandon. Un oncle de Jeanne d'Arc oublié.)

Jehan de Vouthon, époux de Marg-uerite Colnel, quitta le pays en i4i6 et vint se fixer à Sermaize (Marne) avec ses enfants. Il y exerça le métier de couvreur, dont il garda le surnom [Nouvelles recherches, p. xc), et y vécut jusqu'en i446. (Boucher de Molandon, La Famille de Jeanne dans l'Orléanais, pp. 124-125.)

Jehan de Vouthon eut trois fils et une fille. Les trois fils furent Perresson ou Pierresson, Perrinet et Nicolas ; sa fille eut nom Meng-otte. Avec Henry Perrinet, son petit-fils, mort sans postérité, s'éteig-nit le nom de Jehan de Vouthon. Les descendants de sa fille se sont perpétués jusqu'à nos jours. [Nouvelles recherches..., p. xix.)

Charles du Lys, auteur du Traité sommaire..., nous ap-

5o8 LA JKIJNESSR DR .lEANNK d'aRC.

prend que Nicolas, fils de Jehan de Vouthon, entra comme relig-ieux profès à l'abbaye de Cbeminon, de l'ordre de Cîleaux, à 4 kilomètres de Sermaize. Jeanne d'Arc, dont il était cousin germain, lui « fit donner dispense et permission de son abhé poui- lui servir de chapelain et aumônier ». [Traité soniiiKure..., p. 8.)

Nous avons dit que la mère de Jeanne d'Arc eut deux frères, sinon trois. Si elle en eut un troisième, nous le trouverions dans un certain Henri de Vouthon, qui devint curé de Sermaize et mourut dans l'exercice de ses fonctions pastorales. Un des témoins de l'enquête des 2 et 3 novembre 1476, reproduite par MM. de Bouteiller et de Braux, Jehan Collin, l'aîné, natif et habitant de Sermaize, dit de son curé Henry de Vouthon qu'il était « natif du dit Voulton (Vouthon), en Barrois », qu'il « réputait les Voultons (Perrinct et Perresson) ses prochains parents..., et que après son trespas, lesdits Perrinet, Perresson et Meng-otte leur sœur ont prins et emporté par portions ég-ales toute la succession mobiliaire et immobiliaire d'icelluy feu messire Henry de Voulton, comme ses plus prochains linagers habiles à luy succéder, sans que aulcun empeschemnnt leur en fust ni ayt été depuis lors mis, fait ou donné ». {^Nouvelles reclierclies..., p. i4-i5.)

La parenté du curé de Sermaize avec les neveux d'Isabelle Romée et par suite avec elle se trouve, par ce témoig-nage, nettement établie. Reste à savoir si cet ecclésiastique était l'oncle ou seulement le cousin desdits Perrinct, Perresson et Meng'otte, le frère ou seulement le neveu de la mère de Jeanne. MM. de Bouteiller et de Braux voient en lui frère Nicolas, le religieux de Cbeminon, qui, ayant quitté son couvent, « aurait obtenu, en souvenir des services rendus par lui à la Pucelle, la cure d'une ville où se trouvaient réunis ses plus proches parents. Il aurait alors quitté son nom monastique de Nicolas pour reprendie celui de Henry, qu'il avait reçu au baptême et qu'il avait déjà donné à Henry de Voulthon, son neveu, fils de son frère VQvvhwi» . [Nouvelles rer/terches, pp. xx-xxi.)

Ce sont là, MM. de Bouteiller et de Braux en conviennent, de pures hypothèses. Tout documenta l'appui faisant défaut, il semble plus raisonnable de maintenir la distinction des deux

APPENDICE Iir. LA FAMILLE DE JEANNE D ARC. OlKJ

personnag-es parents de la Pucelle, et de ne pas les identifier.

Ces liypolhèses d'ailleurs sont difficiles à concilier avec la déposition d'une certaine Jehanne, « native de Serniaize, en laquelle elle a continuellement demouré, àg-ce d'environ quatrevingt ans ». La déposante dit « avoir vu audit lieu de Scrmaize un nommé messire Henry de Voulton, lequel depuis qu'il arriva audit Sermaize du pays de Barrois, a esté curé de la cure dudit lieu, lequel a toujours ix'puté Perrinet, Perresson et Mengotte leur sœur ses parents prochains ». {Op. cit. pp. i5-i6.) Or, si cet Heni-y de Vouthon eût été le frère des personnag'es désignés, ladite déposante l'eut su, ce semble, et l'eût dit.

Si nous ne pouvons savoir à quel degré au juste le curé de Sermaize était parent de Jeanne d'Arc, les témoignag-es qui précèdent suffisent à établir qu'il était son proche parent : son oncle ou son cousin, et par conséquent le frère, le cousin ou le neveu de sa mère Isabelle.

Une circonstance de laquelle nous avons fait mention au chapitre m de cette Histoire se rapporte à la fille de Jeanne de Vouthon, Meng-otte, cousine g-ermaine de Jeanne d'Arc. Cette cousine fut mariée à un jeune homme de Sermaize, nommé Collot Turlaut. Deux ou trois ans après ce mariage, le comte de Salm assiégea l'église de Sermaize où les Français s'étaient retranchés. Un coup de bombarde atteignit Turlaut et le frappa mortellement. Un an et demi après la mort de son mari, sa jeune veuve se remariait. (E. de Bouteiller et G. de Braux, Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d'Arc, p. 8. Enquête des 2-3 novembre i47^-)

DE DUUAND LAXAKT. ETAIT-IL l'oNCLE OU LE COUSIN

PAU ALLIANCE DE JEANNE d'aRC?

La sœur de la mère de Jeanne, Aveline, habita quelque temps Sauvigny après son mariag-e avec Jean Le Voyseul ou Le Vauseul. Plus tard, elle vint s'établir à Burey-cn-Vaulx ou Burey-le-Petit, et elle y était en 1428. L'enquête du 8 octobre i555 faite à Vaucouleurs, à la requête (le Jean Royer des-

;)I() LA JEUMCSSK DE JEANNR DAUC.

(•eiidaiit frAveline, sœur d'Isabelle Roméc, nous apprend par la bouche de plusieurs témoins {Nouvelles recherches..., pp. 5i, 54, 56) que la fille d'Aveline, Jehanne, « fut mariée avec un nommé Durand Lassois, demeurant audit Burey », et jilus tard à Sauvoy.

Durand Lassois' est celui rpie le procès de réhabilitation nomme Durand Laxart, « soit par suite d'une faute d'écriture, soit par l'emploi d'une forme empruntée au patois local; car on trouve à chaque page des enquêtes le nom de Lassois avec des variantes peu importantes». {Ihid., pp. xxi- XXII.) Par conséquent, Durand Laxart était, non l'oncle de Jeanne d'Arc, mais le mari de sa cousine germaine. Ce n'est pas lui, du reste, qui dans sa déposition se qualifie d'oncle de la Pucelle : il se borne à dire que Jeanne était de la parenté de sa femme : « Joliauna articula fa erat de parentela Johannœ uxoris suœ. » {Procès, t. 11, p. 443.) Jeanne lui donnait la qualification d'oncle, en vertu de l'usage qui faisait donner ce titre aux cousins germains plus avancés en âge. (Boucher de Molandon, La Famille de Jeanne d'Arc dans l'Orléanais, pp. i44-'47-)

A la fin du quatrième volume, qui traitera du procès de réhabilitation, procès ouvert à la requête de la mère et des frères de Jeanne d'Arc, au nom de la famille et de tous les parents, nous dirons ce que devinrent Isabelle Roméc, Jean et 'Pierre d'Arc, et nous y ajouterons quelques mots sur leur descendance.

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