DE JEAN HORDAL ET CHARLES DU LYS
Pour le moment, nous remarquerons que Charles du Lys, magistrat érudit du commencement du dix-septième siècle, et Jean Hordal , professeur à rL^iilversité de Pont-à-Mousson , dont le lecteur a rencontré les noms dans cet Appendice et dans Vlntroduction, appartenaient à la lignée des frères de Jeanne d'Arc.
I. Il était né vers 1896. Il cul un fils, Thiébaut, qui alla demeurer à Sauvoy, prévôté de Vauco;ilcars. (Cf. C. Chévelle, L(i faniilU La.vart, \). if). Brocli. in-Sn, Nancy, iH()().)
ai'pi:nl)ICI': m. — l.v famili.k ue jeanne u auc. oii
Jean Hordal avait été avocat au Pai-Iement de Toulouse. Il descendait d'une fille de Pierre d'Arc, troisième frère de Jeanne, laquelle épousa Etienne Hordal. (E. de Bouteiller et G. de Braux, La Famille de Jeanne d'Arc, pp. 33-3r).) Jean Hordal fut « l'un des quatre professeurs ordinaires en la Faculté des droits civils et canons » de l'Université de Pont-à-Mousson (lôgG), et anobli en cette qualité. Cette Université ifivait été fondée en 1575! par Charles IH, duc de Lorraine; elle fut longtemps florissante et compta jusqu'à 2.000 élèves. En 175O, le roi Stanislas la transféra à Nancy. {Op. cit., p. ai8 )
Jean Hordal écrivit en latin la Biograpliie, ou plutôtT^'/oy,? de Jeanne d'Arc. Il ne justifie pas le titre qu'il lui a donné : Heroinœ nobilissimœ Joîiannœ Darc, Lot lia ri n g œ. vulgo Aarelianensis Puellœ, historia, in-^", Pont-à-Mousson, iGia.
Charles du Lys écrivit en français son ouvraci'e sur la famille et la parenté de la Pucelle. Trois éditions parurent en iGio, en 1612 et en 1628.
La première avait pour titre :
De l'extraction et parenté de la Pucelle d'Orléans avec la généalogie de ceux qui se trouvent descendus de ses frères. Paris, in-4'', 16 10.
Le titre de la deuxième était :
Discours sommaire tant du nom et des armes que de la naissance et parenté de la Pucelle d'Orléans et de ses frères. Paris, in-80 de 70 pages, 1612.
La troisième avait le même titre, sauf le premier mot qui était :
Traité sommaire, au lieu de Discours sommaire. Ia-4° de 02 pag-es, Paris, 1628, Edme Mai-lin.
Charles du Ljs était conseiller et avocat g-énéral du Roi en la Cour des aides à Paris. Permission lui fut accordée, par lettres patentes du 25 septembre 161 2, de prendre les armoiries octroyées par Charles VII à la Pucelle. (Procès, t. V, p. 220.)
APPEiNDIGE IV.
De la nationalité de Jeanne d'Arc.
II est arrivé pour la question de la nationalité de Jeanne d'Arc ce qui arrive pour bien d'autres : on l'a compliquée au lieu de la simplifier, et à force de vouloir l'éclaircir, on l'a embrouillée et obscurcie.
D'après certains érudits, Jeanne serait née sujette du duc de l.orraine; cette thèse paraît aujourd'hui abandonnée. D'après d'autres, elle aurait été sujette du duc de Bar. — D'autres savants font de la Pucelle une Champenoise, et par conséquent une Française, la Champag-ne faisant alors partie du royaume. D'autres enfin nient que Jeanne ait été Lorraine, ou Barroise, ou Champenoise; elle était, disent-ils, tout simplement Française ; Domremj, sa patrie, étant, au commencement du quinzième siècle, uniquement français'.
I. Les lecteurs, curieux de juger par eux-mêmes des pièces présentées'au débat, pourront consulter, entre autres écrits, les suivants :
Athanase Renard, Souvenirs du Dassignij Champenois, i85i : Jeanne d'Arc était elle Française? 1862. 55, 57.
L'abbé E. Misset, Jeanne d'Arc Champenoise. Brochure in-8". Paris, Champion, 1895, et autres brochures du même auteur sur ce sujet, jusqu'à celle qui a paru sous ce litre : Jeanne d'Arc Champenoise. La nationalité de Jeanne d'Arc et celle de saint Pierre Fourrier. Broch. in-80. Paris, Champion, 1898.
Jeanne d'Arc, la bonne Lorraine, ou Réponse à Jeanne d'Arc Champenoise, par l'abbé Edmond L'Hôte, chanoine honoraire, professeur au grand séminaire de Saint-Dié. In-80 de iiG pages. Saint- Dié, Humbert, 1895.
Étude sur la vraie nationalité de Jeanne d'Arc, par AL Chapel- LiEu, instituteur en retraite. bi-8o, Saint-Dié, 1870.
Jeanne d'Arc est-elle Lorraine? Trois brochures de M. Henri Lei'A(iE j)uhliccs en i852, i855, i856. D'après cet crudif, Jeanne d'Arc était une sujette d'Edouard, duc de Bar.
Nouvel aperçu sur Domremy, pays de Jeanne d'Arc. In-8" de
APPENDICE IV. SA NATIONALITE. 5l3
Dans le présent appendice, nous nous poserons ces deux queslions :
1° En quel sens Jeanne d'Arc doit-elle être réputée et dite Lorraine?
2" En quel sens doit-elle être réputée et dite Française?
PREMIÈUE QUESTION.
Jeanne d'Arc doit-elle être réputée et dite Lorraine'^
Dans sa ballade des Dames du temps jadis, trente ans seu- Icinent après le supplice du Vieux-Marché, Fiançois MUon demande ce que sont devenues
La reine blanche co:nme un lys Oui chantait à voix de sirène, lierlhe au grand pied, Biélris, Allys,
Et Jelianne ta bonne Lorraine Qu'Anglais brûlèrent à Rouen; Où sont-ils, Vierge souveraine?
Mais où sont les neiaes d'antan !
Est-ce de ces vers touchants de Villon que date l'usag-e de qualifier Jeanne d'Arc de Lorraine, ou faut-il remonter plus haut? Oui, il faut remonter encore plus haut; d'abord jusqu'aux chroniqueurs contemporains qui ne qualifient g-iière la Pucelle autrement; puis jusqu'à Jeanne elle-même, car elle a été la première à se donner cette qualification.
Parmi les chroniqueurs et écrivains du temps, Perceval de Cagny, le héraut Berri. l'auleur du Journal du siège d'Orléans [Procès, t. IV, pp. 3, 02, ii8), Mathieu Thomassin {ibid., p. 3o4), le greffier de la Chambre des comptes de Bra-
19 pages, i8(j5. « Ni Lorraine, ni Champenoise, Française uniquement », dit, dans cette brochure, AL INI vukice Poinsignon, inspecteur honoraire de l'xVcadémie de Paris.
Pour une bibliographie plus complète, cousuller le Livre d'or de Jeanne d'Arc (grand in-8« de 1008 pages, Paris, 1898) publié par JNL t^iiLRRE L.vNÉiw d'Ahc, pp. 2gr)-3o4, et le Hépei'toire des sources liisforiqiies du Moyen lUje, par M. l'abbé Ulysse Chev.vueh, nouvelle édition, au mot Jeanne d'Arc.
Ol4 LV .lEUNESSI^; DE ,li:\\.\K DAl'.C.
banl (p. 4^0), Lefèvre de Saint-Remi (p. 43o), Waltor Bovver (p. 478), Eberhard Windecke (p. 488). Jean Bréhal, dans sa récapitulation (P. Ayrolles, Jeanne d'Arc devant l'Église de son temps, p. 456), et beaucoup d'autres écrivains désig-nent Jeanne comme originaire de la Lorraine, des iMarches de Lorraine, du pays situé sur les confins de la Lorraine et du royaume. « La susdite Pucelle était de Lorraine », dit Matbieu Thomassin. « En ces temps, il se leva dans la Lorraine une jeune (ille... », dit El>erhard Windecke. « Qucedam puella, oriunda e.c Lot/tnrin(/ia », dit le greffier de Brabant.
Le chevaliin- d'Aulon, écuyer de Jeanne, (niillaume de Richarville, panetier de la cour, n'en parlent pas autrement. « Ladite Pucelle était des parties de Lorraine », dit Jean d'Aulon (Procès, t. III, p. 209). « Cette berg-ei-ette, dite la Pucelle, était ori;/ inaire de I^orraine », dit pareillement Richarville (ibid., p. 21).
Cette opinion s'accrédita si l)ien, que Ions les écrivains qui se sont occupés do la Pucelle aux quinzième et seizième siècles ne lui assignent d'autre berceau, lorsqu'ils le mentionnent, que le pays de Lorraine. Jean Hordal, l'auteur de la première biog-raphie latine de Jeanne d'Arc, à la famille de laquelle il appartenait, donne pour titre à son opuscule : FLeroinœ nobilissimœ Joannœ Darc. LoTUAniNG.E... pnellœ Historia (Ponti-Mussi, in-S», MDCXII). A la partie biog-raphique de cet écrit, Hordal a joint des éloges de Jeanne tirés d'un certain nombre d'écrivains de son temps, jurisconsultes, théolog-iens, médecins, historiens français et étrang-ers. Edmond Richer a fait de môme dans le quatrième livre de son Histoire de la L^acellc. Toutes les fois que ces~auteurs parlent du pays de Jeanne, ils nomment la Lorraine. Ainsi s'expriment dans l'opuscule de Hordal : Pie II (p. '')-])•, — Philippe de Bergame (p. 4o); — Joannes Nauclerus (p. 5,'-)) ; — Gilbert Génébrard, archevêque d'Aix (p. 92); — J"]tiennc Forcadel, professeur de droit à Toulouse (pp. loo-ioi); — Nicolas ^'ig■ner, médecin (p. ii3); — Baptiste Fulg-ose (pp. ii4-ii5); — Henri Panta- [éon, de Bâle (p. 118); — Pontus Heuterus (p. 119); — Fiançois des Rosiers, archidiacre de Toul (p. i.'>9); — Opmeerus d'Amsterdam (p. i4'); — (ieorg-es Braun (j». i\l\), — aux-
appi:ndi(:e iv. — sa natioxalitk. bio
quels Uicher ajoute Martin Deh'io, jésuite normand (Histoire ruanuscrite, liv. IV, fol. i35); — Henricus Kormannus, jurisconsulte allemand (fol. i38 verso); — Symphorianus Camperius (fol. i4o); — Paulus ^Emilius, historien italien (fol. i58), — et Paulus Conslantiniis (fol. iG6 verso). Un manuscrit des premières années du seizième siècle, cité par J. Quiclierat, a pour titre : Libri quatuor de (jeslis Johannœ Piiellœ Lotharingœ. (Procès, t. V, p. 83.)
D'où il suit que si le nom de Pucelie d'Orléans est, depuis le dix-huitième siècle, celui sous lequel historiens et poètes désignent ordinairement Jeanne d'Arc, à la fin du quinzième et durant le seizième le nom de Pncelle Lorraine, Puella Lotuakinga, est celui sous lequel à la fin du quinzième et de i5oo à 1612 elle était désignée.
Du reste, en la rattachant au pays de Lorraine, ces auteurs suivaient simplement l'exemple que Jeanne d'Arc avait donné la première; car c'est elle qui a été la première à se qualifier de Lorraine.
En etTet, son parent Laxart et son hôtesse de Vaucouleurs nous apprennent qu'elle leur tenait ce langage : « N'a-t-il pas été annoncé que la France serait perdue par une femme et qu'elle serait ensuite sauvée par une vierge? Eh l)ien, cette vierge est une vierge des Marches de Lorraine, — Prophetizatani fuit qnod Francia... per una/n virginem de Marcinis L0THAUING1.E restauraretur. )i (Procès, t. II, pp. 444» 44f>- Dépositions de Laxart et de Catherine Le Royer.)
Mais n'était-ce pas là une erreur; à quel titre la Pncelle pouvait-elle se dire Lorraine?
Elle le pouvait en s'autorisant de ce fait que Domremy se trouvait géographiquement en terre Barroise et que le Barrois était compris dans ce qu'on appelait les « Marches ou j^ays de Lorraine ». En ce quinzième siècle, quoi qu'il en fût des limites politiques de la France, du duché de Bar et du duché de Lorraine, on désignait sous le nom de iMarc/ies de Lorraine le territoire situé à la limite du royaume de France, entre la province de Champagne, le duché de Lorraine et « les AUemaignes )^. INIathieu Thomassin (Procès, t. IV, p. 3o4) dira : « Vaucouleurs en Lorraine»; et cependant Vaucouleurs,
t)lÇ) LA .IKUNESSK DK JEANNE DAKC.
(le l'aveu de tous, appartenait au i-oyaume : c'était la forteresse la plus avancée du nord-est qui protég-eât la France contre l'empire et contre le duché de Lorraine. Preuve surabondante (|ue le Barrois était réputé pavs lorrain avant de le devenir politi({uemciit; ce (|ui n'arriva qu'en i43i, lorsque le duc de Bar, René d'Anjou, unit à son duché de Bar le duché de Lorraine.
Le lang-age tenu par Jeanne d'Arc, l'opinion régnante des quinzième et seizième siècles, et une possession séculaire, tels sont [e.i titres qui autorisent à qualifier de Lorraine, sans blesser la vérité et, avec Villon, de bonne Lorraine, la libératrice d'Orléans. Comme le formub très justement M. le chanoine l'Hôte, de Saint-Dié, si Domremy, village natal de Jeanne d'Arc, n'appartenait pas au duché de Lorraine, il appartenait alors et il appartient toujours au pays de Lorraine.
A propos de sa naissance en ces Marches Lorraines voisines du Saint-Empire, nous raj)portcrons cette remarque judicieuse d'Edmond Richer :
« Et semble, dit-il en son Histoire de l'héroïne, que Dieu par sa providence l'ave voulu choisira un recoin et extrémité du royaume de France, le plus éloigné de la cour du Ro}^ et au païs où les Anglois et Bourguignons estoient les plus puissants et fort grossière, menant une vie toute champestre, afin de lever tous'les soupçons qu'on pourroit former qu'elle auroit esté instruite pour jouer ce personnage. Ceux qui la cognoissoient estoient grandement esbahys de sa résolution, veu même sa rudesse et sa simplicité : ce qui faisoit juger à plusieurs qu'elle avoit des mouvements divins". »