‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 265 sur 306 · SECONDE QUESTION · texte numérisé non relu

SECONDE QUESTION

En quel sens Jeanne d'Arc doit être réputée et dite Française?

On [leut prendre le mot k Français » en deux sens : en un sens large, géographique et ethnographique, et en un sens

I. L. Uichcr, Histoire de ta Pncelte (T Orléans, t. J, p. 70, 2 vol. in-8", 191 1, Paris, Desclée, éditeur.

APPENDICE rv. SA NATIONALITE. ,) l J

Strict et politique. Le premier sens indique la communauté de sang-, de race, de mœurs, de langue, d'orig-ine; le second indique le lien politique que la nature, la tradition, parfois des cironstances très peu naturelles, par exemple la violence, la conquête, ont imposé à une province ou à une localité. Les Alsaciens sont aujourd'hui Français au point de vue ethnographique: ils sont Allemands au point de vue politique et par le droit du plus fort.

Jeanne d'Arc était-elle Française, et de quelle manière?

i*^ Elle l'était certainement, géographiquement et etlinographiquement pariant'; elle appartenait à un pavs qui était et qui est absolument fiançais. Harroise, ou Lorraine, ou Champenoise, Jeanne est toujours Française ; et dans les deux premiers cas, elle l'est, non quoique Barroise ou Lorraine, mais parce qu'elle appartenait au Barrois ou à la Lorraine. Eicoutons à ce propos un écrivain al)solumcnt désintéressé dans la question qui émeut si fort les érudits lorrains et champenois, et d'une autorité incontosti'c en matière de i;i''i)i;i;ipliie :

« Malgré son nom allemand, dit Elisée Reclus, l'auteur de la Nouvelle Géographie universelle, la Lorraine est un pavs non moins français que l'Ile-de-France. Aussi loin qu'on remonte vers le passé dans l'étude des archives, on constate

I. Un point qu'il ne faut pas perdre de vue et qui est au-dessus (le toute discussion, c'est que Domremy était en pays Barrois. Un écrivain du dix-huitième siècle , le chanoine vosgien , qui était de Vaucouleurs, fait ohserver que, géographiquement parlant, le pays Barrois comprenait tout le pays situé des deux côtés de la Meuse, entre la Champagne d'une part et la Lorraine proprement dite de l'autre. Par conséquent, Domiemy, village riverain de la Meuse, se trouvait en pays Barrois.

C'est une chose dont convient Jules Quicherat dans une lettre mentionnée par M. Chappellier. On lit dans le Mistère d'Orléans que la Pucelle

« Est venue de terre lointaine, DeBarois, pays de Loraine. »

Telle était l'opinion du cardinal Mathieu, lorrain lui-même. Au point de vue géographi([ue, disait-il à l'auteur de ces lignes, Jeanne était du pays Barrois.

5l8 L\ JEUNESSE DE JEANNE d'aRG,

que les habitants de la Lorraine parlaient un idiome d'origine latine, qui, réduit à l'état de patois, disparaît de jour en jour devant la langue policée. » (Elisée Reclus, Nouvelle Géoyraptiie iinivtrselle, t. II, La France, p. 848. Gr. in-S"; Paris, Hachette, i855.)

Désirerait-on un arg-ument moins scientifique, irréfutable cependant, parce qu'il est du ressort du simple bon sens, l!évôque de Nancy, Mg'" Turinaz, le présentera excellemment en ces termes :

« Est-ce que, demande-t-il, à l'époque de Jeanne d'Arc, les Bourg-uig-nons et les Bretons, quoique g-ouvernés par leurs ducs, n'étaient pas Français? Pourquoi les Lorrains ne le seraient-ils pas ? La soumission de fait au roi de France établissait-elle à elle seule la nationalité française? Faut-il dire que demain les provinces de notre pays pourront, au gré des événements, n'être plus françaises? Est-ce que, au lendemain de la conquête prussienne, les Alsaciens-Lorrains n'étaient plus Fvançah'l ^) [Lellres du 22 et du 3i décembre iH^^ à M, labbé Missef. — Semaine religieuse de Nancy tlu 22 décembre 1894 et du 5 janvier iH;)").)

2" Mais Jeanne d'Arc n'était pas seulement Française au point de vue g-éog-raphique et etlinog-raphique, comme les Bretons et les Bourguig-nons de son temps l'étaient, comme le sont les Alsaciens-Lorrains de nos jours ; elle l'était encore par le lien d'une dépendance politique sinon directe, du moins indirecte rattachant Domremy au royaume.

Elle serait directement et strictement Française, si un ilocument absolument probant établissait que Domremy, en ces années i4i2-i43i, appartenait proprement et uniquement au royaume, comme y appart-enaient Tours, Poitiers et Vaucouleurs. Mais sur ce point la preuve décisive n'a ])ointété donnée» et de graves érudits soutiennent que Domremy en ce temps-là, que la maison même de la famille d'Arc dépendaient directement du duc de Bar, et indirectement seulement du roi de France, son suzerain.

Pour se rendre compte de l'état de la question, il faut se souvenir que le traité de Bruges de i3oi obligea les comtes de Bar de faire hommage à Philippe le Bel et à ses successeurs de

APl'ENDICK IV. — SA NATIONALITE. ;)I()

la pallie du Danois située sur la rive g-auche de la Meuse. Par suite, Domremy subit celte condition du Barrois mouvant et dépendit directement des ducs de Bar, indirectement des rois de France.

Mais, en ce temps-là, les rois de France ne négligeaient aucune occasion d'étendre les limites propres du rovaume, et au temps de Jeanne il se trouva, dit-on, que Domremv fut divisé en deux parties séparées par le ruisseau des Trois-Fonlaines, l'une au nord, qui était Champagne et France, l'autre au midi, (|ui était du Barrois [)roprcment dit. « Celle dcrnièie partie^ la plus considérable, renfermait l'église et la maison de la Pucelle qui était conséquemment de nationalité barrisicnne. » (M. Bourgaut, curé de Domremj, Guide du Pèlerin.)

M. Chappellier, bibliothécaire d'Épinal, place le ruisseau qui séparait Greux de Domremy « à l'extrémité nord. Une seule maison se trouvait sur la gauche, au nord; c'était Champagne. Adroite, se groupait tout le village, et il était du Barrois. » De ce côté était la maison natale de la Pucelle. Elle ne serait donc pas née en terre française. (Etude sur Donireiny, pp. 30, 37,46,47-)

3° Ces précisions failes, énumérons les opinions entre les quelles, politiquement parlant, les historiens se divisent.

Une première opinion est celle qui veut que Jeanne soit pi oprement et directement Française. D'après celle opinion, Domremy, du temps de l'héroïne, aurait appartenu au royaume. A cette opinion semblent se ranger les juges du procès de Bouen (t. I, pp. 208, 209); — • rinquisiteur Jean Bréhal (/?eco/lectio, p. II, in-8*, édit. des PP. Belon et Balme) ; — Perceval de Bjulainvilliers [Procès, t. V, pp. ii5-i2G).

Parmi les modernes, on pe*Ut citer Vallet de Virivillc et Auguste Longnon : d'après eux, « Domremy demeura constamment français ». Ils rattachent le village natal de Jeanne à la ciiàtellenie de Vaucouleurs. [Histoire de Charles VII, t. II, 42, 43; Les limites de la France à l'épocjue de Jeanne d'Arc, \[\.) Mab sur ce point ils sont manifestement dans l'erreur : jamais Domremy n'a dépendu de Vaucouleurs et de sa châlelnle. (Chappellier, op. cit., p. i3.)

M. l'abbé Mlsset. ancien direcleur de l'institution Lomond, à

l.A .IKLINKSSK l»K .IKA.N.Ni; KAUC.

Pniis, (il.srivo .[11.' honncmv .lr|icii(hilt ;ilni'. du l,alllla-c do Cliauiiinnl cl de la i.irv.-.t(- d'AiidrlcI-cl-.Moiiti'claiiv. ( Ir, .vKc jiiV'V(~.l('' cl n- l.aillia-c, ((.niiiic (|iii dirail cet an-..ii(!i.s>ciiiciil et ce d('iiarlcineiil, faisaiciil pailic i\r la pi-oviiicc <\r ( Jlia m |>ai; i c. l'ar (•(UisiMjiicnt, « au point de vue admiiiislralil", Hscal, judiciaiic, |)()lili(|Ui', •^•coa;raplii(jU(', Jcaiiiic d'Aïc serait ik'c au nivauinc et serait ])ar eonsi'(jueiil (.'/ku/i/x'/idisc et Ffa/içaisc '>. (Jeaniii' (TArr ('Jininjtcnoisr, p. ij. i

ilcmi Wallon et Siméon Lnce adnid lent Ja division de I )()uirenn en d^wx [)arlies. l'une française. Taulif liaiioise; mais au ('onliaire de M.M. P.oui-aut et Cliapj.clier. ils placent la |)lus c()nsid(''ralde sur la rive noid du luisseau des Trois-Fontaines, en terre française, et ils v font naili'e Jeanne d'Arc. Il ne nianipu' à ces opinions ([ue des picuves d(''cisives.

11 n'v a pas à insister, [)our élaMir (pie .Jeanne est n(''e sujette (lireetenient du roi de France, sur l'exemption des tailles et im[)ôts octrov('e à l'occasion du sacre par Charles \\\ aux liahilanls de ( i l'cux-l )omrem v, et sur l'anolilissemont (pi'il lit de ri.éroïn...

( )n n''[)ondrait, non sans raisiui. (|ne les rois de Fiance ne se j^Auaienl pas pour lever des inijuMsen dehors de leur domaine, et ipi'ils revendi(|uaient le droit d'anoldissement comme un droit r(''eulier. (pi'ils exerçaient au j^ré de leur souveraine t('

Dans la noU' i de la pa^v :>oS <le s( uvra-e sur.leanne à

Domremv, SiuK'on Lnce propose une s iliilion (pii tournerait la difliculté. ilans le cas où l'h.'ioïne ne serait pas née au lovaume. « Kn vertu du svsième d'enlrecnuis au(|uel étaient

s la plupart des villa-es

du rovaume et

duché de lîar, leuiarque-t-il. .Iac(pies d'Arc, né à CelV.uids et par ctda oiit;inaire du rovaume, auiait |ui demeurer sur la partie haridise de Domieniv sans cesser pour cela, i;rà<'e à l'entrecours, d'élre l'homme du roi de France. "

dette solution n'est pas aussi simple ipi'elle le paraît.

1" (le n'est pas chose prouvée (|ue .lacipies iV \\v IVit né à Getronds; c'est (diose probable seulement ;

vo .M. (diappelier I ouvrage cité. p. f\^)] mentionne une coutume (pii réduirait à iK'ant l'oliservalion de Simenon Lnce. D'après celle c lutume. propre au ltailliai;-e deChaumonf dmpiel

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