‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 274 sur 306 · DU SÉJOUR DE JEANNE A NEUFGHATEAU · texte numérisé non relu

DU SÉJOUR DE JEANNE A NEUFGHATEAU

(Page 195.)

Dans l'interrogatoire public du 22 février, Jeanne dit à ses juges qu'elle resta à Ncufchàteau environ quinze Jours. « Propter timorem Burgundorum, recessit a domo patris et ivit ad villam de Novocastro, in Lotharingia, pênes quamdam mulierem, cognominatam La Rousse, ubi stetit quasi per quindecim dies » (Procès, t. I, p. 5i.)

Les mêmes expressions, ibi stetit quasi per X V dies, se retrouvent dans l'article 8 du réquisitoire.

Les témoins du procès de réhabilitation, compatriotes de Jeanne, ne parlent que d'un séjour de quatre jours (Jean Morel, Gérard Guillemette, Bertrand Lacloppe), ou bien de trois ou quatre jours (Nicolas Bailly, le sonneur Perrin Le Drappier). (Voir au Procès, t. II, leurs dépositions.)

D'autres, sans préciser, disent : « Jeanne ne voulait pas rester à Neufchàteau ; elle disait qu'elle aimait mieux rentrer à Domremj. » (Déposition d'Isabellette, femme de Gérardin.)

Gérarclin dit la même chose : « Il lui était à charge de rester à Neufchàteau ; elle revint vite. » (Procès, t. II, pp. 428, 423.)

564 LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

Evidemment, ici quelqu'un se trompe. Peut-être l'erreur provient-elle du j[>Tet'fier expéditionnaire qui aurait lu riiKf pour quinze : hypothèse assez vraisemblable.

La femme qui donna l'hospitalité aux parents de Jeanne d'Arc était mariée à un certain Jean Waldaires : La Rousse n'était apparemment qu'un surnom. C'est un acte de i4i2 qui nous apprend cette particularité. Ce même acte nous la montre prêtant de l'arg'ent à des Lorrains soupçonnés de sentiments français. (Siméon Luce, Jeanne d Arc à Domremy, p. i85.)

NOTE XVL

JEANNE d'arc A-T-ELLE ÉTÉ MEMBRE DU TIERS-ORDRE DES FRANCISCAINS?

(Pag-e 201.)

Si Jeanne d'Arc était tertiaire franciscaine, c'est durant son séjour à Neufchâteau, pense-t-on, que les religieux Cordeliers k qui elle s'y confessa l'auraient affiliée. Mais a-t-elle été vraiment tertiaire et existe-t-il un document sérieux qui en fasse foi?

Si ce document existe, on ne l'a pas encore découvert. M. Léon Gautier écrivait à ce sujet dans Le Monde du 2 juin i88i : « Quelle joie pour l'ordre de Saint-François, quand il sera prouvé que Jeanne d'Arc était une tertiaire franciscaine! La chose est probable... Espérons! »

La chose est-elle probable...? Soit, accordons-le; mais ce qui est plus que probable, c'est qu'elle n'est pas avérée. Dans sa lettre postulatoire pour l'introduction de la cause de Jeanne d'Arc (26 juin 1888), le Général des Franciscains se bornait à noter que la croyance sur l'affiliation de Jeanne au Tiers-Ordre franciscain était loin d'être dénuée de fondement ; mais il n'en disait pas davantag-e.

Ce qui est hors de doute, c'est que cq fondement ne s'appuie lui-même sur aucun texte ni sur aucun fait probant, mais sur de vagues analog'ies, sur de simples conjectures.

Un relig-icux de Saint-François, le P. Henri de Grèzes, qui a publié une étude sur cette question, conclut en ces termes : De l'ensemble des faits invoqués, on doit tirer tout au moins cette conséquence : « que Jeanne et la famille franciscaine ont été unies par les liens réciproques d'une tendre et tout exceptionnelle sympathie ». (Jeanne d'Arc franciscaine, p. 36. Broclî. in-8o de 36 pa^es. Paris, Poussielgue, 1895.)

Les faits invoqués permettent-ils d'aller plus loin et de considérer comme probable l'affiliation de Jeanne au Tiers-Ordre? Sont-ils de telle nature que l'on puisse ajouter, avec le même R. P. de Grèzes : « Ces faits certains, indéniables, ne peuvent s'expliquer que par le fait de l'affiliation de Jeanne au Tiers- Ordre...? » Tout bien considéré, nous ne le pensons pas. Et d'abord, les faits qu'on invoque, en quoi consistent-ils? Ce sont maintes circonstances de la vie de la Pucelle qui rappellent les prescriptions de la règ-le du Tiers-Oi'dre sur la couleur des vêtements qui ne devait pas être voyante, sur la coupe des cheveux, sur le renoncement aux parures mondaines, sur le jeûne du vendredi, sur le port des armes offensives, sur la fuite des serments, sur l'assistance quotidienne à la messe, et l'on dit : Jeanne, en ces divers points, aurait observé rig-oureusement la règ-le des tertiaires.

Cette affirmation n'est pas tout à fait exacte. Ainsi, Jeanne, avant et après son arrivée à Chinon, portait des vêtements de couleur voyante : devant Baudricourt, elle parut en robe rouge ; depuis Poitiers, elle portait de riches vêtements. A Compiègne, l'archer qui la renversa de cheval l'avait saisie par sa casaque de drap d'or vermeil.

Porter les cheveux taillés en rond n'était pas non plus chose particulière aux tertiaires franciscains. Les g^ens de g-uerre les portaient ainsi, et les jeunes fashionnables de ce temps, « les mug-uels », faisaient de même. L'article XII du réquisitoire de Jean d'Estivet s'appuie sur cette mode pour reprocher à Jeanne d'avoir ses cheveux ainsi taillés: (onsis capillis in rofnndam, ad modam mangonum\

Quant aux pratiques pieuses communes à Jeanne et aux tertiaires, elles autoriseraient à dire, si la conclusion qu'on appli-

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