‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 57 sur 306 · CHAP. I. A DO.MREMV, LES DEUX FOYERS. I^C · texte numérisé non relu

CHAP. I. A DO.MREMV, LES DEUX FOYERS. I^C

C'était pourtant un édifice bien modeste que la petite église de Domremy : elle n'avait rien de ce qui sollicite la curiosité et attin; les reyrards; mais Jeanne v avait

reçu le saint baptême; elle y avait été consacrée à la bienheureuse Vierg-e Marie, elle y priait avec plus de douceur qu'en tout autre lieu, s'y sentait plus près du Maître qu'elle aimait, et comme la maison de ses parents était tout proche de la maison de Dieu, la jeune enfant, n'ayant qu'à traverser le jardin paternel pour s'y rendre, profitait de cette facilité et venait offrir au Seigneur en son sanctuaire ses prières naïves et ses adorations.

Dès qu'elle eut atteint l'àg-e de raison. Jeannette se forma, sous la direction de son curé, à ces pieuses et fortes habitudes, à ces saintes pratiques sans lesquelles il ne saurait y avoir de vie profondément chrétienne, la confession, l'assistance au sacrifice de la messe, la sainte communion. A partir de sa septième année, elle se confessait volontiers et souvent : un de ses compagnons de jeunesse en faisait la remarque'; mais en avançant en âge, elle mit à le faire plus de régularité. Vingt-neuf de ses compatriotes rendent d'elle ce témoignage dans l'enquête de la réhabilitation". La pieuse jeune fille comprit promptement l'utilité de la confession fréquente, pour en arriver à remplir exactement tous ses devoirs, à discerner et pratiquer les vertus qui sont l'honneur de son sexe. C'était, disait-elle, le moyen que lui recomman-

femme de Gérardin d'Épinal, dont Jeanne d'Arc avait tenu un enfant en baptême. J. Ouicherat, Procès, t. II, pp. 426-/127.

1. Même enquête de i/|56. Déposition de Jean Moen, voisin des parents de Jeanne : « Dam habuil intellectuin, miiltntiens confilehafar. » J. Quigherat, Procès, t. II, p. 4oo.

2. Voir ces témoiu^naçes à la tin du volume, aux Notes et Pièces justificatives.

l4o LA JEUNESSE DE JEANNE d'aKC.

(laient ses Saintes; car « elles-mêmes prenaient le soin de la faire se confesser de temps en temps ' ».

A Rouen, les juges demandaient à Jeanne d'Arc si elle voulait s'en rapporter à eux pour la détermination et l'appréciation de certains actes qu'ils lui atlrihuaieni faussement.

Jeanne leur répondait : « Je m'en rapporte à Dieu et à une bonne confession-. »

Ils lui demandaient encore si elle pensait avoir besoin de se confesser, puisqu'elle se croyait certaine d'être sauvée.

Jeanne répliquait : « On ne saurait trop nettoyer sa conscience -\ »

L'assistance au saint sacrifice et la sainte communion n'étaient pas moins chères à son cœur. A la messe, Jeannette y assistait aussi souvent qu'il lui était possible. Se trouvait-elle aux chaujps lorsque la cloche la sonnait, elle quittait le travail, s'il n'y avait pas d'empêchement, et accourait au pied de l'autel '^.

Détail qui met bien en lumière la gratitude de la jeune enfant pour son excellent curé, en même temps

1. « Item dicit Johanna quoil sancta Ivatliarina et Mar^arita libenter faciunt ipsam confiteri interduni. » (J. Quicherat, Procès, t. I, p. 89. Cinquième interrogatoire public.)

En revanche, à Rouen, l'évêque de Beauvais refusait à sa prisonnière toute liberté en fait de confession : longtemps il ne la laissa se confesser qu'à un misérable (jui la trahissait. Jeanne « se plaignait fort du refus qu'on lui opposait ». {Procès, t. III, p. i36. Déposition du prêtre Guillaume Manchon, l'un des greffiers du Procès.)

2. J. QuiCHERAT, Procès, t. I, p. i53. — Interrogatoire de la matinée, dans la prison, le i/| mars.

3. Id., ibid., p. 167. Même jour, interrogatoire de l'après-midi.

4. Déposition de Jean Morel, un des parrains de Jeanne. J. Qui- CHERAT, Procès, t. II, p. Sqo.

CdAP. I. A OOMREMY, LES DEUX FOYERS. ll{l

que sa dévotion pour le sacrifice de nos autels, toutes les fois que messire Front pouvait célébrer dans l'église de Domremy, Jeannette était là pour entendre sa messe. Si bien que le bon curé s'en était aperçu et avait fait part de cette observation à un ecclésiastique de ses amis. Celui-ci ajoutait que si la fille de Jacques d'Arc avait eu de l'arg-ent, elle l'aurait donné volontiers à son curé pour dire des messes'. Sans doute que la pieuse enfant exprima plus d'une fois le regret de n'être pas plus fortunée, et de ne pouvoir, faute d'argent, suivre les inspirations et les désirs de son cœur.

Puisque nous parlons de l'attachement que Jeannette portait à son pasteur, en reconnaissance des bontés et des soins dont elle était l'objet de sa part, rappelons cet autre détail : elle avait en lui une confiance si entière, et elle tenait tant à ne lui faire aucune sorte de peine, que, s'il était empêché, elle ne se confessait à un autre prêtre qu'après lui en avoir demandé et en avoir obtenu la permission ^.

Lorsque l'église de Domremy et une partie du village eurent été incendiés par des coureurs bourguignons. Jeannette resta quelque temps privée de ces consolations religieuses. Il lui fallut renoncer à entendre la messe de son curé à Domremy même. Elle se dédommageait en allant, les jours de dimanche et de fête, l'entendre en l'église de Greux-''.

1. Même enquête. Déposition d'Etienne de Sionne, curé de Roncessey, près Neufchàleau : « Quotidie, dum celebrabat (Guillelniiis l^ronte), erat (Johanna) ia missa. »J. Quicherat, Procès, p. 4o2.

2. a Interrog-ata..., respondet quod... quando curatus erat impeditus, confitebatur uni alteri sacerdoti, de licentia ipsius curali. » Id., ibiil., t. 1, second interrogatoire public, p. 5i.

3. Enquête susdite. Déposition de Béatrix, veuve Estellin, une des

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La dévotion de la petite Jeanne au saint sacrifice de la messe avait comme complément un empressement é^al à visiter notre divin Sauveur dans le sacrement de l'autel et à recevoir, aussi souvent que son confesseur le lui permettait, la sainte communion. Tandis que ses compagnes se divertissaient à des rondes ou autres jeux, la pieuse enfant mettait sa joie à se rendre et à prier au pied du tabernacle'. Elle éprouvait une douceur infinie à l'adorer du plus profond de son àme et à s'abandonner sans réserve à sa volonté.

Et si elle mettait une sainte avidiié à s'asseoii' à la table eucharistique, à s'y nourrir du pain des anges, c'est que, au sortir de ce festin, elle se sentait plus ardente au bien, plus imprégnée de pureté, plus allérée de dévouement.

Ces habitudes religieuses, Jeanne d'Arc les entretint si bien pendant son adolescence, qu'elle y demeura fidèle toute sa vie et les porta jusqu'au milieu des camps. « Je l'ai vue plusieurs fois, disait l'un des deux genlilsbommes qui l'accompagnèrent à Cliinon; je l'ai vue soit à Vaucouleurs, soit à la guerre, se confesser — ce qu'elle a eu fait jusqu'à deux fois par semaine — et recevoir l'Eucharistie^. »

A Orléans, le matin de l'assaut des Tourelles, a elle ouyt messe, se confessa et rereut en moult grande dévotion le précieux, corps de Jésus-Christ ^ »,

marraines de Jeanne. J. Ouicherat, Procès, t. Il, p. 896. — Greux est à 5oo mètres environ de Domrcmy, au nord, sur la roule de Vaucouleurs. Les deu.^ï localités ayant chacune leur église, durant la semaine le curé disait la messe tantôt h Greux, tantôt à Domremy.

1. Enquête susdite. Déposition de Jeannette, veuve Thiesselin. J. QuicHEHAT, Procès, t. II, p. 4o4-

2. Enquête susdite. Déposition de lîerlrand de Poulen^y. h)., itiid., p. 455.

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