‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 71 sur 306 · Procès, t. I, }). f · texte numérisé non relu

Procès, t. I, }). f

2. a Sccuudum turnum palris, aniiiialia et pecus clictœ villai custodicbal. » Déposition de liéatrix, veuve Eslellin. /^/-oecS;, l. It, pp. 3g0, 3(j8, 4o^> 407, etc.

'i. Le héraut Berri. Procès, t. IV, p. /p.

4. « Laborabat, sarclabal... — Iljat ad aialiiui) cuui [jatre, tribu-

GirAP. II. A DOMRE.MY, LES DEUX FOYERS. iCjÇ)

A la vérilé, Jeanne était robuste; il ne lui en coûtait assurément pas d'être traitée de la sorte. Elle goûtait une véritable satisfaction à seconder et aider les siens. D'ailleurs, à la pensée de l'avenir que la Providence lui préparait, dès qu'elle l'entrevit suffisamment, elle comprenait qu'elle n'aurait jamais trop de vigueur et de santé. Cette vie dure, cette habitude du plein air et de la fatigue ne pouvaient lui déplaire, car elles fortifiaient ses membres, affermissaient son tempérament et la mettaient en possession de cette robustesse, de cette capacité d'endurance qui, à la guerre, étonnaient au delà de toute expression les plus vigoureux de ses compagnons d'armes. Pour fixer dans ses traits essentiels la physionomie de Jeanne d'Arc jeune fille, telle qu'elle apparut aux habitants de son petit village; pour peindre son àmc si sensible aux souffrances d'autrui, si compatissante, il nous reste à rappeler son amour du prochain, ses sympathies, ses prédilections pour les petits enfants, les malheureux et les pauvres.

Les indigents, les pauvres, les infortunés, les délaissés de toute sorte, combien Jeannette était heureuse de les consoler, de les assister, de les secourir ! Elle le faisait d'abord par des aumônes. « Elle en distribuait des biens de son père, rapportait une de ses intimes amies' ; — et elle en distribuait beaucoup. »

Son père n'y mettait pas d'empêchement, voyant en ces dispositions charitables une bénédiction du Ciel. Il laissait volontiers sa fille « donner pour Dieu et par

lal)at terram cum trlbula. — lliat ad messes. » Ihid., pp. l\22,l\2.l\,?t^^. I. « Eleemosynas de Ijonis pafris sui faciebat. — Faciebat mullas eleemosynas. » Déposilions de Meng'eUe, femme Juyart, et du sonneur Perrln le Drappier. Ihid., pp. [\'io, !\i'i.

iGo LA JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

amour de Dieu tout ce qu'elle pouvait avoir' ». C'élail aller au-devant des plus chers désirs de Jeanne que de lui fournir les moyens et de lui laisser une liberté raisonnable de multiplier ses libéralités. La conduite de ses parents à cet endroit nous révèle deux choses qui nous permettent de les mieux connaître et surtout de les mieux apprécier. En premier lieu^ une certaine aisance, car s'ils eussent été gênés et pauvres, comme l'affirment quelques historiens, leur fille n'eût pu répandre ces (( aumônes nombreuses, — militas eleemosynas de bonis patris siii », dont parlent expressément les témoins du procès de réhabilitation, ni porter des cierges à Notre- Dame de Bermont, ni en faire brûler devant l'autel de Notre-Dame de Domremy et les statues des saints, comme elle avait accoutumé de le faire. En second lieu, ces détails et ceux qui vont suivre nous découvrent chez le père et la mère de la Pucelle un sens chrétien, une foi vive, des habitudes de générosité et de charité qui expliquent la réputation excellente et la considération dont ils jouissaient auprès des habitants de leur petit village.

Aux aumônes. Jeannette ajoutait les autres œuvres de miséricorde. Passait-il des malheureux, étaient-ils exposés à demeurer la nuit sans abri, la fille de Jacques d'Arc les recueillait, les réconfortait, les menait au logis

I. « Amore Dei seepc eleemosynas ilabat. — Daljat lijjenlcr pi'o Deo ea quse polerat. habere. » Dépositions de Jeannette, femme Thiesselin ; de Michel Lebuin, de Domremy, laboureur. Procès, t. II, pp. 898, !\l\o. — Que le lecteur note le caractère surnaturel et chrétien de la générosité de Jeanne d'Arc. Son parent Durand Laxart parle avec admiration des aumônes qu'elle faisait non seulement à Domremy, mais encore à Burey-le-Petit. Ibid,, p. 443.

CtlAI'. II. A DOMREMY, LES DEUX FOYERS. l6l

de ses bons parents et, au besoin, exig-eail qu'ils couchassent en son propre lit, afin qu'ils pussent se remettre de leurs fatig-ues. Ces nuits-là, elle dormait dans le four ou près de l'àtre, sous la cheminée de la pièce principale*.

Oui s'étonnerait, après cela, de la voir, dans sa vie publique, se plaire à répandre de larges aumônes, et de l'entendre dire à Bourges « qu'elle était envoyée pour consoler les pauvres et les indig-ents' )•> ?

Y avait-il des enfants malades à Uomremy, Jeannette accourait à leur chevet et leur prodiguait les soins les plus affectueux, les plus tendres. Un laboureur du pays, appelé en témoignage à l'enquête de i/jôG, racontait ce que la jeune fille faisait en ces cas-là. «. Je le sais bien, ajoutait-il, j'étais enfant alors et malade : c'est elle qui me consolait ^. »

Par les consolations et les soins que la fille de Jacques d'Arc prodig"uait aux petits enfants quand ils étaient malades, on peut juger de l'intérêt qu'elle leur témoignait en toute circonstance. La manière dont elle en usait dans le cours de ses expéditions guerrières, lorsque dans les endroits où elle s'arrêtait il y avait des couvents de religieux où l'on élevait des enfants, l'empressement qu'elle mettait à rassembler ces chers petits, la joie qu'elle éprouvait à communier avec eux^, nous indique ce qu'elle devait faire tant qu'elle demeura à Domremy.

1. « Faciebat hospitarc paupcres, et volebat jacere in focario, el quod pauperes cubarent iii suo Iccto. » Déposition d'Isatjcletle, femme Gérardin. Procès, t. II, p. 427.

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