‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 83 sur 306 · GII.III. ACHEVEMENT DE SA PREPARATION HUMAINE. I · texte numérisé non relu

GII.III. ACHEVEMENT DE SA PREPARATION HUMAINE. I

cliacun jour (chaque jour) en son service royal ' ».

De là celle double religion qui règne en son cœur et qui dominera sa vie : la religion de sa patrie et de son Uoi. Des trois choses que la Vierge de Domremy demandera à ses Saintes, deux regardent ce cher pays de France et son souverain ; la troisième seulement la regarde elle-même. « J'ai demandé à mes Voix trois choses, dit-elle : la première, le succès de mon expédition (la levée du siège d'Orléans et le sacre de Reims) ; — la deuxième, que Dieu aide bien aux Français et garde bien les villes de leur obéissance ; — la troisième, le salut de mon âme". »

Les idées que nous venons de rappeler 3 et ce lang-ag-e tenu par la Pucelle en diverses circonstances suffiraient, s'il en était besoin, à expliquer le culte qu'elle professa si hautement et si magnanimement, jusque sur le bûcher de Rouen, pour le légitime héritier du trône '. Ces mêmes idées nous donneront le mot de l'attachement respectueux que Jeanne avait voué au jeune cousin de Charles VII, le duc d'Orléans, captif des Anglais. A Poitiers, Orléans, Rouen, elle a donné de cet attachement

1. Procès, t. IV, p. 287. Lettre au duc de Bourgogne, déjà citée.

2. IbicL, t. I, p. i5/|. Interrogatoire du xiv mars, le matin, dans la prison.

3. Ces idées ont régné en France longtemps après Jeanne d'Arc : elles n'ont guère perdu leur vertu dominatrice qu'en notre dix-neuvième siècle. Ce ciille pour la personne des rois de France expli([ue seul des faits bien surprenants, tels que la mort de Racine et celle de Vauban hâtées par la peine d'avoir déplu à Louis XI\'. A l'aurore des temps nouveaux, avec le sentiment religieux, il cxpli(iue la résistance indomptable des Vendéens aux hommes de 98 et « la guerre de géants )) qui en fut la conséquence.

4. « Qu'on n'accuse pas mon Roi, disait hautement la martyre en marchant au suppUce : il n'a pas trempé dans ce que j'ai fait; si j'ai fait mal, il n'y est pour rien. » Procès, t. I, p. /|45.

178 LA JEUNESSE DE .TE\N\E d'aRC

des marques qai surprennenl, el montré quelle place d'honneur ce jeune prince occupait dans ses patriotiques projets.

Elle y songeait déjà dans son petit village, lorsqu'elle disait à plusieurs reprises, à des cens du pays, qu'elle relèverait la France et le sang royal' ». Elle maintiendra cette place au fds de Valentine de Milan lorsque, dans sa lettre aux Anglais, elle leur signifiera dès les premières lignes qu'elle « est cy envolée de par Dieu par le Roy du ciel pour réclamer le sang royaP (les obliger à rendre la liberté au duc leur prisonnier, ou bien, dans un sens plus général, à respecter les droits de la Maison de France) ». Ce sang royal coulait dans les veines du fils de la victime de Jean sans Peur. Aussi^ à Rouen, la Pucelle ne cachera pas à ses juges ses vrais sentiments à ce sujet. (( Elle savait bien, leur dira-t-elle, que Dieu chérissait le duc d'Orléans; il le chérissait plus qu'ellemême, et elle avait eu sur lui plus de révélations que sur aucun homme vivant, son roi excepté^. »

C'est pourquoi, sauvegarder les intérêts du duc prisonnier sera un des objets de la mission de Jeanne. Elle empêchera les Anglais de s'emparer de sa bonne ville d'Orléans, et, après cela, elle s'occupera de rendre le duc lui-même à sa patrie et de le délivrer des mains des insulaires, soit par composition, soit par force ouverte. Et cela devait arriver sûrement. « Elle-même l'eiUfait, disait-elle, si elle eût dure trois ans^ )) Mais elle ne dura pas.

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