‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 84 sur 306 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

4. Ibid., p. i34. Charles d'Orléans ( i3i)i-i/i0/(), tils aine de Louis, frère de Charles VI et premier duc d'Orléans, et de Valentine

cil. III. ACHÈVEMENT DE SA PREPARATION HU3IAINE. I 7()

Toutefois, il est un autre motif de l'intérêt que Jeanne d'Arc portait au duc prisonnier : c'est l'immense pitié que l'assassinat de son père Louis d'Orléans et les malheurs qui accablèrent sa famille avaient excités dans la France tout entière; pitié à laquelle l'âme compatissante de la vierge Lorraine ne cliercha certes pas à se dérober. Jusqu'à sa captivité, Charles d'Orléans n'avait eu qu'un rôlcinsig-nifiant et effacé. Mais son père avait joui de son \ivant d'une popularité que ses lég-èretés ne purent ni faire oublier, et son fils en bénéficia. A la cour de Charles VI, le rival de Jean sans Peur comptait beaucoup d'ennemis et non moins de jaloux. Il ne semblait pas s'inquiéter beaucoup des uns et des autres, et il ne se mettait pas davantag-e en peine de modifier en ses faits, relations et propos, ce qui donnait prétexte à ces jalousies et à ces inimitiés.

Le peuple de Paris et de France n'ignorait guère celte situation. Mais ce peuple, toujours sensible à l'élévation

de Milan, épousa en secondes noces Bonne d'Armagnac (i4io), fille de Bernard VII, comte d'Armagnac el connétable de France. De là le nom à' Armagnac donné d'abord à son parti, en opposition à celui des Bourguignons ; puis aux défenseurs de l'héritier légitime de Charles VI et au parti français, en opposition à celui des Bourguignons et des Anglais. (Voir le Joiumal cVun Bourrjeois de Paris.) Le jeune duc fut fait prisonnier à la bataille d'Azincourt : il resta vingt-cinq ans captif en Angleterre, adoucissant sa captivité par le culte de la poésie. Il mourut en i404-

Quelles révélations Jeanne avait-elle eues sur le duc d'Orléans'.' Elle ne le dit pas : vraisemblablement, elles concernaient son fils Louis XII et les princes ses descendants, cjui devaient occuper le trône de France.

Charles d'Orléans ignora-t-il, durant sa captivité, l'intérêt que Jeanne d'Arc portait à sa personne, et ce qu'elle fit pour son duché et sa bonne ville? C'est peu vraisemblable. Mais, alors, pourquoi ses poésies ne parlent-elles jamais de la « bonne Lorraine »? Était-ce indifférence et légèreté, était-ce ingratitude?

l8o LA JEUNESSE DE JEANNE d'aKC.

du ran^ et auclianiicde la jeunesse, loujours admirateur du courag-e et de la ^^^énérosilé, oubliait les défauts — disons, si l'on veut, les vices — du jeune prince pour ne se souvenir que de ses qualités brillantes et de sa vaillance chevaleresque. On parlait dans le lovaume avec org-ueil du défi que Louis d'Orléans (7 août i4o2) avait jeté au roi Henri IV d'Angleterre, le provoquant à « combattre jusques au rendu, avec lance, hache, espée et dague, tous deux accompagnez de cent tant chevaliers qu'escuiers sans aucun reproche, tous g-enlilshommes » ; et on ajoutait avec non moins de fierté que le monarque anglais, après avoir fini par consentir en apparence à ce combat, n'en fit rien et demeura coi '.

Charles d'Orléans, fils de la victime de Jean sans Peur, hérita en quelque sorte de cette popularité : la captivité qu'il subit après Azincourt l'accrut encore davanlag-e. Ce qui fait dire à Michelet : « Lorsque, au témoignage d'un contemporain, il n'y avait plus une maison debout dans les villes, depuis la Picardie jusqu'en Allemag-ne, le peuple réservait sa pitié pour un prince pi'isonnier, un poète, voué à la captivité et à l'exil". »

Dans son petit village, Jeanne d'Arc prit sa paît de cette pitié universelle. II est à présumer d'ailleurs qu'elle n'ignorait rien des malheurs qui s'étaient appesantis sur la famille d'Orléans. Elle n'ig-norait pas surtout de rpielle tendresse Valentine de Milan avait entouré son jeune époux et avec quelle fidélité elle avait veillé sur sa mémoire. Si la vierge de Domremy n'a pas su la louchante devise que cette mère de six enfants avait faite

1. Enyucrran de MoNsri\Ei.i:T, (^Jiroi\i(jut\ liv. I, cluip. ix et x; t. I, pp. /|4-4r), 59-67. Édit. citée.

2. Michelet, Histoire de France, liv. X, chap. i. In-S'', Paris, i84i .

eu. m. ACHEVEMENT DE SA l'H El'AHATION HUMAINE. [8l

sienne : « Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien'! » son cœur de femme lui permit de comprendre l'immensilé de l;i douleur à laquelle Valenline inconsolée succondjii, un an après l'assassinat de Louis son époux.

Du souvenir et du speclacre de tant d'inforlunes accumulées sur la noble famille d'Orléans, du courant universel de sympathie et de pitié dont elle était devenue l'objet, naquit dans le coeur de la Pucelle cette affection im[)ré§née de dévouement et de respect dont le procès de Rouen nous a redit les nobles éclios'.

Quand l)ien même toute autre source d'informalions nous ferait défaut à cet ég-ard, deux faits se dégagent des textes qui viennent de nous montrer de quelle manière Jeanne d'Arc entendait le patriotisme : l'un est la distinction, la supériorité de son intelligence; l'autre est le fait d'une certaine culture positive, d'un commencement de formation intellectuelle dont on entrevoit le fruit et dont il resterait à découvrir les sources.

1. u Niliil mihi prseterea, praeterea nihil niihi! » Symphorien GuYON, Hist. d'Orléans, t. II, p. i52.

2. Une circonsUiuce de la jeunesse de Jeanne d'Arc, ses visites à Sermaize en Champagne dont nous allons parler, pouvait entretenir et raviver cette pitié de la jeune fille pour la maison d'Orléans. Vertus, petite ville de Champagne (aujourd'hui chef-lieu de canton, département de la Marne), appartenait à cette maison. Le second frère du duc prisonnier, Philippe, portait le titre de comte de Vertus. Sa ville et son comté, comme un grand nombre de localités champenaises, étaient au pouvoir des Anglais. Ces faits ne passaient point inaperçus ; on devait en causer à Sermaize, et la petite Jeannette, qui écoutait ce (ju'on disait autour d'elle, avait trop bonne mémoire pour l'oublier. (Cf. Monstreliît, C/ironi(/iie, t. IV, liv.I, chap. ccxxx.)

I«2 LA .IKUNESSE DR .IKANNE D AHC.

Que dans sa première jeunesse, aussi bien qu'au cours de sa vie publique el du procès de Rouen, une intelligence supérieure se soil révélée cliez la Piicellc, il n'est aucun historien aujourd'hui qui songe à le contester, et s'il en reste quelques-uns, ces représentants d'un autre âge seraient bien empêchés de justifier leur opinion. Sans doute, cette inleliig-ence de l'héroïne n'apparaîtra dans tout son éclat qu'au fur et à mesure des événements. Mais jamais on ne la verra s'éclipser ou déchoir et, à aucun moment de sa vie si brève, la rectitude des idées, la sûreté du jugement, la pénétration du coup d'œil, le dictamen du bon sens ne lui feront défaut.

Est-ce bien une simple villageoise qui, à Vaucouleurs, pour explifjuer sa présence, dira, non « Je suis venue dans cette ville royale », mais bien : « Je suis venue à chambre de roi »?

Oui déclare à Baudricourt « qu'elle vient de la part de son Seig-neur, c'est-à-dire de Dieu : qu'après tout le royaume n'appartenait pas au Dauphin, mais à Dieu; néanmoins que son Seig'ueur voulait que le Dauphin fût fait roi et qu'il eût le royaume en commende »?

A Rouen, ses juges l'interrogent « en quelle forme saint Michel vint à elle ». Jeanne répond : « En la forme d'un très vrai prud'homme '. »

On n'a pas suffisamment remarqué le choix, prémédité ou spontané, que la jeune vierge fait de ses expressions. Sait-on, observe l'auteur des Causeries du Lundi, que <( le mot de prud'homme était cher à saint Louis, qu'il y faisait entrer toutes les qualités du chrétien et de riionnète homme? « Prud'homme, disait ce saint roi,

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