I. Sainte-Beuve, op. cil., t. Vllf, p. r)2S
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qiies d'Arc, en ses pèlerinag-es ou déplacements, rencontra sur son chemin, et dont elle mit le savoir et les rapports à profit.
L'influence qu'il convient de sig-naler en première ligne, c'est, disons-nous, celle de Guillaume Frontey, curé de Domremy, ce digne ecclésiastique qui remarqua bien vite la vive et pénétrante intelligence de la petite Jeannette. Nous en avons déjà touché quelques mots en parlant de la formation chrétienne qui fit d'elle une jeune fille exemplaire. Assurément, le bon curé ne borna pas à cette formation l'intérêt qu'elle lui inspirait : il s'appliqua à cultiver, avec un soin égal, son esprit, son cœur, son âme.
Lorsque, en i456, devant les délégués du Saint- Siège, le comte de Dunois rappellera le récit que la Pucelle lui fit, à Orléans, de la vision dans laquelle Charlemagne et saint Louis priaient Dieu pour le roi et la cité orléanaise ; lorsqu'à Rouen, de la bouche de la captive, jailliront ces reparties si soudaines, si spirituelles, si sensées, mais surtout si nobles, si chrétiennes, si généreuses ; lorsque, aux prises avec ces docteurs in iitroqiie exercés à toutes les finesses, rompus à toutes les subtibilités de la dialectique, on verra cette villageoise de dix-neuf ans briser d'un mot les mailles serrées de leur argumentation, les déconcerter par l'àpropos de ses répliques, les confondre par le patriotisme de ses accents, n'oublions pas la part qui revient à un simple curé de village dans la formation de cette intelligence surprenante — par sa date, sa durée, sa profondeur elle est la première — et ne lui refusons pas un hommage bien mérité.
A l'action du curé de Greux-Domremj sur sa petite
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paroissienne en vue de sa formation intellectuelle, il faut joindre celle qu'un ecclésiastique — son proche parent — exerça sur elle dans les visites qu'elle fut à même de lui faire de sa dixième à sa seizième année.
Cet ecclésiasti(jue était un frère ou cousin de sa mère, il avait noai Henri de Vouthon, et il était curé de Sermaize, petite ville de Champagne, à vingl-cinq lieues environ de Domremy. Or, en cette ville de Sermaize, un propre frère de la femme de Jacques d'Arc, nommé Jean de Vouthon, était venu s'établir avec sa famille, vers i4i6? et y habitait près de son parent le curé. Malgré la distance, les deux familles de Vouthon et d'Arc demeurèrent en relations et se visitèrent annuellement.
Une enquête officielle de 1476 produit le témoig'nag'e d'un pe(it-fils de Jean de Vouthon, nommé Henri, déclarant que, en son jeune àg'e, il avait été, en compagnie de son père, « en la ville de Doinprémy-sur-Meuse, en laquelle ils furent reçus en l'hostel de feu Jacquot d'Arc et d'Ysabelot sa femme, père et mère de Jehanne-la- Pucelle, qui, pour lors, était jeune fille, et leur firent bonne chère ».
De son côté, la famille de Jehanne d'Arc rendait la visite à ses parents de Sermaize. « Plusieurs fois, dé[)0sait le même Henri de Vouthon, Pierre du Lys, Jehan du Lys son frère et Jehanne-la-Pucelle leur sœur sont venus au dit Sermaize, auquel lieu le témoin les a vus demeurer plusieurs jours, prendre leur logis en l'hostel de son père et faire en iceluy bonne chère. »
Etant donné les habitudes de piété de Jeannette et la direction de ses pensées, on peut admettre en toute vraiemblance que, dans ses divers séjours à Sermaize, surtout après ses premières visions, ce n'étaient pas les fêles
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piofanes cl les plaisirs mondains qui l'atliraienl; de préférence, elle rechcrchail la s(3ciélé de son parent le curé, dans l'espoir de devenir lout ensemble plus fidèle à Dieu, plus instruite et plus éclairée.
En ces mêmes visites, la Pucelle pouvait converser encore avec un sien cousin germain, nommé Nicolas, relit;ieux à l'abbaye de Clieminon, près Scrmaize. Elle g-arda de lui un si bon souvenir que, au moment de la campagne de la Loire, elle écrivit à l'abbé du dit Clieminon « afin qu'il donnât congé à frère Nicolas — c'était le nom de son cousin, fils de Jean de Voutlion, — d'être son chapelain, ce que lui accorda le dit bon abbé. Donc, Nicolas alla rejoindre la Pucelle, et la suivit en tous les faits d'armes qu'elle fit pour lors ' ».
Outre la culture intellectuelle et morale que la future libératrice de la France avait lieu d'acquérir en la fréquentation du curé de Sermaize et des ecclésiastiques et religieux qu'elle y rencontrait, il ne faut pas oublier celle que purent lui valoir ses pèlerinag'es et les relations que nous la voyons nouer soit avec les prêtres et religieux qui, en l'absence du curé de Domremy, la dirigèrent spirituellement, soit avec des familles considérées établies en des localités voisines de son village.
Le procès de Rouen et les enquêtes du pays de l'héroïne nous fournissent, sur ce sujet, des informations précieuses. Ils nous sig-nalent les religieux mendiants, auxquels Jeannette se confessa deux ou trois fois durant son séjour à Neufchâteau; et, parmi les prêtres des environs de Domremy, Jean Colin, chanoine de Brixey,
I . E. DE BouTEiLLER et DE BuAux, Nouvelles recherches sur In famille de Jeanne d'Arc, pp. 9 et lo.
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qui la confessa deux ou trois fois ; Henri Arnolin, de Gondrecourl-le Cliàleau, qui la confessa qualie fois; niessire Fournier, curé de Vaucouleurs, tout à la fois son confesseur el son exorciste.
Noble homme Geoffroy de Foug- déposa qu'il vit souvent la Pucelle chez lui, à Maxey-sur-Vaise, et que lorsqu'elle venait en celte localité, elle ne manquait çuère de le visiter '.
Le chevalier Aubert d'Ouichcs parle de Jeanne cojnnie l'ayant connue très particulièrement. « Je voudrais bien, disait-il, avoir une fille aussi bonne. » Pour s'exprimer de la sorte, il fallait que ce seig"neur eût vu la Pucelle de très près, soit dans sa propre famille, soit chez des amis communs. Quelque flatteur que soit ce témoignage du chevalier d'Ourches, nous lui sommes redevable d'une affirmation à quelques ég-ards plus précieuse encore, parce qu'il sig-nale catég^oriciuement un effet de cette culture positive, de cette formation intellectuelle dont nous croyons devoir émettre l'idée. C'est lui, contemporain de Jeanne, qui nous apprend que sa parole n'avait rien de vulg^aire. « Celte Pucelle, dit-il, s'exprimait extrêmement bien : Qaœ Piiella miiltiim bene loqiîebatiir~ . »
Les relations que la vierg-e lorraine eut occasion d'entretenir avec les nobles personnag'es que nous venons de nommer dans la vallée de la Meuse ne furent pas, selon toute vraisemblance, les seules : elles ne purent qu'aider à sa formation providentielle. Une jeune fille à l'intelligence tant soit peu ouverte eut certainement gagné quelque chose à ces soins de deux prêtres instruits,