I. Siméou Luge, Jeanne iVArc à Dornremi/, pp. l\'iS
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ses avait lieu par celle voie, tout près de laquelle, à Domremv, se trouvait l'iiabitalion de Jacques d'Arc. Ce petit villai^e se rencontrait également sur la route suivie par les pèlerins qui se rendaient de France à Saint- Nicolas-du-Porl, ou de Lorraine à Notre-Dame-del'Epine, près Cliàlons-sur-Marne, en Champagne. Les nouvelles de tout g-enre étaient portées alors généralement de vive voix : il est aisé de concevoir la curiosité des habitants d'une localité placée aux contins de la France, de la Lorraine et de la Bourgogne, l'intérêt qu'ils prenaient aux événements qui survenaient en ces trois pays, leur avidité à recueillir les bruits de tout genre {{ue pèlerins, hommes d'armes, messagers, voyageurs apporlaienf, et leur empressement à se les communiquer les uns aux autres.
Plus qu'aucun autre de ses compatriotes, Jeanne adolescente, en son ardent patriotisme, prenait sa part de ces communications. Avec une curiosité inquiète, que ne décourageait assurément ni son père ni son excellent curé. Français « eux aussi de nation et d'afFeclion », la jeune fille écoutait ce qu'on racontait des malheurs de l'infortuné Charles VI, des menées si peu patriotiques de la reine, des difficultés qui empêchaient l'héritier légitime du trône d'entrer en possession de son royal héritage, de l'envahissement du pays par les Anglais, des progrès qu'ils faisaient et des victoires qu'ils remportaient. Ce (jue la jeune fille pouvait remarquer aux environs de Domremy, les déprédations que les bandes Anglo-Bourguignonnes commettaient, les ruines qu'elles laissaient sur leur passage, et dont elle eut le spectacle plus d'une fois sous ses regards dans les localités de la vallée de la Meuse qu'elle avait occasion de visiter, tou-
IQO LA JELNESSlï DE JEANNE D AUG.
les CCS choses lui permettaieiil d'entrevoir et d'apprécier la triste condition des provinces en proie à d'incessantes hostilités.
Ce serait d'ailleurs une erreur de penser qu'avant de prendre la route de Chinon, la libératrice d'Orléans était demeurée enfermée dans son petit villag"e. Ce que nous disions tout à Theure de ses voyages réguliers à Sermaize et de ses rapports avec la famille du père de sa mère, les dépositions de ses compatriotes à l'enquête de la réhabilitation, ce qu'elle-même, en réponse aux questions de ses juges, raconte de ses voyages à Neufchàteau, Toul, Vaucouleurs, les détails que les textes nous donneront bientôt sur son passage à Maxey-sur-Vaise, Burey-le-Petit, Nancy, Saint-Nicolas-du-Porl, nous apprennent que dans les années de son adolescence la fdle de Jacques d'Arc eut assez souvent l'occasion de sortir de Domremy.
En ces pérégrinations diverses, les déprédations, les calamités, les ruines que causaient des hostilités à peu j)rès sans inlerrn[)tion, ne pouvaient ([ue frapper les regards de la voyageuse, et en fin de compte l'émouvoir profondément. 13u iTsle, son Domremy lui-môme eut à souffrir plus d'une fois des discordes dont la France ressentit si longtemps les funestes effets; à la tranquillité de Texistence champêtre, les événements vinrent mêler les surprises sanglantes de la tragédie.
Au temps de Jeanne d'Arc, le duché de Lorraine était aux mains d'un prince guerroyeur et remuant, Charles II, (pii, en 1.390, avait succédé à son père Jean I"''. Il avait eu pour parrain le roi de France Charles V : cela ne l'emj)êcha pas d'endjrasser hautement, sous Charles VI, le [>arti Anglo-Bourguignon. En 1420, il se mettait en
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guerre coiilre la ville de Toul et joignait ses troupes à celles du comte de Vaudemout. Ils a firent de grands dégâts dans (ont le Toulois ' », Domremj, qui dépendait au spirituel de l'évêché de Toul et qui n'en est qu'à sept ou huit lieues, put avoir sa part de ces dég-âts.
En i4ii"), Edoviard, duc de Bar, ayant été tué à la bataille d'Azincourl, son duché écluit à son frère Louis, cardinal de la sainte Eglise romaine et évêque de Chàlons. Louis était petit-Hls du roi Jean par sa mère, Marie de France II fut évêque de Lang-res de 139,5 à i4i3, de Chàlons de i4i3 à 1420, et de Verdun en 1420, siège que lui céda Jean de Saarbruck, oncle du damoiseau de Commcrcy, en échange de celui de Châlons. Depuis iSgy, par la grâce de Benoît XIII, Louis de Bar était revêtu de la pourpre cardinalice. Or, le 20 mars de l'année i4i9) ce prince de l'Eglise adoptait René d'Anjou, second fils de la reine Yolande de Sicile, belle-mère du Dauphin Charles, et le fiançait à la princesse Isabelle, fille et héritière présomptive du duc de Lorraine. Le i3 août de celte même année, il lui donnait le duché de Bar et le mar- (piisat de Pont à-Mousson'. Le 24 octobre i420, il remettait la tutelle du duché de Bar à Charles de Lorraine. Ces actes de générosité envers un prince partisan des Anglo- Bourguignons ne préserva })as le Barrois des incursions de ces derniers. Dans le cours de l'année suivante, ils pénétrèrent jusqu'à Gondrecourt, en vinrent aux mains avec les troupes du cardinal duc de Bar et les battirent.