Ibid., p. loi
CH. XVII. DANS ORLEANS. PUISE DE SAINT LOUP. I .>i)
çait suftout de porter remède, c'était la IVéquence des reniements et des blasphèmes. Quand elle entendait jurer, elle ne pouvait se contenir et grondait avec véhémence les blasphémateurs^ s'appelassent-ils La Hire ou le duc d'Alençon. Elle eut, sans aucun doute, fort à faire à Orléans pour obtenir des hommes d'armes, si peu portés à se gêner, qu'ils se surveillassent en cette matière et rompissent avec leurs mauvaises habitudes. Ce qui est plus surprenant que la persévéïance avec laquelle Jeanne les combattait, ce sont les résultats qu'elle obtint. On en jugera par l'anecdote que dame Réginalde d'Orléans, veuve de Jean Huré, racontait aux Commissaires du procès de réhabilitation.
« Voici, disait ce témoin, ce que je me souviens avoir vu et entendu. Un jour, un grand seig^neur marchant en pleine rue se mit à jurer outrageusement et à renier Dieu. Jeanne, qui était tout près, l'entendit. S'avançant aussitôt vers le seigneur qui jurait, elle le [)rit par le cou et lui dit : a Ah ! maître, osez-vous bien « renier votre Sire et votre Créateur? En nom Dieu, « vous vous dédirez avant que je parte d'ici. »
Ce lang-age, où la foi l'emportait sur la vivacité^ loucha le seigneur qui se repentit et s'amenda '.
Ainsi, des capitaines, des chevaliers s'inclinaient sous les remontrances d'une jeune fille et subissaient sa volonté ! Quel ascendant Jeanne ne devait-elle pas exercer sur les simples coutilliers, archers, hommes d'armes, de qui des faits de ce g^enre finissaient toujours par être connus ! Avec leur grossier bon sens, ces braves g'ens dont la foi était demeurée intacte, quoi(jue engourdie,