‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 105 sur 381 · Chronir/ue de la Pucelle, p · texte numérisé non relu

Chronir/ue de la Pucelle, p

GH. XVII. DANS ORLÉANS. PRISE DE SAINT-LOUP. ll[I

pris leur réfection, « ils vinrent à l'hôtel de ville requérir hahillemenls de guerre, comme couleuvrines, arbalesles, échelles », et, sous la conduite de « nobles personnages », ils se dirigèrent, au nombre de quinze cents*, sur Saint-Loup, où « ils livrèrent aussitôt un fier et merveilleux assaut ». Cette bastille, qui se trouvait sur la rive droite de la Loire, au-dessus d'Orléans, n'avait pour la défendre que trois ou quatre cents Anglais; mais elle était admirablement fortifiée, et ses défenseurs étaient des soldats d'élite.

En arrivant sur le lieu du combat, la jeune guerrière, que son écuyer a rejoint, se rend compte de la gravité de la situation. A côté de la bastille de Saint-Loup, il y a\ait une église du même nom. Aussitôt Jeanne fait publier à son de trompe qu'on se garde de rien prendre dans l'église^. Puis, se jetant dans la mêlée, son étendard à la main, elle ranime de telle sorte l'ardeur des assaillants, elle est d'ailleurs si bien secondée par Dunois, le maréchal de Rais et les autres capitaines qui s'étaient empressés d'accourir, qu'à partir de ce moment la résistance des Anglais va toujours faiblissant. En vain Talbot, avec les forces de la bastille Saint-Laurent, tente de surprendre les assaillants et de les attaquer à revers. Par ses ordres, les garnisons des bastilles voisines sortent pour venir en aide aux défenseurs de Saint-

1. « Jamais, disait Jean d'Aulon, il n'avait vu tant de gens d'armes de leur parti, comme il en vit alors. » Procès, t. III, p. 2i3; — Chronique anonyme..., p. 3i ; — Chronique de ht Pucelle, p. 288; — Journal du siège, p. 81.

2. Procès, t. III, pp. 124-126. — - Dans tous les faits de guerre dont il va être question, les chroniqueurs montreront la Pucelle courant sus à l'ennemi, « l'étendard à la main ». Disposé comme il l'était, l'étendard ne pouvait la gêner. La toile peinte n'était point suspendue en hauteur, mais attachée à la hampe et flottait par côté.

l42 JKANNE ET SA « MISSION DE VIE )) . PHASE GUERRIERE.

Loup. Mais Jeanne a prévu le mouvement. Elle a recommandé au Bâtard d'Orléans et aux capitaines de « g^arder que les Anglais qui étaient dedans leurs bastilles ne pussent venir après elle et ses gens de pied '» . Dans la ville, on veillait aussi. Le beffroi retentit à deux reprises. Six cents combattants, conduits par le maréchal de Boussac et le sire de Graville, viennent à la hauteur de Flenrv se déployer et barrer aux ennemis le passage. Devant ce déploiement de forces, les Anglais hésitent. Lorsqu'ils vont tenter un suprême efforl, les flammes qui s'élèvent de Saint-Loup les avertissent que c'est inutile. Après trois ou quatre heures de résistance, la bastille venait d'être emportée et, « quoiqu'il y eût foison de vivres et de richesses », on l'avait livrée aux flammes. Du côté des ennemis, cent quatorze combattants furent tués et quarante faits prisonniers*.

Tant que Français et Anglais en restèrent aux mains, la Pucelle se battit avec une ardeur et un sang-froid dit^ne des capitaines les plus expérimentés. Mais, le combat fini, elle montra ces sentiments de générosité, de compassion et d'humanité, toujours prêts à jaillir de son cœur de femme et de chrétienne. Quand tout espoir de repousser les assaillants fut perdu, des soldats ennemis cherchèrent un refuge dans la tour de l'église, qui se Irouvait proche de la bastille. Là, ils prennent des vêtements ecclésiastiques et essaient de passer pour tels. Ils sont reconnus, et les vainqueurs, indignés ih-, celte tromperie, veulent les mettre à moii. Jeanne est infor-

Page 1