LEVÉE DU SIÈGE
I. Jeudi r> mai, fêle de /'Ascension. — lYonnel/e sommafion aux
Anf/lais. — Conseil de guerre. — On t/ appelle la Pucelle.
II. Vendredi 0 mai. — A flaque et prise de la bastille des Augustins.
III. Samedi 7 mai. — Deu.v prédictions de Jeanne. — .Attaque du bouleimrd des Tourelles. — La Pucelle blessée. — Reprise de l'attaque. — Mort de Glasdale. — Victoire des Français.
IV. Dimanche 8 mai. — Retraite des Anglais. — Joie des assiégés. — Actions de grâces à Orléans et dans le royaume. — La fête du 8 mai.
JEUDI 5 MAI, FÊTE DE l'aSCENSION.
La prise de la bastille de Saint-Loup causa aux assiégés une joie d'autant plus grande qu'ils s'y attendaient moins. C'était le premier avantage sérieux (ju'ils remportaient sur leurs ennemis après six mois d'hostilités.
I. Daas le récit do l.i prise des deux bastilles des Aui^ustins et des Tourelles, sujet principal de ce chapitre, comme dans celui de la prise de la bastille de Saint-Loup, nous avons continué à foudre ensemble les récits des chroniqueurs et les dépositions des divers témoins, complétant les uns par les autres.
Plus d'une fois, ces récits et dépositions semblent se contredire, lorsqu'ils ne font que se compléter les uns les autres. Quel est l'historien qui a tout su et pu tout dire?
CHAP. XVIII. DANS ORLEANS. LEVEE DU SIEGE. i l\^
Il était donc vrai que la Pucelle venait à leur secours de par Dieu. Tout heureux de ce cliang-ement de fortune, les bons Orléanais ex[)rimaient leur reconnaissance à la jeune guerrière. Elle leur recommanda de remercier plutôt le ciel; et pour affermir leur confiance, elle les assura « que dans cinq jours — elle leur parlait ainsi le mercredi même, veille de l'Ascension du Seigneur — le siège serait levé, et il ne resterait pas un seul Anglais devant la ville ' ».
Cette prédiction, venant après la victoire de la journée, produisit chez les habitants une émotion considérable. Ils s'empressèrent de se la commnnicjuer les uns aux autres, et la nouvelle s'en propagea si bien que les assié-. géants, dans leurs bastilles, en fui"ent informés aussitôt^. Le trouble et l'inquiétude dont ils étaient saisis n'en devinrent que plus grands.
Le 5 mai, fête de l'Ascension, la Pucelle, persuadée (ju'il ne suffit pas de vaincre et qu'il faut surtout savoir tirer parti de la victoire, aurait voulu, à ce que rapporte Cousinot de Montreuil, que, malgré la solennité du jour, on ne laissât pas respirei" les Anglais, et qu'on profitât du désarroi que la prise de Saint-Loup avait jeté parmi eux, pour attaquer la bastille de Saint-Laurent, l'une des plus fortes de la rive droite. Les chefs de
1. « Dixit (Joanna),.. dicta die vigiliaî Asceiisionis Domini, quod infra qiiiaque dies obsidio exsisteas ante villam Aureliaaenseni levaretur, nec renianeret aliquis Anglicus coram civitate. » C'est frère Pasquerel, l'aumùnier de la F^ucelle, qui le rapporte. Procès, t. III, p. loG.
2. Jean de VVavrin du Forestel, qui combattait pour les Ang'lais en ce même temps sur les marches de l'Orléanais , mentionne la connaissance qu'ils eurent de cette prédiction. Procès, t. IV, pp. 4io-4i3.
l46 JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE GUERRIERE.
l'armée furent d'un autre avis : soit qu'ils tinssent à célébrer la fête religieuse, soi( que. surpris eux-mêmes du succès obtenu la veille, ils sentissent le besoin de peser toutes les chances avant de tenter une attaque nouvelle, ils préférèrent attendre au lendemain. Jeanne n'insista pas; elle fit part à son aumônier de ce qui était convenu, et elle profita du loisir (pi^on lui laissait pour assister aux offices, communier et prier lont^uement '.
Toujours soucieuse d'éviter l'elfusion du sang-, la Pucelle dicta pour les Anglais une sommation nouvelle; fièie Pasquerel, son aumoniei", en rappelait plus (ard les termes :
« A vous, hommes d'Angleterre, qui n'avez aucun droit en ce royaume de France, le Koi du ciel mande par moi que vous rentriez en votre pays. Je vous écris ces choses pour la troisième et dernière fois, et dorénavant je ne vous écrirai plus.
<( Jhesus — Maria.
« Jehaiine la Pucelle. »
A cette sfunmation en règle la jeune guerrière ajoutait cette remarque significative : « Je vous aurais envoyé mes lettres d'une fa(;on plus honnête : mais vous détenez mes hérauts^, vous avez retenu celui qui a nom Guyenne. Renvoyez-le moi, et je vous renverrai (|uelques-uns des vôtres qui ont été pris avec la bastille de Saint-Loup, car ils ne sont pas tous morts 3. »
1. Chronique de la Pucelle, pp. 28()-29o. — Procès, I. Ml, p. 107. Déposition de frère Pasquerel.
2. « Mes hérauts; » c'est-à-dire Guyenne, et le héraut porteur de la Lettre de Blois qui n'était pas Ambleville. puisque seul Arnhleville était resté libre.
3. Procés/l. III, pp. 107, 108. Déposition de frère Pasquerel.
GHAP. XVni. DANS ORLEANS. LEVEE DU SIÈGE. 1^7
On remarquera deux choses ici : D'abord, la générosité de la Pucelle, qui offre de rendre la liberté à plusieurs prisonniers anglais si on lui renvoie ses hérauts, bien que ces derniers fussent retenus par violation ouverte du droit des g"ens;
En second lieu, le mauvais vouloir des Anglais qui, trois jours après les réclamations de Dunois et de Jeanne, ne s'étaient pas encore exécutés.
La jeune guerrière porta elle-même son messag-e au quartier des Anglais. « Lisez, ce sont des nouvelles », fit-elle crier par l'archer (jui le lançait attaché à une flèche. — « Oui, ce sont des nouvelles de la ... des Armagnacs », se mirent à vociférer les assiég^eants, après avoir lu la lettre, et ils faisaient entendre les plus grossières injures. Jeanne les ressentit vivement. Elle se répandit en soupirs et en abondantes larmes. Elle ne le fit pas en vain, car Dieu la consola et elle put dire : « J'ai eu des nouvelles de mon Seig'neur'. »
Ce même jour de l'Ascension, les chefs de l'armée, réunis dans l'hôtel du chancelier d'Orléans, tinrent un g-rand conseil sur les mesures qu'il convenait d'arrêter après le succès important obtenu la veille. A ce conseil prirent part Dunois, le chancelier d'Orléans, les maréchaux de Boussac et de Rais, les sires de Loré et de Graville, le chevalier de Gaucourt, le seigneur de Villars, le seigneur de Xaintrailles, la Hire, le sire de Corraze, Thibault de Termes ou d'Armagnac, Jamet de Tilloy ou du Tillay, sir Kennedy, g-entilhomme écossais, et plusieurs autres, soit capitaines, soit bourgeois d'Orléans. On n'avait pas prévenu la jeune Lorraine, quoiqu'elle