Procès, t. III, p. 214. Déposition du chevalier d'Aulon
CHAP. XVIII. DANS ORLEANS. LEVEE DU SIEGE. l53
se pressent autour de la Pucelle, donnent la chasse à l'ennemi et rol)li^-ent à rentrer dans ses bastilles'. « Allons hardiment, au nom de Dieu », s'écrie la jeune guerrière^, et elle plante de nouveau son étendard sur le bord du fossé des Augustins.
L'assaut devient général. C'est à qui donnera les plus beaux exemples de vaillance. « Ceux qui estoient retirés en l'isle ne demandent nuls chalands pour venir audit assault, car ils passent à gué tout armés, estant jusques aux aisselles en l'eau -^. » Deux hommes d'armes, dont l'un, de nationalité espagnole, nommé Arphonse de Partada, combattait avec la compagnie de Jean d'Aulon, se défient à qui fera la meilleure besogne. Ils courent jusqu'au pied de la palissade. Mais devant eux se dresse un Anglais, véritable géant, « bien armé, bien en point », qui leur barre le passage et les empêche d'avancer. Heureusement, la couleuvrine de Jean, le canonnier lorrain, est proche, D'Aulon, qui suit les péripéties de cette attaque, ne perd pas de temps; il fait un signe à maître Jean; la couleuvrine lemplit son office et le géant anglais mord la poussière. Le passage devient libre, les deux hommes d'armes s'y précipitent et, à leur suite, les gens de leur compagnie pénètrent dans la bastille, qui reste bientôt au pouvoir des Français.
Ceux des Anglais qui peuvent s'enfuir se réfugient
1. Journal du siège, p. 84; — Chronique delà Pucelle, pp. 290- 291 ; — Procès, t. lit, p. 214.
2. Procès, t. III, p. 79. Déposilion île l'écuyer Simon Bea\icroix.
3. La délivrance d'Orléans ou Chronique anonyme, p. 33. Deux bateaux bout à bout suffisant pour passer de l'île sur la terre ferme, les troupes débarquées dans l'île se servaient de ce pont improvisé pour effectuer leur passage. D'Aulon |)araîl avoir été préposé à la l^arde de « ce pas ».
l5/} JEANNE ET SA « MISSION DE VIE ». PHASE GUERRIERE.
dans le fort des Tourelles, au l)out du pont'. De nombreux prisonniers qu'on détenait dans la bastille des Augustins furent rendus à la liberté. On voulait la livrer au pillaye, car là aussi « y avait foison de vivres et de richesses" ». La Pucelle s'y opposa; par ses ordres, la bastille fut livrée aux flammes.
Dans cette affaire, Jeanne fut blessée au pied par une chausse-trappe. Cette blessure, d'ailleurs lég^ère, ne l'empêcha pas de combattre le lendemain et de livrer aux Tourelles un assaut tléfinitif.
Telles étaient la joie et la confiance des vain(jueurs, qu'ils demandaient à se porter le soir même contre la bastille du Pont. Mais l'heure était trop avancée : les chefs de l'armée ag^irenl sag^ement en renon(;ant à toute attaque immédiate. Ils se bornèrent à laisser dans le voisinag-e des forces assez inqiorlanles pour tenir l'ennemi eu é\('il. (!e fut comme une sorte de blocus. Toute la nuit du vendredi au samedi, « ceux d'Orh'ans firent g^rande diligence de porter pain, viuet aulies vivres aux gens de guerre tenant le siège ^ ».
En voyant ses gens remplis de si bonne volonté, Jeanne ne voulait pas quitter le terrain. « Ouoi donc? disait-elle aux capitaines présents, laisserons-nous là nos gens''^?» Et elle les entretenait de la grande victoire qu'elle comptait remporter le lendemain. <( Par mon maitiu, ajoutaitelle, j'aurai demain les tours de la baslille du Pont; je n'eu lierai pas en Orléans juscju'à ce (|u'elles soient en la main (lu bon roi (-liarles. »