‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 135 sur 381 · Journal du siège, p. gi · texte numérisé non relu

Journal du siège, p. gi

CHAP. XrX. CAMPAGNE DE LA LOIRE. PREPARATION. I 79

Jeanne, de Diinois et des autres capitaines, eut vu Tarmée anglaise s'éIoig;'ner, elle fit aussitôt sa rentrée dans Orléans délivré. Les bastilles et boulevards élevés par les Anglais ne restèrent pas longtemps debout. « Si furent envoyés nobles gens de guerre dedans icelles bastilles et forteresses, où ils trouvèrent aucuns vivres et très largement d'autres biens. Et lesdites bastilles et forteresses furent prestement arses (brûlées) et démolies jusqu'à terre, afin que nulles gens de guerre, de quelconque pays qu'ils fussent, ne s'y pussent plus loger'. »

Pendant que la Pucelle bataillait pour la cause française dans la cité d'Orléans, le gentil Dauphin n'était pas resté sans nouvelles. Aux premiers succès obtenus, des messages spéciaux l'en avaient informé". Il en fut ainsi jusqu'à la levée du siège; des courriers ne cessèrent d'arriver à Cliinon où l'on attendait, non sans passer par des alternatives de crainte et d'espérance, l'issue des événements. Heureux de ces informations, Charles s'empressa de les communiquer à ses bonnes villes, entre autres à Narbonne et à Tournay^.

Le 9 mai au soir, et le lo au matin, à mesure que les courriers se succédaient, le roi mandait à ses chers et bien amés (aimés) sujets de la ville de Narbonne « les continuelles diligences par lui faites pour donner tous secours possibles à la ville d'Orléans », et les résultats

1. MoNSTRELET, Chroni<i ue , I. H, ch. xi.ix; t. IV, p. 323. — Chronique de la Puce/le, p. 297. — Le duc de îîcdford apprit le 10 mai, à Paris, la levée du siè^e.

2. Le chevalier de Gaucourl était, l'auteur de quelques-unes de ces lettres. Charles VII le nomme aux habitants de Narbonne. (Procès, t. V, p. io3.)

3. L'orie;inal de la lettre aux habitants de Narbonne est conservé aux Archives de cette ville.

l8o JEANNE ET SA « MISSION DE VIE )) . PHASE GUERRIERE.

obtenus. Ce dont il les engag-eait à rendre grâces à Dieu « par notables processions, prières et oraisons, afin de recouvrer les passa^^es occupés encore par les ennemis ». Et il ne manquait pas de mentionner « la part merveilleuse que la Pucelle avait prise à toutes ces choses, y ayant été toujours en personne pour les accomplir' ».

La lettre aux habitants de Tournay, écrite à Loches, est du 22 mai. Cette ville, assise « es confius et extrémités du rovaume ». eu plein j)ays ennemi, gardait à la France et à sou roi une fidélité louchante. Dans la lettre qu'il adressait à ses fidèles sujels toiiruaisiens, Charles VII s'exprimait comme il l'avait l'ail dans sa lettre aux Narbonnais : à eux aussi il faisait connaître la part exceptionnelle ([ui revenait à la Pucelle dans tous ces beaux faits d'armes et dans cette victoire iuespérée. « Et ausdits ex[)lois, disait-il, a tousjours esté la Pucelle, laquelle est venue devers nous, ainsi que toutes ces choses pourrez plus ad plaiu savoir par le poi'teur de cestes (lettres), clerc et serviteur de nostre amé el féal conseiller le sire de (jaucourt^. »

Jeanne d'Arc était demeurée les huitième et neuvième jours de mai dans la ville délivrée. Le dixième, elle « prit

1 . Voir cette lettre de trois pag'cs dans J. Ouicherat, l*rorps, t. V, pp. 100-104. Une lettre pareille aurait été écrite aux habitants de La Rochelle. {Id., ibid.)

2. Wandenbroek, E.rti-dits (iiuili/ti(iiu's dt's niK-icns; reyislres de la ville de Tournay, t. I, p. ^29.

« Ouand le roy ouït les nouvelles, dit la (lhr(Miii[UP de Lorraine, moult joyeux en tut. Il loua Dieu de cette Pucelle, (]ui en son service était venue. — .Je crois que Dieu l'a inspirée, disait-il, jtour mon royaume recouvrer. » [Procès, t. IV, p. 334.)

Cette chronique, publiée par Dom Calmet à titre de preuves de son Histoire de Lorraine, aurait été écrite, d'après J. (^uicherat, sous le rèi>ue de Charles VIII. [Procès, t. IV, p. 329.)

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congé de ceux d'Orléans. Tous pleuraient de joie, et moult luinil)lement la remerciaient, et se offraient eux et leurs biens à elle et à sa volonté, dont elle les remercia très bénig-nement '. »

Deux motifs décidèrent Jeanne à se retirer avec les troupes royales et à s'arracher à la reconnaissance des Orléanais : d'une part, la difficulté d'entretenir l'armée, faute de vivres et d'argent', quoiqu'on eût trouvé des provisions abondantes et un butin considérable dans les bastilles anglaises; d'aulre part, la jeune Lorraine tenait à se mettre le plus tôt possible à la disposition de son Roi.

« Avec le seigneur de Rais, et plusieurs autres chevaliers, escuiers et gens de g'uerre, Jeanne s'en alla devers le g-entil Dau|)hin lui porter les nouvelles de la noble besongne-. » Elle se rendit d'abord à Blois, où elle passa deux jours. De Blois, elle vint à Tours. Dès que Charles VII eut appris sa présence dans le chef-lieu de la Touraine, il partit de Chinon le i3 mai pour la rejoindre. Jeanne se poi'la à sa rencontre, son étendard à la main. Arrivée près du Roi, la jeune guerrière arrêta son cheval, et, sans descendre, découvrit sa tète et s'inclina profond»hnent. Charles la fit aussitôt se redresser. Otant

1. Joiiriuil (lu siè(/e, p. lëft. — (^/ironique delà Pncelle, p. 298.

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