Gilles de Laval, maréchal de Rais
volontiers envoyé mieulx. considéré votre recommandation.
« Ce jour d'iiuy, INIonseig'neur d'Alençon, le baslard d'Orléans et Gancour doivent |)arlir de ce lieu de Selles et aller après la Piicelle. Vous avez fait bailler je ne sray quelles lettres à mon cousin de La Trémoille et seigneur de Trêves, par occasion desquelles le Roy s'efforce de me vouloir retenir avec luy jusques à ce que la l^ucelle ail esté devant les places anglaises des environs (rOrléansoù l'on va mettre le siège; et est desjà l'artillerie pourveue. La Pucelle ne doute pas qu'elle ne rejoigne tantost le Roy; et il dit que lorsqu'il prendra son chemin à tirer avant vers Reims, j irai avec luy. Mais à Dieu ne plaise que je reste [)rès de luy et ([ue je n'aille pas (à l'ennemi). Autant en dit mon frère et Monseig^ueur d'Alençon. Rien abandonné serait celui qui demeureroit!
« Je pense que le Roy j)arlira ce jeudy d'ici, pour s'approcher plus près de l'ost (de l'armée); et viennent gens de toutes parts chacun jour, .le vous ferai sçavoir plus tard, sitost (ju'on aura aucune chose besoigné ((pi'on aura fait quelque chose), ce qui aura esté exécuté. Et l'on espère que avant qu'il soit dix jours, la chose sera bien advancée de costé ou d'aullre. Mais tous ont si bonne espérance en Dieu que je crois qu'il nous aidera.
(( Mes très redoutées Dames et Mères, nous (nous) recommandons, mon frère et moy, à vous, le plus humblement (pie pouvons. Et vous plaise aussy som mairement nous escrire de vos nouvelles; et vous, madame ma mère, en quelle santé vous vous trouvez après les médecines qu'avez prises, car j'en suis à très grand malaise.
« Mes très redoutées Dames et Mères, je prie le benoist
CH. XIX. CAMPAGNE DE LA LOIRE. — PREPARATION. IqB
(béni^ fils de Dieu qu'il vous donne vie el longue, et nous i-ecominandons aussy tous deus à nostre frère Loys'. El n'avons plus en tout qu'environ trois cens escus du poids de France.
(( Escrit à Selles ce mercredy liuictiesme de juin.
« Et ce soir, sont arrivés ici monseig'neur de Vendosme, monseigneur de Boussac, et aultres; et La Hire s'est approché de l'ost, et aussy on besongnera bienlost. Dieu veuille que ce soit à nostre désir!
« Vos humbles fils, Gui et André de LavaP. »
Deux passages de celte lettre méritent une attention particulière. Le premier est celui qui nous apprend que Jeanne d'Arc, avec une délicatesse et un tact exquis, avait envoyé à l'aïeule de Gui de Laval, trois jours avant son arrivée, un petit anneau d'or. Elle eût voulu envoyer mieux, dit-elle, « considéré sa recommandation ». Sans doule que la grand'mère des deux jeunes seigneurs avait écrit elle-même à la Pucelle, afin de lui annoncer l'arrivée prochaine de ses petits-enfants, et de lui inspirer pour eux un affectueux intérêt.
Le second passage est celui-ci : « Et espère-t-on que avant qu'il soit dix jours, la chose sera bien avancée de costé ou d'aultre. » Oui donc s'était aventuré à limiter de la sorte la durée d'une campag-ne, au cours de laquelle il y aurait cerlainement plusieurs sièges à ouvrir, et peutêtre des batailles rangées à livrer? Lîn seul chef de guerre avait l'autoiité requise pour tenir ce lang-age. Qu'on se souvienne de l'assurance donnée par Jeanne d'Arc aux
1. Louis de Laval, seigneur tle (lliàtillon, graiul-aïaître des eaux el torèts sous Louis XI.
2. Procès, t. \, pp. i27-i3o. — I^a mère et l'aïeule des seigneurs de Laval liabitaient, en 1429, le château de \'itré.
196 JEANNE ET SA (( MfSSION DE VIE ». PHASE GUERRIÈRE.
Orléanais le mercredi 4 m;\\, (jiie dans cinq jours il n'y aurait plus un seul Aui^lais devaiil leurs renij)arts, et l'on verra bien à (jui doit être attribuée celle dont le jeune seig"neur de Laval s'est fait l'écho. Ce serait comme une prédiction inédile de la vier^i^e Loiiaine dont les Chroniqueurs auraient oublié de nous faire connaîlie les témoins, l'occasion et les termes.