A CHEVAUCHER
Les passai,'^es de la lettre de Gui de Laval qui nous ont arrêté quelques instants offrent de l'intérêt à coup sur, mais de la lettre tout entière, et principalement des parlies qui concernent la Pucelle ressortent deux questions d'un intérêt encore plus j^rand. Ces deux (piestions, posées bien des fois, les voici :
1° .leaniie d'Arc était-elle vraiment belle; et, si elle l'était, quel était le caractère disiinclirde sa beauté?
■2'^ Jeanne d'Arc était cavalière accomplie : comment expliquer cette habileté et d'où lui venait cette adresse à manier les coursiers les plus difficiles?
Voici, ce semble, la réponse que les documents permettent de faire à ces deux questions.
Il n'existe malheureusement pas de portrait authentique qui puisse nous renseiiçner sur les traits et la physionomie de Jeanne d'Arc'. Mais les témoignages de ses
I . Les préteadus porlraits qu'on possède de Jeanne d'Arc ne reinontenl pas au-delà du seizième siècle. Ils n'offrent par couséqueul
eu. XIX. CAMPAGNK DE LA LOIRE. PREPARATION. I97
contemporains mettent en lumière ce fiiit inclul)ital)Ie qne .leanne était l)elle, d'une beauté de physionomie et d'expression surtout, mais aussi d'une beauté plastique et de formes, beauté n'offrant toutefois rien que de grave et de sérieux.
Comme taille, Jeanne était grande; encore que revêtue de son armure elle piit paraître petite à côté de capitaines bàlis en hercules tels que les La Hire et les Xaintrailles. Si elle eût été de petite taille, elle n'eut pu revêtir les habits d'emprunt que Laxart et Jean de Metz mirent à sa disposition à l'occasion de ses voyages à Saint-Nicolas-de-Sept-Fonds et à Nancy.
A Châlons, nous verrons la Pucelle donner à Jean
aucune garantie de certitude au point de vue de la fidélité des traits. Il est assez raisonnable de penser que la statue de la l'ucelle qui faisait partie du monument élevé sur le pont de la Loire à Orléans, en 14C8, reproduisait exactement sa ressemblance. « A cette éjjoque, un grand nombre des habitants de la cité avaient connu leur libératrice; ses traits ne s'étaient pas effacés de leur mémoire. » Mais cette statue, comme le monument dont il faisait partie, fut détruite par les huguenots en 1567. (E. di; Bouteiller et G. de Buaux, jYotes iconor/rdfj/tiqiies sur Jeanne d'Arc, pp. 17, 18. Brochure in-80, Paris- Orléans, 1879.)
Edmond Richer, en son Histoire de rhéroïne, parle des portraits que de son temps on possédait de la Pucelle. « En son visage, dit-il, on voyoit reluire une pudeur virginale, telle qu'on la recognoist encores aujourd'huy en tous les portraits tirez au vif sur son naturel. » {Op. cit., t. 1, p. 83.)
I^eut-on citer aujourd'hui quel<[ue œuvre d'art reproduisant les traits de Jeanne? Certains critiques le pensent; telle serait, d'après M. Louis Gonse, « une tète en pierre |)einte » qu'on voit au musée archéologique d'Orléans. Elle y est cataloguée comme « représentant la tète de saint Maurice ». M.<jlonse proteste contre cette attribution. IJ'après lui, cette tète serait un portrait de la bonne Lorraine. (Louis GoNSE, L'Art r/othiqiir, p. 44^- Granil in-fo, sans date, Paris, ancienne maison Quentin.) M, Desnoyers, d'Orléans, combat celte opinion dans sa brochure : L'iconugrdji/iie de Jeanne d'Arc, in-80, 1893, Orléans.
Morel, son pariain, un liahil rouge quelle avait porté' : preuve qu'elle était de la taille d'un homme ordinaire, et conséqiiemmenl g^rande pour une femme.
Comme vigueur, Cousinet de Monireuil nous apprend qu'elle était «. bien compassée de membres et forte" ».
Le Président Simon Charles, Perceval de Houlainvilliers et autres témoins assureront (pi'elle était d'une endurance incroyable à la fatigue^.
Ses yeux et ses cheveux étaient noirs, d'après IMiilippe de Bergame et le g^reffîer de la Rochelle '*^.
Nous venons d'entendre le jeune (îui de Laval nous dire qu'elle avait « une douce voix de femme ».
L'inquisiteur de l'rance, Jean Bréhal, relèvera, dans une vaticinalion (ju'il reproduit, un passage où il est dit que la Pucelle était « une vierg^e au parler lent et doux, au cou peu élevé, poitant eu ariière de l'oreille droite une petite tache écarlate »; et il remarquera qu'il n'y a dans ces détails rien que d'exact -\ Si on n'en peut inférer que Jeanne fut belle, on ne saurait en conclure non plus (pi'elle ne l'était j)as.
Le sire Perceval de Boulainvilliers, dans sa lettre au duc de Milan, nous apprend « (juc le visage de la jeune j^ueirière respirait la joie, qu'elle pleurait facilement ».
Et il ajoute : « Cette Pucelle est d'une élég-ance parfaite, avec quelque chose de viril dans le port^. »
Le Mystère du sièg'e d'Orléans met à Blois, dans la